Respectez la santé des employés de la SAQ

«Comme les épiceries et les pharmacies, la SAQ est un commerce de continuité, de stabilité», affirme l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Comme les épiceries et les pharmacies, la SAQ est un commerce de continuité, de stabilité», affirme l'auteur.

On dit qu’on voit véritablement l’âme d’une personne lorsque vient le temps pour elle de se battre pour sa survie.

En date d’aujourd’hui, j’avouerais ne pas être particulièrement impressionné.

En ces temps difficiles, alors qu’on recommande fortement l’isolement et la distanciation sociale pour assurer la sécurité des plus vulnérables, certains et certaines ne semblent pas comprendre ou en faire fi tout simplement. Ce n’est pas nécessairement une majorité, la plupart de mes concitoyens et de mes concitoyennes se révélant droits et nobles dans l’adversité.

Toutefois, étant un employé de la SAQ et vivant l’espèce de folie anxiogène qui se manifeste depuis jeudi dernier, je ne peux que me restreindre à une colère, une rage envers les gens insouciants qui, ignorant les avertissements répétés par toute la fonction publique, se précipitent, déchaînés, avides de faire des provisions, de s’assurer de ne rien manquer, dans la crainte que, une fois tous les dominos tombés, les SAQ ferment et, pendant une durée indéterminée, il ne soit plus possible de se procurer du vin ou des spiritueux.

Je pourrais dire que le gouvernement ne ferme pas ses sociétés d’État parce qu’il a besoin que les coffres se regarnissent, alors que l’économie est à son plus bas. Peut-être est-ce le cas, mais je crois, aussi, qu’il y a une autre raison. Quelque chose de plus symbolique.

La SAQ ne ferme presque jamais.

Comme les épiceries et les pharmacies, elle est un commerce de continuité, de stabilité. Il y a toujours eu une SAQ, et ce, depuis presque un siècle. S’il y a une SAQ ouverte, même si le ciel s’écroule, alors le monde ne s’arrêtera pas. Je laisserai les sociologues se demander si ceci est une bonne ou une mauvaise chose.

Je lis, depuis ce fichu jeudi, des commentaires dans le genre : « Mais les SAQ ne fermeront pas, right ? Ils peuvent fermer le reste du Québec, mais pas la SAQ. »

Et, d’une certaine façon, je comprends. Je comprends la réassurance que cela peut apporter.

Ce que je ne comprends pas, c’est de voir des gens se ficher royalement des consignes de sécurité, de prévention, et de se rendre en magasin, affichant des symptômes évidents d’une grippe, se vantant de revenir d’un voyage en Europe et, le pire, de licher leurs foutus billets de banque comme si ceux-ci manquaient d’une quelconque hydratation.

Les succursales sont engorgées. Les chiffres de vente s’élèvent à ceux d’une journée de Noël. La moitié des employés est en quarantaine, l’autre en retrait préventif. Voici de sages décisions de mon employeur. C’est tout à son honneur.

Résultat, toutefois ? Les employés restants doivent composer avec un achalandage massif avec la moitié des effectifs requis pour cette situation. Les tablettes se vident et nous n’avons plus le temps, ni la force, de remplir.

Rajoutez à cela le fait de côtoyer des gens clairement symptomatiques et il apparaît évident que la fatigue s’accumule, le stress monte en flèche et la patience commence à disparaître.

Cela aura des conséquences désastreuses pour la santé des employés qui, comme vous, ne savent pas nécessairement comment gérer cette menace qui plane sur nos têtes.

Ce que je demande est simple.

Respectez les consignes du gouvernement.

Si vous avez des symptômes, restez chez vous. Et, surtout, ne laissez pas la panique vous pousser à vous jeter en succursale et nous demander mers et marées en achetant une quantité innombrable de bouteilles. À être surchargés à ce niveau trop longtemps, les employés tomberont malades dans un nombre suffisamment grand pour que la SAQ décide de fermer ses succursales.

On suffoque. Laissez-nous respirer avant que l’oxygène se vide complètement.

Respectez la santé des gens, de ceux et celles qui tiennent encore le fort.

Voilà.

11 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 28 mars 2020 00 h 45

    Les raisons de la poursuite des opérations de la SAQ

    Je comprends votre frustration légitime.

    À mon avis, si le gouvernement maintient les succursales de la SAQ ouvertes, c’est qu’il craint deux choses.

    La première est la crainte de provoquer le sevrage forcé de tous les alcooliques (notamment chez les itinérants). Ce qui provoquerait leur admission hospitalière et l’engorgement inutile du système.

    Et la deuxième, dont je suis moins certain, c’est la crainte que ce retour de la prohibition marque également le retour des plaies qui l’ont accompagnées, notamment une hausse de la criminalité et la fabrication clandestine d’alcool.

  • Gilles Delisle - Abonné 28 mars 2020 08 h 54

    Travailler à la SAQ: un emploi rêvé en temps de crise

    J'ai fréquenté deux ou trois succursales depuis le début de cette crise. A chaque endroit, pas plus de deux ou trois employés y travaillent. Le premier vous reçoit à l'extérieur et vous indique comment vous diriger à l'intérieur. Le second , à l'arrivée aux caisses vous indique quand vous pouvez avancer à la caisse, et le dernier, ne fait que ''scanner'' vos bouteilles que vous aurez déposées dans le sens de l'étiquette à ''scanner'' et vous devez remplir votre sac de ces bouteilles, donc, personne d'autres que vous ne doit toucher à ces bouteilles. Bien sür, les employés ne touchent jamais aux bouteilles, même si la moitié des étalages sont vides, ne reste que les bouteilles, les plus chères! Travailler dans une succursale de la SAQ, par les temps qui courent, est un endroit idéal pour un étudiant qui n'a rien à faire en ce moment, et coûterait certainement moins cher qu'un travailleur régulier!

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 28 mars 2020 09 h 07

    Ivres

    Peut-être ces gens sont-ils déjà ivres? Dans le mauvais sens, j'entends, car on a vu des gens ivres de sagesse.

  • Natalie Stake-Doucet - Abonné 28 mars 2020 10 h 22

    Solidarité d'une infirmière

    Bravo pour ce commentaire Charles! Les employés de la SAQ doivent être protégés. Plus de mesures devraient être mises en place dans toutes les succursales; stations de lavage des mains, protection de plexiglas devant les caisses et mettre à la porte les gens avec des symptômes évidents. C'est épouvantable ce que vous vivez à tous les jours. Sans ces mesures, la SAQ va devenir un vecteur d'infection. Vous méritez tout notre respect et votre protection pendant cette crise est importante pour vous et pour tous les clients qui passent en magasin.

  • Marc Therrien - Abonné 28 mars 2020 11 h 18

    Santé! Tchin-tchin! Cheers!


    La SAQ fait certes partie des services essentiels en temps de crise où la vie est menacée. Le bon vin qui endort adoucit les effets du malheur. De tout temps, ce pauvre humain, projeté dans ce monde angoissant, laissé seul, abandonné et sans secours divin, a eu besoin de substances anesthésiantes pour altérer sa conscience souffrante de trop de soucis incessants pour ces choses vaines qui échappent à son contrôle. Enfin, quand on sait que c’est dans les Pays de l’Est tels que la Russie, la Pologne et l’ancienne Tchécoslovaquie, par exemple, que l’on retrouve les plus hauts taux de consommation d’alcool, on peut comprendre que l’alcoolisme ne soit pas une préoccupation de santé publique prioritaire dans un État qui flirte, par obligation dira-t-on, avec la tentation du régime totalitaire.

    Marc Therrien