Les femmes au coeur de la paix au Soudan

Pendant neuf mois, les Soudanais ont manifesté quotidiennement, et plus de la moitié des manifestants étaient des femmes.
Photo: Ashraf Shazly Agence France-Presse Pendant neuf mois, les Soudanais ont manifesté quotidiennement, et plus de la moitié des manifestants étaient des femmes.

J’étais assise dans les embouteillages à Khartoum, avec le dernier succès de Drake en arrière-plan, et l’ampleur de la transformation du Soudan m’a soudainement frappée. Dans la plupart des villes, vous n’auriez pas remarqué la musique pop à la radio. À Khartoum, l’entendre représente une révolution.

Il y a un an, la radio au Soudan était contrôlée par l’État. Les femmes soudanaises pouvaient être fouettées publiquement pour avoir porté un pantalon. L’ancien régime a été accusé de génocide contre son propre peuple au Darfour.

Aujourd’hui, grâce aux millions de Soudanais qui sont descendus dans la rue lors d’une révolution pacifique et historique en 2018-2019, le pays a un nouveau gouvernement, un sentiment renouvelé de fierté et d’espoir, et même Drake à la radio.

Il n’a pas été facile d’arriver jusqu’ici. Pendant neuf mois, les Soudanais ont manifesté quotidiennement, parfois par une chaleur de 45 degrés. Plus de la moitié des manifestants étaient des femmes. Beaucoup étaient des jeunes. Ils ont prévu des itinéraires de protestation. Et ils n’ont jamais cessé de se battre pour les droits démocratiques, même lorsque des femmes et des hommes étaient battus, violés, gazés et tués.

Et pourtant, le peuple soudanais a persisté. Aujourd’hui, Omar al-Bachir n’est plus président et sera remis à la Cour pénale internationale pour être jugé pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Un gouvernement de transition est en place. Les élections sont prévues pour la fin de l’année 2022. Et le Soudan a une Constitution provisoire.

Néanmoins, de nombreuses mesures importantes restent à prendre, notamment l’amélioration de l’inclusion des femmes aux tables de décision officielles.

Lorsque les femmes sont incluses de manière significative dans les négociations de paix, les accords sont 35 % plus susceptibles de durer au moins 15 ans. Cela s’explique en partie par le fait que les femmes ont tendance à soulever un ensemble plus vaste de questions. Le fait d’avoir des voix diversifiées autour des tables de décision contribue à réduire les approches transactionnelles et les réflexions à court terme.

Les recherches et les expériences menées dans les pays du monde entier montrent que, bien qu’elles soient fortement impliquées dans l’organisation et dans les manifestations lors de révolutions, les femmes sont souvent exclues des processus officiels enclenchés par la suite.

Sachant à quel point leurs voix sont essentielles sur toutes les questions auxquelles le pays est confronté, et à quel point il sera plus difficile de lutter pour l’inclusion plus tard, les femmes ont exigé et obtenu un quota de 40 % dans le parlement intérimaire qui sera bientôt nommé.

De nombreuses femmes soudanaises, déjà reconnaissantes de l’aide humanitaire canadienne qui leur a sauvé la vie, ont décrit les rôles importants que le Canada peut jouer pour les soutenir dans leur lutte continue pour l’égalité. Il y contribue en trouvant des mouvements et des organisations de femmes locales et en échangeant avec le gouvernement soudanais sur la valeur de l’inclusion.

Depuis ma première visite à Khartoum, en 2005, et au cours d’une vingtaine de visites depuis, les femmes soudanaises m’ont appris l’importance d’écouter les personnes les plus proches des effets de la guerre sur ce qui est nécessaire pour instaurer une paix durable.

N’oubliant jamais qu’il reste beaucoup de travail à accomplir dans notre propre pays, le Canada a hâte de continuer à travailler avec les femmes et les jeunes filles partout dans le monde, pour s’assurer que leurs droits sont respectés, que leurs opinions sont valorisées et que leur présence autour des tables de décision est requise.

Ces femmes et ces hommes méritent de voir leur immense courage récompensé — c’est à cet égard que nous devons continuer d’appuyer un avenir pacifique, prospère et véritablement inclusif au Soudan.

1 commentaire
  • Hélène Paulette - Abonnée 15 février 2020 12 h 17

    Un siège au Conseil de Sécurité de l'ONU?

    Pour ma part, je crois que le Canada n'aura pas terminé son purgatoire tant qu'il suivra aveuglément la politique de sanctions américaines au mépris des droits humains.