La qualité de la langue, un débat hors de propos dans notre contexte

«Les enfants francophones s’agglutinent dans des écoles de qualité moindre que leurs petits camarades anglophones», soutient l'auteur.
Photo: Getty Images «Les enfants francophones s’agglutinent dans des écoles de qualité moindre que leurs petits camarades anglophones», soutient l'auteur.

Je suis un francophone vivant en Colombie-Britannique ; peut-être la province canadienne ayant le gouvernement le plus hostile à la langue française au Canada. Oubliez Doug Ford ; comparé à John Horgan et ses prédécesseurs, il a des allures de défenseur des droits des francophones. Ici, notre gouvernement va jusqu’à se battre pour que les enfants francophones s’agglutinent dans des écoles de qualité moindre que leurs petits camarades anglophones. Et cela, avec l’appui d’un jugement de la cour de Colombie-Britannique qui veut que l’assimilation des francophones soit inévitable, et donc que cela ne vaut pas le coup d’investir dans une éducation de qualité pour nos petits francophones. Nos institutions représentatives, nos centres communautaires et culturels sont dramatiquement sous-financés. Il est clair qu’en Colombie-Britannique, les gouvernements fédéraux et provinciaux n’en font pas assez pour la garantie des droits constitutionnels et le bien-être des francophones.

Le débat sur la qualité de la langue est peut-être intéressant pour certains, mais complètement hors de propos dans notre contexte. Les francophones dans un milieu minoritaire comme le mien sont bombardés par l’anglais. Nous travaillons en anglais, nous consommons en anglais, nous nous soignons en anglais. Pas parce que nous voulons faire ces choses-là en anglais, mais parce que tous ces services ne sont disponibles qu’en anglais.

Malgré tout cela ; malgré l’omniprésence de l’anglais, nous, jeunes et moins jeunes, continuons à faire vivre la langue française et à la célébrer. Nous parlons à nos enfants en français, nous lisons à nos enfants en français, et nous essayons de les exposer autant que possible à la langue française. Mais il ne faut pas oublier que la majorité des contacts sociaux que nous avons se passent en anglais.

Et les anglophones, eux, n’ont pas de fausses pudeurs sur la qualité de la langue. Cela participe grandement à l’attractivité de la langue anglaise et à l’assimilation des communautés francophones. D’un côté, on t’accepte quand tu baragouines, de l’autre, on te rejette pour de petites imperfections de forme.

Alors oui, notre français est parfois bien éloigné du français de Molière, mais qui le parle encore ? J’ai vécu suffisamment longtemps en France et au Québec pour savoir que la qualité du français, à des degrés divers bien sûr, n’est plus ce qu’elle était jadis, la même où le français est la langue première.

Moi, quand j’entends le français de nos petits Britanno-Colombiens, j’y vois un grand espoir, presque une satisfaction. L’espoir que notre langue vectrice de notre culture reste attrayante. Ces gens, que tout devrait conduire à abandonner son utilisation, se battent pour l’apprendre et l’utiliser. Et dans nos communautés du bout du pays, on les encourage ; on les respecte ; on est fier d’eux ! En milieu minoritaire, notre identité de francophone ne se base pas sur nos origines. Albert Camus disait : « Ma patrie, c’est la langue française ». Ici, le français, c’est plus que naturel, c’est notre choix.

La critique décontextualisée de la qualité de la langue pourrait conduire à ce que les francophones en milieu minoritaire aient de plus en plus honte de leur français. Qu’ils ne l’utilisent plus, qu’ils l’abandonnent. Dans un contexte majoritaire comme le Québec, vous êtes riches d’être submergés par la langue française ; vous avez le luxe de l’immersion permanente. Ce luxe, nous ne l’avons pas malgré tous les efforts que nous y mettons. Critiquer sans action concrète n’aide en rien notre situation. Il serait plus opportun de mettre en lumière ce qui se fait de bien dans nos communautés. Cela aidera bien plus notre prochaine génération de francophones à se construire que ces critiques risibles sur la qualité de la langue.

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13 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 16 octobre 2019 00 h 37

    Le passé idéalisé du français

    J'appuie sans réserve ls idées transmises par ce texte et salue la détermination de son auteur et des autres membres des communautés francophones hors Québec. Un détail toutefois me turlupine :

    «la qualité du français, à des degrés divers bien sûr, n’est plus ce qu’elle était jadis»

    Quand était ce jadis? Quand on parlait de la pentry, des tires et que la moitié de la population ne savait pas écrire? Non, cet âge d'or n'a jamais existé, si ce n'est par une infime minorité. Et c'est tant mieux! Une langue doit demeurer vivante et évoluer, ce qu'elle fait malgré les puristes qui voudraient la mettre dans une cage pour qu'elle ne bouge plus. L'auteur explique bien les conséquences possible d'une langue figée : plus personne ne pense la parler correctement et un bon nombre de personnes risquent de l'abandonner.

    • Cyril Dionne - Abonné 16 octobre 2019 08 h 03

      M. Jodoin,

      On aurait dû commencer la lettre par dire qu’il est un citoyen de France et immigrant reçu au Canada. Il a fait toutes ses études dans des instituts postsecondaires de langue française. Il vit maintenant en Colombie-Britannique dans la province canadienne ayant le gouvernement le plus hostile à la langue française au Canada. Oui c’est vrai, cette province à part de l’immigration, contient un des bastions les plus « Anglos » du monde. L’Île Victoria, ça vous dit quelque chose?

      Il nous dit qu’ils travaillent en anglais, qu’ils consomment en anglais, qu’ils se soignent en anglais. Pardieu, que reste-t-il? L’assimilation a déjà fait son chemin. Pour les enfants, ce n’est qu’une question d’années, avec les mariages exogames et un milieu hostile (le Canada) à la langue de Vigneault.

      Ici, on ne parle pas seulement de la qualité du français parlé, mais de la réalité à court, moyen et long terme. Créer des entités artificielles de toute pièce n’aidera personne à garder sa langue maternelle. Personne. C’est un mirage comme d’essayer de remplir d’eau un trou dans le sable sur la plage. Les anglicismes qui se glissent dans la langue sont précurseurs à une assimilation en bonne et due forme.

      Nous n’avons pas de leçon à recevoir de gens qui sont nés dans un autre pays, vous savez, une première génération et qui ont été élevés dans la langue de Molière. Aucune. Pour la qualité de la langue, Mme Bombardier avait raison sur toute la ligne. C’est terminé pour les francophones hors Québec. Pour notre ami, il pense déjà comme nos « Anglos », il fait sienne leur vision du monde en vivant chez eux. Dans le même mouvement, il se déprécie en pensant qu’ils sont incapables de parler un français de manière correcte tout en intériorisant le jugement de l’autre parce qu’il s’en croit incapable.

      On a la qualité de français qu’on veut avoir. La félicité de notre langue ne relève pas de la quantité, mais bien de sa qualité. C’est pourtant simple. D'un Franco-Ontarien.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 16 octobre 2019 08 h 37

    M. Julien Picault a bien raison

    Mme Denise Bombardier a fait beaucoup de torts aux francophones hors Québec avec ses propos déplacés.

    Retrouvons plutôt la solidarité qui prévalait lorsque Doug Ford a coupé dans les services aux Franco-Ontariens.

  • Bernard Terreault - Abonné 16 octobre 2019 09 h 07

    Intéressant

    Ainsi, ce gouvernement provincial supposément progressiste, fruit d'une alliance NPD-Verts, ne croît pas à l'égalité des services pour les francophones. Comme quoi le mépris culturel n'est pas que l'apanage de la 'droite' politique. Il y a des gens de 'gauche' qui croient que ce qu'il y a de mieux pour les petits francophones, c'est de s'assimiler -- peut-être en conservant un peu de folklore, comme les Autochtones. Au fond, les 'grands peuples', ceux dont la puissance économique, politique ET culturelle ont façonné le monde (de l'Empire Romain et de la Chine ancienne à l'Empire Américain en passant par la France du Grand Siècle et l'Empire Britannique), ces 'grands peuples' n'ont-ils pas tous été de puissants assimilateurs?

  • Jean Richard - Abonné 16 octobre 2019 09 h 48

    Évolution ?

    « Une langue doit demeurer vivante et évoluer, » – Encore faut-il que cette vivacité et cette évolution soient bien analysées et qu'on soit conscient que l'assimilation est une forme d'évolution. Certains aspects de l'évolution du français nous invitent à ne pas écarter l'assimilation.
    - Le français refuse souvent la création de mots nouveaux, préférant utiliser l'anglais avec une incidence regrettable sur la phonologie de la langue (l'anglais serait la langue occidentale ayant le plus grand nombre de combinaisons graphèmes-phonèmes, phénomène dénoncé depuis plus d'un siècle mais contre lequel on n'a rien fait). Le Québec était sur la bonne voie en matière de capacité à créer de nouveaux mots bien français mais l'élan s'est vite essoufflé face à l'indifférence de certains (par exemple, les Français, naïvement américanophiles, refusent de parler de courriels, email étant tellement plus cool). Créer un nouveau mot en respectant les racines de la langue devrait aller de soi, mais les francophones nord-américains se sont laissé entraîner par la majorité franco-française là où ils auraient pu s'imposer.
    - Le français est une véritable éponge face à l'anglais et pourtant, il est très imperméable aux autres langues qui sont souvent parlées sur son territoire (j'entends de l'espagnol et de l'arabe au quotidien sur la place publique montréalaise). Ça pourrait être un symptôme de l'assimilation (en douce, mais rapide).
    - Des médias, dont certains ont pour mission de nous bilinguiser, s'obstinent à dévaloriser les mots français existants, prétendant qu'ils n'ont plus le pouvoir de définir correctement la réalité contemporaine. Cette dévalorisation du vocabulaire ne peut que contribuer à l'assimilation. Un dictionnaire qui se vide est une langue qui meurt.
    Il y a une distance énorme entre le purisme inerte et le libertarianisme linguistique. C'est à ces extrêmes que le français est le plus menacé. La langue n'est pas figée, mais elle est une convention sociale.

  • Gilles Théberge - Abonné 16 octobre 2019 11 h 00

    Monsieur Picault sachez bien que je compatis abondamment à la détresse que vous exprimez. Car c'est bien de détresse, que vous nous parlez ce matin... Mais nous n'y pouvons rien, vous vivez dans une province aux antipodes de notre réalité.

    D'ailleurs il n'est pas loin le jour ou votre gouvernement, proposera de faire du Chinois, la deuxième langue officielle de votre province. Avec en plus les troubles qui se produisent à Hong Kong présentement, ça ne peut qu'accentuer le mouvement migratoire en provenance de ce pays.

    Alors le français voyex-vous ça ne concerne qu'un petit nombre de « canadiens » principalement au Québec, et de quelque autres dispersés dans le « roc », et dont on fait fait mine de protéger les droits, justement pour imposer le bilinguisme au Québec. En fait, l'anglais.

    Le Canada se fout du Français. Il me semble que vous devriez avoir compris cela monsieur Picault!