De l’importance du cours ECR

«Au Québec, la majorité francophone s’est largement affranchie de la religion, et ce, en partie à cause du caractère oppressant de l’Église catholique», souligne l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Au Québec, la majorité francophone s’est largement affranchie de la religion, et ce, en partie à cause du caractère oppressant de l’Église catholique», souligne l'auteur.

Le Québec a un ardent besoin de comprendre le rapport à la religion : les différentes postures à l’égard de la religion (athéisme, agnosticisme, foi), les différentes religions (chrétienne, juive, musulmane, autochtone, etc.) et les différentes façons de vivre la religion (en privé, en association et en lien avec une communauté d’appartenance ethnoculturelle). Alors que fait-on ? On fait disparaître le cours ECR ! Ce cours doit sans doute être amélioré, mais il ne faudrait pas réduire sa dimension religieuse. Au contraire, il faut l’approfondir !

Le ministre évoque plusieurs autres sujets dont il faudrait traiter. Plusieurs de ces thèmes renvoient à la citoyenneté. Il faut savoir cependant que le thème de la citoyenneté est, dans une très large mesure, pris en charge au sein des cours d’histoire. Les historiens demandaient plus d’heures d’enseignement, une centaine d’heures de plus. On leur a donné ces heures avec pour mandat de traiter de la citoyenneté. Il n’y a donc pas de réel besoin d’accorder des heures de plus à ce thème.

Si on invoque encore le thème de la citoyenneté, c’est seulement pour justifier la mise de côté de la religion dans toute sa diversité. Le Parti québécois (PQ) et la Coalition Avenir Québec (CAQ) viennent de nous faire passer de nombreuses années à débattre de la laïcité en s’appuyant sur une conception de la religion qui néglige son aspect identitaire pour certaines minorités. Cela démontre plus que jamais la nécessité de former les élèves au pluralisme en matière de religion.

La CAQ préfère réduire la place de la religion à une part congrue. Elle ne veut pas que les enfants soient exposés à la diversité du phénomène religieux et ne veut pas remettre en question sa propre vision de la religion. On va ainsi invoquer toutes sortes de faux-fuyants. Avec la loi 21, on prétendait viser toutes les religions, alors que nous savons très bien qu’elle n’existait que pour contrer la présence du foulard. Avec le futur cours, on va aussi invoquer toutes sortes d’autres enjeux, mais on sait très bien que c’est pour viser la religion. Encore une fois, les péquistes s’aligneront sur les positions de la CAQ.

Société tricotée serrée

Il fut un temps où les Québécois francophones, qui sont très majoritairement d’origine canadienne-française, s’identifiaient à la religion catholique. Cette religion contribuait à renforcer l’identité de la société canadienne-française et faisait de cette dernière une société tricotée serrée.

Depuis bon nombre d’années, la plupart des francophones sont ou bien des croyants discrets, ou bien des athées, des agnostiques, des anticléricaux ou des personnes indifférentes à la religion. Dans leur milieu, ils ne rencontrent que des gens pour qui la religion a peu ou pas d’importance, à moins de lui accorder une importance négative en tant que source potentielle de violence, et source bel et bien réelle de sexisme et d’homophobie.

En bref, la majorité francophone s’est largement affranchie de la religion, et ce, en partie à cause du caractère oppressant de l’Église catholique. C’est sur ce fonds de commerce que la CAQ et le PQ carburent depuis le projet de loi 60, la loi 21 et maintenant la volonté d’abolir le cours ECR.

On ne voit pas que si elle s’est affranchie de la religion, la majorité francophone ne s’est pas affranchie de son caractère de société tricotée serrée. Les francophones, vivant entre eux dans l’inexistence de l’Autre, ne rencontrent que des personnes affranchies de la religion. Il n’y a donc pour eux aucun problème à abolir le cours ECR.

Il s’avère cependant qu’au-delà de la majorité francophone, il existe des minorités qui s’identifient à la religion protestante, juive, sikhe, musulmane ou autochtone. De nombreux francophones ne voient pas que le respect, la tolérance, la compréhension, l’acceptation et la reconnaissance des identités minoritaires sont des enjeux d’intérêt public et qu’une société mature, inclusive et sûre d’elle-même doit avoir à coeur de s’occuper des minorités faisant partie de cette société.

D’où l’importance d’un cours ECR dans lequel on présenterait les différentes postures à l’égard de la religion (foi, agnostique, athée, etc.), les différentes religions (juive, chrétienne, musulmane, etc.) et les différentes façons de vivre la religion (en privé, en association et en communauté ethnoculturelle).

Le passage à l’adolescence d’une personne se traduit souvent par le rejet systématique de tout ce qui s’associe à l’enfance. Mais lors-qu’elle devient vraiment adulte, elle se rend compte que quand elle se livrait à un rejet aussi systématique, elle était encore à bien des égards un enfant.


 
62 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 15 janvier 2020 02 h 14

    Les valeurs universelles sont mieux que les dérives de l'intégrisme religieux et sectaire.

    Les contradictions abondent dans votre exposé. Vous dites: il faut approfondir la dimension religieuse. C'est-à-dire accepter le prosélytisme religieux dans nos écoles après les avoir laïcisés. Il n'y a pas de diversité dans la religion. Il n'y a que du dogmatisme, de l'homophobie et de la misogynie.
    Vous accusiez les Québécois francophones d'être «une société tricotée serrée» qui n'est pas ouverte au pluralisme, mais en même temps vous accorder aux minorités le droit de s'identifier avec leurs religions!
    Au lieu de cultiver un esprit critique chez nos enfants, vous voulez leur imposer la soumission aux dogmes et aux dérives de la religion.
    Après que l'on a sécularisé nos écoles et après que l'on s'est débarrassé de l'endoctrinement du catéchisme, vous voulez nous retourner au fascisme religieux au nom de la diversité. La cohésion sociale passe par la citoyenneté et le civisme, pas par le communautarisme religieux. Sinon, l'on va finir par devenir une société ingouvernable telle que le Liban, un pays basé sur les sectes religieuses.
    Finalement, vous manquez du respect pour toutes les personnes qui ont quitté leurs peys, spécifiquement pour s'échapper à l'intégrisme religieux de leurs pays d'origine. Ces minorités se sont réfugiées chez nous parce qu'elles cherchent l'harmonie et la stabilité d'une société laïque avec des valeurs universelles. Elles ne veulent pas s'enfermer dans le communautarisme sectaire qu'elles ont délaissé derrière eux.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 janvier 2020 09 h 08

      Votre propos en donne une pas si nouvelle illustration : vous ne concevez le religieux que comme le terrain d'élection du dogmatisme, du sectarisme, du prosélytisme... que vous pratiquez vous-même avec une ferveur que vous envieraient les preachers des autres cultes.

    • Jean-François Trottier - Abonné 15 janvier 2020 10 h 01

      Non, M. Maltais Desjardins.

      Je suppose que votre intervention vient du fait que vous n'avez pas vu les documents du ministère pour le cours ECR.

      À titre de balise, je vous renvoie à :
      https://assohum.org/Media/ECR/Analyse%20ECR.pdf

      Pour d'autre recherches on m'a dit que Google fonctionne bien.

      Ce qui s'enseigne en ECR, ce sont les bienfaits des religions, et pas n'importe lesquelles.

      Vous avez déjà écrit qu'il restait un profond attachement des Québécois envers le catholicisme, ce qui est faux bien sûr. Certains Québécois, bien sûr. Il y en a aussi qui croient à la sorcellerie.

      Mais si vous cherchez des traces de catholicisme, vous les trouverez chez ces spécialistes du ministère issus des anciens cours de religion, chacun agréé par l'évêché (si si!), et recyclés en "spécialistes" pour leur garder un poste quelque part dans l'organigramme, encore à la suggestion d'un évêché.
      Ces pédagogos (comme je les appelle) créent les programmes et décident d'imposer l'éducation par compétences transversales sans même penser à tester leurs idées sur un petit nombre avant le grand déploiement. (Ils ont raison, hein! Ils ont Dieu avec eux...)

      Alors soyons clair : ECR est un cours de religion, point final.

      Mais si, comme on pourrait le croire, vous préférez les attaques personnelles, faites-les envers moi. Je suis capable d'en prendre et je trouve que Mme Alexan en a eu son lot ces derniers mois.
      En clair, elle n'est pas sectaire. Vous, ben.... disons que vous avez l'étiquette facile. Très facile.

      Je vous laisse sur cette réflexion : la morale fait partie de l'être humain depuis des millions d'années. Elle n'est que partiellement une "valeur" puisqu’elle a une part atavique.
      Les moralismes s'érigent au-dessus de la morale et défient les lois... sauf quand il y a collusion entre le moraliste et le législateur.

    • Céline Delorme - Abonnée 15 janvier 2020 10 h 09

      On pourrait espérer qu'un professeur de philosophie comme M Seymour fasse montre d'un peu de sagesse et moins de mépris et de condescendance dans ses réflexions: On lit plutôt les clichés habituels et insultants et empreints de généralisation envers "la majorité francophone" , qui serait par essence raciste et intolérante: . citation résumé: "les francophones qui ne voient pas que le respect, la tolérance, l'acceptation des minorités (sont des enjeux importants d'une société)"
      M Seymour est un tenant du multiculturalisme à la britannique, doctrine qui a des bons et des mauvais côtés, il pourrait exercer un minimum de respect envers les tenants de la laicité, doctrine qui a aussi des bons et moins bons côtés, et qui prône tout autant le respect, la tolérance et l'acceptation des minorités.

    • Nadia Alexan - Abonnée 15 janvier 2020 12 h 16

      À monsieur Richard Maltais Desjardins: Quand l'on a plus d'arguments, l'on verse dans les insultes personnelles. C'est l'armement par excellence de la lâcheté.

    • Marc Pelletier - Abonné 15 janvier 2020 13 h 17

      Mme Nadia Alexandre,

      Vous n'avez pas de reproches à faire aux autres : vous êtes à ce point blindée dans vos certitudes que vous manquez de respect envers ceux qui ont une opinion différente des votres. Relisez- vous SVP !

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 janvier 2020 14 h 55

      Supposez ce que vous voulez, monsieur Trottier. J'ai lu les documents, mais je les ai compris, moi. Sans doute parce que je les ai lus à partir de ce qu'ils disent et non de mes préventions.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 janvier 2020 15 h 45

      Sans vouloir vous offusquer, madame Alexan, je réponds aux arguments par des arguments. Ici, je ne vois que vos habituels procès d'intention.

    • Jean-François Trottier - Abonné 15 janvier 2020 16 h 16

      Vous lisez comme un pied, M. Maltais Desjardins.

      Ou bien vos documents sont dépassés. Vous les choisissez avec soin, disons?

      Lisez les guides de courset notes pédagogiques., j'ai failli écrire "déma...".
      Les déclarations d'intention, c'est comme le programme de QS : mensonger. Voyez les directives.

      Sinon vous confondez "belles idées" et application?

      Mais il y a des limites!
      Et il est archi-faux que vous répondiez aux arguments par des arguments :
      "vous ne concevez le religieux que comme le terrain d'élection du dogmatisme, du sectarisme, du prosélytisme... que vous pratiquez vous-même avec une ferveur que vous envieraient les preachers des autres cultes." dites-vous à Mme Alexan.
      Qu'est-ce ça vous prend?

      Lâchez-nous avec vos insultes hautaines, vous démolissez tout seul le reste.

    • Marc Therrien - Abonné 15 janvier 2020 17 h 04

      Madame Alexan,

      À l'évidence, c'est un sujet qui peut facilement heurter votre sensibilité (votre conscience?). Quand vous recevez comme des insultes ce que d'autres comme MM. RMD, Pelletier et moi-même percevons comme de simples observations un peu critiques, vous démontrez ce que je veux signifier quand je dis qu'un des obstacles à une saine conversation démocratique est un attachement trop fort à ses idées doublé d'une crainte de s'annihilier quand "l'autre" est vu comme un enfer s'il nous contredit.

      Marc Therrien

    • Jacques Patenaude - Abonné 15 janvier 2020 17 h 35

      @ Maltais-Desjardins
      Dans tout ce débat parfois je me demande si de part et d'autre il y a autre chose que des procès d'intentions. Je reprend ici à mon compte les propos de Mme Delorme. Tout cela est un débat entre deux visions du libéralisme, l'un davantage davantage de source britannique et l'autre de source davantage française. Des doctrines qui ont de bons et de mauvais côtés et qui prône tout autant le respect, la tolérance et l'acceptation des minorités mais selon des visions philosophiques différentes.Comme toujours au Québec nous choisissons un peu des deux. La vision qui émane présentement est ni le libéralisme anglais qui focus sur la neutralité de l'État face aux religions et ni le libéralisme français intégral dont le focus est surtout sur la séparation de l'église et de l'État, chacune des deux thèses ayant leurs propre dogmatiques. Espérons qu'enfin on sortira de ce combat de coq et que nous trouverons enfin une ligne médiane qui nous rassemble. Personnellement je crois comme l'auteur de l'article qu'il ne faut pas éliminer complètement le cours ECR mais le réformer dans une perspective plus sociologique et anthropologique. Rappelons-nous cependant que l'ignorance est toujours dangereuse. Il faut que les jeunes générations soient bien informée des phénomènes religieux sinon elles seront à la merci de tous les charlatans de la religion mais avec des propos comme ceux que l'auteur tiens je crois bien qu'il aura l'effet contraire de ce qu'il défend. Le mépris n'est jamais très convaincant. Notez que c'est aussi vrai pour certains de ses contradicteurs.

  • Léonce Naud - Abonné 15 janvier 2020 04 h 46

    « Reconnaissance des identités religieuses minoritaires… » Michel Seymour

    Le Québec est-il une Société composée d’une diversité de groupes religieux et culturels, comme le laisse entendre Michel Seymour, ou bien une Nation où le seul titre qui vaille est celui de Citoyen ou Citoyenne ? La réalité est que le Québec, tout comme la France, n’est pas seulement une « société » et encore moins un agrégat inconstitué d’identités désunies et disparates mais une Nation. L’État québécois ne doit pas reconnaître l’existence d’« identités religieuses », minoritaires ou pas. La religion, l'ethnicité, la race, la couleur de peau comme fondements néo-tribaux d'organisation sociale ne sont pas Québécois. L’identité citoyenne est la seule que doit reconnaître l’État. De son côté, Ottawa reste libre de tribaliser à sa guise le reste du pays selon la religion, l’origine ethnique ou la couleur de peau de tout un chacun.

    Enfin, quand Michel Seymour écrit que « les francophones, vivant entre eux dans l’inexistence de l’Autre, ne rencontrent que des personnes affranchies de la religion », il fait montre d’une ignorance stupéfiante de la majorité québécoise et d’une morgue hautaine qui évoque irrésistiblement le profond mépris dont étaient familiers les hérauts du défunt Empire britannique envers les peuples conquis et par conséquent considérés comme irrémédiablement inférieurs.

    • Cyril Dionne - Abonné 15 janvier 2020 09 h 17

      Bien d’accord avec vous M. Naud. Il nous semble qu’on note une absence d’oxygène dans l’air raréfié des tours d’ivoire encore une fois. Vous savez, le cerveau ne fonctionne pas très bien dans ces circonstances.

      « Le Québec a un ardent besoin de comprendre le rapport à la religion ». Non. Avec la Révolution tranquille et la fin de la grande noirceur, les Québécois se sont affranchis de cet endoctrinement parce que les religions représentent bel et bien un endoctrinement. Tout ce que l’église catholique a fait en Nouvelle-France, c’est de combler un vide après la Conquête mais le tribut à payer pour les Canadien français outrepassait la raison d’être de cette présence religieuse.

      « ...s’appuyant sur une conception de la religion qui néglige son aspect identitaire pour certaines minorités. » Au Québec, personne ne néglige personne. Mais il y a certaines valeurs qui sont ne sont pas négociables comme l’égalité homme/femme et des minorités sexuelles. Pardieu, dans toutes les religions monothéistes, on y rencontre la soumission de la femme et l’homosexualité est vue comme une perversion. Si certaines minorités veulent faire la promotion de ces dogmes abjectes, eh bien, qu’ils le fassent dans la sphère privée et non pas en milieu scolaire.

      « Il s’avère cependant qu’au-delà de la majorité francophone, il existe des minorités qui s’identifient à la religion protestante, juive, sikhe, musulmane ou autochtone. » SVP, pourriez-vous lâcher les Autochtones dont ils ne connaissent absolument rien? La religion autochtone n’existe pas. Ils nous parlent de spiritualité qui est un concept personnel qui se passe entre les deux oreilles d’une personne.

      Personne ne s’objecte si des gens croient en des amis imaginaires, mais de grâce, ne pas importer ces lubies au sein du curriculum scolaire dans les écoles publiques et laïques. La place pour les croyances personnelles se retrouve dans la sphère privée au Québec, pas dans l’appareil étatique d’une société laïque.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 janvier 2020 09 h 32

      Trudeau père rejetait a religion, l'ethnicité, la race, la couleur de peau comme fondements néo-tribaux d'organisation sociale, dont il estimaient qu'ils n'étaient pas Canadiens. Pour lui, l’identité citoyenne était la seule que doive reconnaître l’État. On ne s'est pas privé de dire que la notion de nation canadienne n'était qu'une fiction destinée à assoir la domination ethnique des anglocanadiens, assortie du reproche qui était fait aux québécois de se cantonner dans un nationalisme tribal. En réalité, le tribalisme n'est une mauvaise chose que quand on est du plus petit groupe. La grande ethnie nationale québécoise francophone de référence ne se prive pas d'appliquer la même médecine à ses minorités, avec des arguments similaires. De deux choses l'une, ou bien nous reproduisons les mêmes ignominies, ou bien quelque chose nous échappait... ou une troisième : nous devrions tirer profit de cette aporie au moins apparente pour approfondir notre réflexion. Si tant est que nous ne soyons pas trop absorbés par la réalisation d'un agenda nationaliste de plus en plus claudicant.

    • Denis Blondin - Abonné 15 janvier 2020 10 h 15

      Monsieur Naud ne veut reconnaître aucune communauté autre que la sienne, le groupe dominant, au sein de la société québécoise, même pas les nations autochtones qui habitent ce territoire depuis des millénaires. Il ne semble pas réaliser qu'il agit exactement comme ce que la majorité anglophone du Canada ont l'a fait à l'égard des francophones depuis la Conquête. Par exemple, avec toutes les lois adoptées pour réduire ou couper le financement des écoles publiques francophones.
      Selon sa logique, il devrait proposer au Canada de réécrire sa Charte des droits pour enlever les protections spécifiques des communautés francophones en matière d'éducation.
      Au delà de tous ses Seak White hurlés aux autres groupes que le sien, monsieur Naud refuse même que l'existence de ces communautés soit examinée au sein des programmes scolaires, au sein d'un cours qui traiterait de LA citoyenneté autrement qu'au singulier.

    • Raymond Labelle - Abonné 15 janvier 2020 11 h 52

      « Trudeau père rejetait a religion. » RMD. Cela demanderait quelques nuances. En fait, il était très croyant – vous le constaterez si vous lisez sa bio. Il était très influencé par le courant que l’on dit « personnaliste » chrétien français. Courant selon lequel le plus important est de considérer les individus comme des personnes à part entière. Cela a beaucoup à voir avec sa détestation de la réduction d’une personne à son groupe d’appartenance, par soi-même ou par les autres, dont le nationalisme en général était perçu par lui comme une catégorie. Et les effets nuisibles que cela crée sur les rapports entre personnes. Cela a également beaucoup à voir à son attachement aux droits et libertés de la personne et à sa volonté de leur donner une force constitutionnelle. Peut-être sa motivation la plus profonde.

      En somme, d’une certaine façon, on pourrait dire que l’idée que chaque individu a un rapport avec Dieu et pour qui chacun est sacré dans le christianisme y est pour quelque chose dans le fait que des notions comme celles de libertés de la personne et de leur respect ont tout d’abord émergé dans des sociétés chrétiennes. On nous parle abondamment des perversions du christianisme, mais n’oublions pas ses bons côtés dont nous avons hérité.

    • Léonce Naud - Abonné 15 janvier 2020 12 h 20

      Cher M. Blondin : dans la vie, il y a les amateurs de café et les amateurs de Chartes. Ces dernières, tout comme les Dieux, sont œuvres humaines, donc mortelles. À l’instar des Dieux, elles sont nées, elles vivent et elles mourront. Entre leur naissance et leur mort, les dévots se précipitent. Rien n'est durable sous le soleil, sauf la bêtise.
      Enfin, vous faites état de «Seak White hurlés aux autres groupes». Je m'en vois un peu surpris, n'ayant jamais senti jusqu'ici la nécessité de hurler pour faire connaître mes opinions. Je transmets ces dernières par la plume et non par le gosier. Ais-je besoin de rappeler que la plume est plus forte que l’épée ? Dans votre cas, je vous suggère en terminant de réfléchir à cette maxime latine : « Scripta manent. »

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 janvier 2020 15 h 54

      Merci, monsieur Labelle, de cette très intéressante observation. Cela donne à penser que la promotion des ancrages culturels des premières nations et des autres regroupements culturels n'a pas du tout vocation à les ranger en tribus mais au contraire, partant de ces différences, de permettre aux personnes (on n'aime pas beaucoup le mot, on dirait) de participer à plus «universel» sans devoir s'annuler au nom d'une vision de l'Homme ou du Citoyen qui ne tient souvent son air d'universalité que par la force du nombre... quand ce n'est pas par la force, point.

    • Denis Blondin - Abonné 15 janvier 2020 19 h 57

      Monsieur Naud,
      Pour répondre à mes arguments, vous ne trouvez rien de mieux que de critiquer l'usage d'un mot (hurler), qui est effectivement mal choisi.
      Cela dit, vous ne trouvez rien à répondre à ma critique. Est-vrai, ou ou non, que les Anglophones du Canada ont cherché à nier, à ignorer ou à effacer le plus possible l'existence des communautés francophones, y compris au Québec où ils étaient majoritaires et se faisaient quand même dire "Speak White"? Et si oui, est-il exact que vos idées et vos propositions relèvent de la même attitude et de la même volonté, celle d'affirmer la suprématie du groupe francophone qui domine actuellement au Québec, en niant, ignorant ou effaçant le plus possible les autres communautés?

    • Raymond Labelle - Abonné 15 janvier 2020 22 h 59

      "(...) de participer à plus «universel» sans devoir s'annuler au nom d'une vision de l'Homme ou du Citoyen qui ne tient souvent son air d'universalité que par la force du nombre." RMD

      Oui, tout à fait. La participation à l'universel en fait aussi partie et il ne s'agit pas que de se réfugier dans son sous-groupe en oubliant le reste. C'est le sens du multiculturalisme bien compris - qui n'est pas un isolement de chacun dans son coin, mais une reconnaissance de tous par tous.

      Le multiculturalisme est souvent mal compris, aussi bien par des partisans que des détracteurs.

      Ou, s'il n'est pas si mal compris plutôt, s'ils ne sont pas si mal compris, c'est qu'il n'y a pas "un" multiculturalisme mais "des" multiculturalismes. Sous ce même vocable peuvent se présenter diverses visions sur un spectre. Du multiculturalisme source de fierté nationale et fondement de l'État-nation jusqu'au multiculturalisme ne voyant la société que comme des sous-groupes communautarisés, il y a tout une palette.

    • Raymond Labelle - Abonné 16 janvier 2020 14 h 56

      "(...) nous devrions tirer profit de cette aporie au moins apparente pour approfondir notre réflexion." RMD

      Commençons ainsi. Un reproche adressé par des éléments du ROC à des éléments nationalistes québécois est exactement de la même nature que le reproche adressé par des nationalistes québécois à des membres de sous-groupes que l'on retrouve sur le territoire québécois: refus de participer au projet national (canadien dans un cas, québécois dans l'autre) ou du moins, manque d'enthousiasme, refus d'intégration ou du moins, manque d'enthousiasme.

      Continuons un peu. Beaucoup de nationalistes sécessionnistes membres d'État-nation regrettent la perte de pouvoir de l'État-nation au profit d'entité supra-nationales, comme par exemple l'Union européenne. Beaucoup de nos nationalistes appuient ces nationalismes d'État-nation (comme le Brexit ou les euro-sceptiques français). Par contre, beaucoup de nationalistes sécessionnistes à l'intérieur de ces États-nations adoptent comme stratégie l'appui à des entités supra-nationales qui minent l'autorité de l'État-nation auquel ils appartiennent - les indépendantistes écossais qui invoquent leur volonté de rester dans l'Union européenne, la stratégie des indépendantistes québécois de participer à des accords de libre-échange qui rendent moins pertinent l'État canadien (Landry a même fait campagne pour que le Canada adopte le dollar américain).

      Continuons encore. Contradiction de même nature dans le refus de s'Intégrer soi-même au projet de l'État-nation canadien et dans l'accusation à des minorités diverses de s'intégrer à la nation québécoise, réelle ou plutôt perçue (l'État-nation canadien est une réalité objective, la notion de nation québécoise est moins claire).

      Il y a des pistes de résolution peut-être mais comme vous dites, la réflexion devrait s'approfondir.

  • Jean Lacoursière - Abonné 15 janvier 2020 06 h 46

    Le professeur honoraire écrit :

    « Les francophones, vivant entre eux dans l’inexistence de l’Autre, ne rencontrent que des personnes affranchies de la religion. »

    Voilà qui est une généralisation et une catégorisation euh..., comment dire..., déshonoraires ?

    Le professeur émérite poursuit :

    « Il n’y a donc pour eux [les "francophones"] aucun problème à abolir le cours ECR. »

    Exact ! Vive une école publique qui aide les enfants d'immigrants identitairement religieux à s'affranchir eux aussi ! Et cela en français, ils pourront ainsi entrer pleinement dans la catégorie « Les francophones » utilisée par le professeur honoraire.

    • Claude Bernard - Abonné 15 janvier 2020 10 h 08

      M Lacoursière
      Vous parlez de généralisation abusive.
      Est-elle si abusive que vous le croyez; M Seymour est peut-être mieux renseigné que vous, non?
      Quoi qu'il en soit, expliquer la réaction de certains qui hésitent à reconnaitre l'existence des ¨autres¨ est bel et bien un fait, je crois.
      Elle s'auto justifie soit par une référence à Trudeau père, soit par l'idée que le respect engendre des ghettos, ce qui me semble paradoxal.
      Enfin, c'est mon opinion et je la partage avec plaisir avec vous.

  • André Chevalier - Abonné 15 janvier 2020 06 h 49

    La discrétion, une marque de savoir-vivre.

    Les québécois francophones se sont libérés du caractère oppressif de la religion catholique et on cessé d'en faire l'étalage dans leurs institutions et dans les services publics pour englober tous les citoyens dans le nationalisme québécois sans égard aux appartenances religieuses. C'était une démarche d'accueil envers les autres communautés.
    Or, voilà que certaines communautés remettent en question cette attitude d'accueil consensuelle en exigeant le droit d'afficher à tout venant leurs propres croyances comme avec le voile islamique. Comment voulez-vous que cette attitude ne soit pas vue comme un manque de savoir-vivre par les québécois francophones affranchis de l'église catholique.

  • Marc Therrien - Abonné 15 janvier 2020 07 h 17

    Espoir de guérison dans la disparition du symptôme


    J’imagine qu’il est plus facile d’être serein quand on ne se pose plus les questions les plus profondes de l’humanité telles pourquoi? et afin de quoi? qui émanent du Mystère du Tout Ça qui aurait pu ne pas être là, parce que la science y a trouvé des réponses plus satisfaisantes pour soi que la religion. Ainsi, comme ce qui unit la religion, la philosophie et la science est le désir humain de comprendre pour expliquer, je ne vois pas comme Montherlant la maladie dans la religion, mais plutôt dans l’organisation humaine, L’Église, qui la traite, tel que le laisse penser le philosophe Alain :“Dans la religion, tout est vrai, excepté le sermon ; tout est bon, excepté le prêtre.” Le Vrai est dans les questions qui le cherche. Cette présence du plus grand que soi qui nous dépasse et nous angoisse parfois demeurera bien prégnante même si on ne parle plus de religion.

    Marc Therrien

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 janvier 2020 09 h 39

      C'est peut-être moins qu'on ne se pose plus les grandes questions mais qu'on estime que la religion nous détourne des lieux réels où elles peuvent et doivent être posées, selon les athées. Ce n'est pas pour rien que les adversaires les plus acharnés du cours ECR et de la présence du religieux en général dans la sphère publique se recrutent chez les nationalistes, au Québec. Par bravade, on pourrait leur opposer que ce n'est «seulement» qu'une autre religion, aussi noble et vaine que n'importe quelle autre. Mais ce serait à notre tour nous enfermer dans les pièges de l'intolérance et du dogmatisme où quelques uns s'épivardent.