Étalement urbain: deux visions s’opposent

«Cette vieille façon d’occuper notre territoire nous empêche d’augmenter le transport collectif, de protéger nos milieux naturels et de protéger et de mettre en valeur les activités agricoles», écrivent les auteurs.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Cette vieille façon d’occuper notre territoire nous empêche d’augmenter le transport collectif, de protéger nos milieux naturels et de protéger et de mettre en valeur les activités agricoles», écrivent les auteurs.

L’agrandissement des périmètres d’urbanisation et l’expansion en zone agricole de la MRC de Montcalm, d’une superficie de près de 336 hectares — l’équivalent de 672 terrains de football —, envoient un mauvais message. La population s’attend aujourd’hui à ce que les gouvernements nationaux et de proximité agissent dans une perspective de développement durable en matière d’aménagement du territoire.

À cet égard, les efforts des municipalités de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) sont bien connus. Celles-ci se densifient et développent des milieux de vie durables favorisant l’utilisation du transport collectif tout en protégeant des milieux naturels.

Cette urbanisation durable est le fruit d’un cheminement collectif des élus de la CMM, qui ont convenu de respecter les orientations et les objectifs du Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD) depuis son entrée en vigueur en 2012. Le PMAD respecte également les orientations du gouvernement en matière d’aménagement.

Là où le bât blesse, c’est que ces mêmes règles d’aménagement ne sont pas appliquées de la même façon aux municipalités et aux municipalités régionales de comté (MRC) du pourtour de la CMM. En effet, le gouvernement du Québec s’est doté d’une orientation pour freiner l’étalement urbain au sein des MRC contiguës au territoire de la CMM, dont la MRC de Montcalm.

À lire aussi

L'éditorial de Robert Dutrisac «L'étalement urbain, toujours plus loin»

Lorsqu’elle n’est pas appliquée adéquatement, on se retrouve dans une situation où Montréal, Laval, Longueuil, les villes des couronnes nord et sud se densifient, mais pour les municipalités périphériques, on constate que la densité et la superficie d’espaces demandés ne correspondent pas aux mêmes efforts consentis par la CMM.

Lorsqu’on regarde de plus près la croissance démographique de la MRC de Montcalm, on constate qu’elle provient en grande partie des villes de la CMM. Des villes de cette MRC possèdent maintenant des caractéristiques de villes métropolitaines puisque plus de 50 % de leurs résidents travaillent dans le noyau urbain de la CMM.

Toutefois, l’aménagement étalé de leur territoire va augmenter la congestion routière et ne favorisera pas des mesures de transport collectif. On peut comprendre les villes de vouloir développer leur territoire puisque les revenus proviennent principalement de la taxe foncière. Mais le dernier pacte fiscal a permis d’obtenir une source diversifiée provenant de la taxe de vente.

Pourtant, cela n’a pas empêché la MRC de Montcalm d’obtenir des empiétements en zone agricole. D’autres mécanismes peuvent être proposés pour éviter l’usage de bonnes terres agricoles aux fins de développement résidentiel. Le programme de compensation aux municipalités rurales pour la protection du territoire agricole, adopté récemment par la CMM en collaboration avec le gouvernement, en est un bel exemple.

Une urbanisation à faible densité dans la MRC de Montcalm crée une iniquité avec les municipalités des MRC de la couronne nord de la CMM limitrophes à celles de la MRC de Montcalm. Mais, surtout, alors que nous faisons face à des défis importants en matière de transition écologique, cette vieille façon d’occuper notre territoire nous empêche d’augmenter le transport collectif, de protéger nos milieux naturels et de protéger et de mettre en valeur les activités agricoles comme notre population nous le demande aujourd’hui.

3 commentaires
  • Jean Lacoursière - Abonné 8 janvier 2020 06 h 35

    Hectares vs. Terrain de football (canadien)

    1 hectare = 10 000 m2.

    En incluant les zones des buts, le terrain de football canadien mesure 8153 m2, soit 0,8153 hectares.

    Ainsi, l'agrandissement de 336 hectares équivaut à 412 terrains de football canadien.

  • Marcel Vachon - Abonné 8 janvier 2020 10 h 29

    La province des bungalows

    Si chacun avait son bungalow avec son beau terrain gazonné, son garage avec entrée d'asphalte et idéalement sa piscine, il faudrait couvrir 80% du territoire du Québec, presque jusqu'à la Baie d'Udson avec des routes et des rues à l'infini ..... à déneiger, réparer, etc. etc.
    Nous devons déjà entretenir 2 fois le nombre de routes et rues versus l'Ontario avec moins de population.
    Il est plus que temps de densifier, non?

  • René Laprade - Abonné 9 janvier 2020 11 h 17

    Et si le problème était Montréal...

    Et si le problème était Montréal... On concentre 75% de l'activité économique sur une île! Peut-t-on penser à l'étalement économique? Molson le fait, Jean Couru l'a fait. On diminuerait la congestion. On dépense plusieurs milliards pour faire entrer plus de travailleurs dans une ville déjà saturée.