Les malaises de Noël…

À l’approche de Noël, une question reste toutefois pressante: derrière ce nouveau culte du moi obtenu grâce à toutes les photos de nous-mêmes que nous admirons sur nos égoportraits, reste-t-il encore une place pour autre chose?
Photo: iStock À l’approche de Noël, une question reste toutefois pressante: derrière ce nouveau culte du moi obtenu grâce à toutes les photos de nous-mêmes que nous admirons sur nos égoportraits, reste-t-il encore une place pour autre chose?

Particulièrement en cette période de l’année, nous avons du mal à nous retrouver : nous oscillons sans cesse entre le personnage blindé contre les difficultés de la vie que nous avons construit de nous-mêmes et… l’enfant subsistant malgré tout en nous qui se permet rêves et illusions.

Nous aimerions bien, nous aussi, tout comme les enfants déballant avec émerveillement leurs cadeaux à Noël, retrouver notre candeur d’autrefois. Mais la difficulté chronique que nous avons de nous assumer pleinement nous empêche d’y parvenir. L’augmentation des contradictions du social des dernières années a aggravé la dislocation de notre identité. Devant le spectacle désolant du monde en folie actuel, comment se retrouver ?

Aussi, assez curieusement, à « l’enfer, c’est les autres » de Jean-Paul Sartre se substitue aujourd’hui « l’enfer, c’est… nous-mêmes » ! Confrontés de plus aux différences culturelles apportées par la mondialisation, les éléments de référence d’antan sur lesquels nous pouvions autrefois asseoir une certaine identité se sont effondrés comme un décor de carton-pâte.

Et quant à l’ordre nouveau annoncé en grande pompe par les technologues et futurologues de tout acabit, il ressemble de plus en plus à un désordre assuré !

Pendant qu’on s’affaire à produire toujours plus et plus vite pour satisfaire les milliards de consommateurs que nous sommes, les problèmes sociaux et environnementaux s’accumulent. Mais nous n’avons pas le choix, semble-t-il : il faut que les moteurs de l’économie mondiale progressent si nous voulons en avoir encore toujours plus…

D’ailleurs, devant des responsabilités sociales de plus en plus difficiles à assumer individuellement, certaines personnes en sont venues à se faire croire que les régimes totalitaires, où des populations captives produisent des biens pour nous dans des conditions misérables, sont ce qu’il y a de mieux à espérer pour elles…

Dans la même veine, nos rapports avec les gens démunis se réduisent à faire la charité une fois par année… à Noël. Mais pour changer quelque chose à leur situation, il aurait fallu dénoncer l’iniquité sociale et se battre pour une société plus juste, ce que, repliés sur nous-mêmes et aussi, disons-le, par intérêt financier, nous n’avons pas fait.

Et cela, même si nous savons que d’énormes écarts persistent, créant autour de nous un modèle de société désincarné. Mais heureusement, grâce à nos voyages dans le Sud et à nos activités ludiques de toutes sortes, nous réussissons à l’oublier.

Dans nos relations interpersonnelles, nous sommes encore plus expéditifs : dès que quelqu’un ne fait plus l’affaire, on s’en débarrasse. Grâce aux réseaux de contacts, on va ensuite rapidement vers quelqu’un d’autre qui nous semble plus attrayant : téléphones jetables, cadeaux jetables, familles jetables, amis jetables et chums jetables !

Pourvu que le tout puisse se recycler, il n’y a pas de mal ! On peut ainsi renaître différemment et constamment, allant de vie en vie en se donnant des airs d’éternels jouvenceaux…

Il faut dire qu’avec les médias sociaux, vouloir comme autrefois donner un sens global à sa vie apparaît comme quelque chose d’impossible et, de toute façon, pour la plupart d’entre nous, inutile…

On préfère vivre à la carte, au jour le jour. Grâce à Facebook par exemple, nous réussissons à obtenir une certaine quiétude : nous nous trouvons sans cesse de nouvelles identités à travers l’oeil des autres. Notre vie se déroule alors en trompe-l’oeil !

À l’approche de Noël, une question reste toutefois pressante : derrière ce nouveau culte du moi obtenu grâce à toutes les photos de nous-mêmes que nous admirons sur nos égoportraits, reste-t-il encore une place pour autre chose ?

Sommes-nous encore là, comme lorsque nous étions enfants, blottis derrière le sapin, les yeux grands ouverts sur le monde dans l’espoir d’y voir enfin la venue d’un personnage magique, ou préférons-nous plutôt demeurer, comme tous les autres jours de l’année, recroquevillés dans l’espace de vie sécurisé de nos téléphones intelligents ?

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