Devenons climato-réalistes!

«Le réchauffement climatique s’accélère et plus nous attendons, plus le coût des efforts pour s’adapter au climat changeant augmentera de façon exponentielle», écrit l'auteur.
Photo: Paul Daly La Presse canadienne «Le réchauffement climatique s’accélère et plus nous attendons, plus le coût des efforts pour s’adapter au climat changeant augmentera de façon exponentielle», écrit l'auteur.

L’élection actuelle est probablement la dernière où nous pouvons mettre au pouvoir un gouvernement qui aura le temps d’éviter la crise climatique. Pourtant, les plans présentés par le Parti libéral et le Parti conservateur pour lutter contre la crise climatique relèvent de la pensée magique.

La planète est actuellement 1,1 °C plus chaude qu’avant l’ère industrielle. Les scientifiques du climat sont clairs : si nous dépassons 1,5 °C, nous risquons l’emballement climatique. Qu’est-ce que l’emballement climatique ? C’est quand les conséquences du réchauffement climatique, comme la multiplication des feux de forêt, la fonte du pergélisol ou l’acidification des océans vont occasionner suffisamment d’émission de gaz à effet de serre (GES) pour nourrir à eux seuls le réchauffement climatique. À 1,5 °C de réchauffement, nous devrons non seulement arrêter d’émettre des GES, mais nous devrons nous battre pour contrer les émissions de GES des conséquences du réchauffement climatique.

Actuellement, la planète semble être sur la route d’un réchauffement climatique de 4 °C à 5 °C d’ici 2100. Certaines études récentes prévoient un réchauffement jusqu’à 7 °C, voire au-delà. Au rythme actuel, nous dépasserons 1,5 °C de réchauffement entre 2030 et 2035. Le réchauffement climatique s’accélère et plus nous attendons, plus le coût des efforts pour s’adapter au climat changeant augmentera de façon exponentielle.

Entre 1990 et 2016, les émissions de GES du Canada ont augmenté de 16,7 % (celles du Québec ont diminué de 9,1 %). Si nous voulons avoir une chance d’éviter la crise climatique, nous devons diminuer les émissions de GES de 5 % par année (ça signifie une baisse des émissions de 35 millions de tonnes pour le Canada chaque année) pour atteindre la neutralité carbone dès 2040.

Pour réussir à atteindre cet objectif, notre énergie doit venir de sources propres et renouvelables, la totalité du secteur des transports doit être électrifié, notre agriculture doit grandement se transformer, tout comme nos industries. Finalement, nous devons reboiser massivement le territoire et investir dans les nouvelles technologies vertes. Tout ça, nous devons principalement le faire dans la prochaine décennie et compléter le processus d’ici 20 ans. Nous aurons besoin d’un gouvernement ambitieux qui saura faire face aux lobbys pétroliers.

Il faut être réaliste, le climat nous impose d’atteindre ces objectifs et la situation exige beaucoup plus que des mesurettes cosmétiques. Le défi climatique est colossal, mais les conséquences de ne pas relever ce défi seront encore plus grandes. Nous ne sommes pas la première génération qui fait face à un défi colossal. La génération de nos grands-parents ont transformé en quelques années l’économie canadienne en économie de guerre et ont libéré et reconstruit l’Europe. Nos peuples ont réussi à s’établir et à prospérer dans un climat particulièrement hostile. Si nous voulons que nos enfants et petits-enfants continuent à prospérer, nous devons voter pour un gouvernement qui aura réellement un plan pour relever le défi climatique et nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour compléter la transition nécessaire pour sauver le climat.

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13 commentaires
  • Marc Therrien - Abonné 23 septembre 2019 06 h 52

    Paradiso-optimistes


    Il est déjà difficile pour chaque individu humain de vivre dans la conscience d'être mortel, ce qui procure une grande angoisse existentielle qu'on pensait soulager par les religions et la croyance en l'au-delà. Imaginez alors comment il peut être difficile d'amener toute l'humanité entière à faire ce saut quantique d'envisager qu'elle est aussi mortelle et qu'elle n'est donc pas éternelle. À moins que...la croyance en un au-delà est encore ce qui aide plusieurs à ne pas trop s'en faire avec l'urgence climatique ici-bas, puisqu'un monde meilleur les attend là-bas, très loin, de l'autre bord de l'infini.

    Marc Therrien

    • Marc Therrien - Abonné 23 septembre 2019 18 h 50

      Et puis en y repensant un peu, me rappelant cet extrait du discours d’Albert Camus suivant la réception de son prix Nobel de littérature en 1957 : «Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse», je me demande si la conscience athée matérialiste éprouvant l’absurde a vraiment envie de faire autre chose du monde que d’en jouir.

      Ne sachant pas pourquoi elle est apparue et ne sachant pas pour quoi elle évolue, la pauvre humanité erre.

      Marc Therrien

  • Cyril Dionne - Abonné 23 septembre 2019 07 h 02

    C’est la surpopulation qui est la cause mondiale

    Bon. Vous m’avez presque perdu à un père de cinq enfants. La surpopulation est la cause directe des changements climatiques, pas les produits fossiles.

    Ceci dit, la planète se dirige présentement pour un réchauffement de 3 à 4°C et non pas le 5, 6 et 7°C que plusieurs alarmistes essaient de nous faire croire. C’est beaux des études scientifiques, mais on peut prendre d’autres très crédibles qui affirmeront le contraire de ce qui est avancé.

    Oui, les GES augmentent au Canada parce que les provinces de l’ouest veulent exploiter leurs ressources pétrolières. Celles du Québec diminuent et elles ne représentent que 0,17% des GES mondiaux. Malgré tout, cela, le Canada n’est responsable que de 2% des GES mondiaux. Pour la Chine et ses 13 000 Mt de GES annuels, c’est 33%. Électrifier toutes nos industries c’est beau, mais beaucoup d’emplois seront perdus dans cette aventure qui est nécessaire au 21e siècle. L’automatisation, la robotisation et l’intelligence artificielle s’assureront que nous serons très efficace énergétiquement, mais les emplois ne seront plus au rendez-vous. Dilemme pour un syndicaliste.

    Pour les investissements massifs dans les nouvelles technologies vertes, l’énergie solaire produit 4 fois plus de GES que l’hydroélectricité. En plus, elle est disponible que 25% du temps si on est chanceux et coûte 3 à 4 fois plus chère. L’énergie éolienne produit le même nombre de GES que l’hydroélectricité mais coûte de 4 à 5 fois plus chère. En plus, elle n’est disponible que 20 ou 25% du temps.

    Mais je suis 100% d’accord avec le reboisement. Au moins, c’est quelque chose de positif qu’on peut faire sans ruiner les générations à venir. Mais le Québec ou le Canada ne sauvera pas la planète. Dans notre cas, c’est le 99,83% de GES des autres qui devraient nous concerner. Que dire de la destruction des écosystèmes marins et terrestres causer par le phénomène de l’étalement urbain générer par l'accroissent de la population?

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 23 septembre 2019 12 h 10

      Je lis toujours vos commentaires avec attention. Je crois que vous êtes prof de science...
      Si jamais vous pouviez nous dire, à travers ce débat qui va encore durer, ce que vous pensez du livre de Hacène Arezki, Climat, mensonges et propagande, disponible, gratuitement, en ligne ici, ça serait une intéressante contribution.
      http://www.histoireebook.com/index.php?post/Arezki

      Je viens aussi de lire Homo domesticus de James C Scott et même s'il c'est un activiste, il reconnait que durant l'Antiquité , le climat se serait réchauffé de 7 degrés (partout dans le monde, j'en doute) en une décennie.

      Pourtant, ça n'est pas ce qu'on entend dans les médias. Ma propre correction du Devoir, à propos d'une initiative visant à planter des milliards d'arbres m'indiquait que le Devoir avait omis de signaler que le scientifique qui publiait la recherche sur les effets sur le climat d'une telle entreprise était responsable de l'ONG qui chapeautait la dite initiative...

    • Cyril Dionne - Abonné 23 septembre 2019 17 h 49

      D’emblée, je dois dire que je ne suis pas d’accord avec les conclusions d’Hacène Arezki. Les changements climatiques sont une vérité indéniable et inaliénable. Il y a bel et bien un réchauffement par la planète causé par l’homme. La présence et la concentration de C02 et d’autre gaz qui cause l’effet de serre dans l’atmosphère a augmenté depuis le dernier siècle. Le cumulatif de ces gaz bloquent et réfléchissent une partie du rayonnement thermique. On ne parle plus de rayonnement, mais bien de convection. Cette augmentation de la température est proportionnelle à la concentration du C02 dans l’atmosphère.

      Ceci dit, le GIEC est une « bibitte » des Nations unies et dont la crédibilité des données est souvent à géométrie variable selon les pays. Les Nations unies est la même organisation qui compte plus de huit dictateurs sur le Comité des droits de l’homme. L’Iran, un état théocratique et misogyne, charia oblige, dirigé par nul autre qu’Ali Khamenei, le guide suprême et le vrai pouvoir, siège sur la Commission de la condition de la femme.

      Le problème, c'est que les extrémistes ont érigé les changements climatiques en religion. Enfin, les émissions de GES ne sont pas seulement les seuls éléments dans cette lutte pour maintenir la Terre, notre vaisseau spatial, habitable. Il faut aussi parler de la pollution atmosphérique puisque l’air que nous respirons, est proportionnel à notre qualité de vie et notre bien-être physiologique. Que dire de l’étalement urbain dû à l’augmentation de la population mondiale et qui est la cause première de la destruction des écosystèmes marins et terrestres? Sans la biodiversité, l’homme ne pourra pas survivre. L’eau potable est en voie de disparition et la nappe phréatique partout dans le monde diminue à vue d’œil. Plus de 10% des sols aptes pour l’agriculture ne sont plus viables.

      C’est la surpopulation qui en est la cause des changements climatiques et de la destruction de la biodiversité. Demandez à David Suzuki.

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 23 septembre 2019 22 h 02

      La première tâche qu'un scientifique se doit d'effectuer quand il aborde une recherche, c'est bien de réaliser une revue de la littérature la plus récente et exhaustive possible sur le sujet qu'il entend explorer. Or qu'apprend-on pour le réchauffement climatique? Ceci: « Selon le scénario le plus « pessimiste », l’augmentation de la température moyenne globale atteindrait 6 à 7° C en 2100, soit 1° C de plus que dans les précédentes estimations. Seul l’un des scénarios socio-économiques (marqué par une forte coopération internationale et donnant priorité au développement durable), permet de rester sous l’objectif des 2° C de réchauffement, au prix d’efforts d’atténuation très importants et d’un dépassement temporaire de cet objectif au cours du siècle.» (source: https://www.ipsl.fr/Actualites/Actualites-scientifiques/Les-simulations-climatiques-francaises).

      Il est vrai que c'est le scénario le plus pessimiste, mais il ne tient pas compte des boucles de rétroaction positive pouvant déplacer l'homéostase climatique pas mal plus loin. Voir « Trajectories of the Earth System in the Anthropocene» (https://www.pnas.org/content/115/33/8252). D'accord, il ne s'agit que de scénarios possibles. Néanmoins, il ne s'agit plus de mystifier le public en lui faisant croire à une « économie verte» venant à la rescousse, surtout sans rien changer à notre mode de vie, car, dans le temps qui nous est imparti, l'ampleur des défis énergétiques, démographiques, écologiques qui nous pendent au bout du nez, ne pourra nous permettre d'affronter les crises qui s'annoncent pour les prochaines décennies et qui vont perdurer bien plus longtemps que l'horizon de 2100 où s'arrête les projections. C'est pourquoi que les engagements pris aujourd'hui à l'ONU par une poignée de pays demeurent au mieux risibles, au pire, ils ne constituent qu'une triste farce.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 23 septembre 2019 07 h 55

    Sans faille

    Je ne trouve pas de faille dans votre article plein de bon sens et de coeur.
    Votre plan est bon. Il manque un peu d'agenda et de lieux.
    J'y mettrais en plus, l'efficacité énergétique partout, dans les villes, le Mouvement des Caisses Populairs, pour, qu'en épargnant la moitié de la facture énergétique, en coupant en deux comme on est capables de le faire l'utilisation des combustibles fossiles et de l'électicité, on réoriente dans la transition écologique l'argent épargné. Les Caisses pourraient faire beaucoup dans l'autosuffisance alimentaire, les écorénovations, le transport interurbain électrifié aussi.
    QU'Hydro ne l'inqpuièete pas : l'électricité épargnée ici sera utilisée ailleurs, au Québec. ( transport, serres chauffées etc.)

  • Pierre Rousseau - Abonné 23 septembre 2019 08 h 21

    Faut-il le voir pour y croire ?

    Il est bon de voir les jeunes se mobiliser pour freiner les changements climatiques car ils et elles n'ont pas été témoins de tels changements. Pour nous, les gens âgés, c'est souvent notre propre expérience qui nous montre que ces changements sont réels. Ayant passé plusieurs années dans l'Arctique, j'ai pu voir ces changements de très près et je sais que c'est bien réel. Mais on dirait que nos politiciens viennent de la planète Mars et qu'ils sont complètement inconscients de leur impact.

    C'est comme une hypothèque levée sur les prochaines générations et la négligence de nos dirigeants pourrait mener à l'impossibilité pour nos petits-enfants et leurs enfants d'avoir une belle vie sur cette planète. Comme je l'ai écrit, j'ai vu les changements dans l'Arctique où ils se produisent plus rapidement que dans le Sud du pays et ce qui est plus frappant c'est la fonte du pergélisol. Ça veut dire que les constructions qui étaient ancrées dans le gel ont commencé à se déformer et ça touche aussi bien les structures que les pistes d'atterissage. Mais le plus grave c'est l'émission de méthane et il y a des lacs où on peut mettre le feu aux bulles qui remontent du fond du lac et qui sont en réalité du méthane.

    Même si vous n'avez pas vu de vos yeux vu l'impact de ces changements, vous devez y croire car ils sont bien réels et il arrivera bientôt un moment où ils seront irréversibles. Il faut montrer aux politiciens que nous sommes sérieux et que nous voulons de l'action pour les juguler, pas des pipelines. Montrons leur que nous sommes prêts à faire des sacrifices pour protéger l'avenir de nos petits-enfants et de leurs descendants !

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 23 septembre 2019 12 h 25

      Les changements que vous décrivez ont eu lieu plusieurs fois par le passé, le problème c'est que désormais, il y a des routes ou des fondations. Si une augmentation de 2 degrés suffit à faire émerger les phénomène, que se passait-il dans les années 30 ou encore durant l'optimum médiéval?

      En 2025, l'Allemagne aura dépensé des centaines de milliards contre le GES, pour un bilan inférieur à la France.
      https://www.bloomberg.com/graphics/2018-germany-emissions/

      En rénovant ses centrales nucléaires, l'Allemagne aurait atteint ses cibles et il y aurait certainement un excédent (des milliards) pour investir concrètement dans l'environnement. Voilà pourquoi je suis si sceptique. À titre d'exemple, s'il y avait un réchauffement naturel, accéléré par nos GES, le problème demeurerait entier. Les Pays-bas peuvent se préparer à une hausse des océans, pas le Bengladesh... Il y a des milliards qui se perdent, car de toute façon la montée des océans avait lieu avant nos émissions de GES, donc le Bengladesh se ramasserait tôt ou tard avec le même problème. SI et je dis bien SI nos GES ont un rôle à jouer, c'est d'accélérer un processus, mais on utilise des problèmes qui n'ont rien à voir pour faire croire à l'urgence.

      Avant, c'était les ours polaires, or leur population a augmenté.. Les feux de forêt, les tornades? Aux EU, ça diminue. Bref le problème du Benglasdesh c'est la surpopulation qui pousse les gens à s'établir dans des zones justement inondables (et sans doute susceptible d'agit comme tampons). Or si l'on détruit les milieux naturels, c'est certain que quand un problème environnemental survient, ça fesse et dans un contexte de surpopulation, ça fait un tort énorme. Mais le développement du Benglasesh, il sera favorisé par un plan de réduction des GES? J'en doute.

  • Marc Pelletier - Abonné 23 septembre 2019 11 h 08

    Bravo pour votre opinion !

    Et j'ajoute : bravo M. Sébastien Robert pour votre famille, car, les enfants, c'est la réalisation dont nous pouvons être le plus fiers dans notre vie. Pour ma part , je n'ai qu'un fils, mais après avoir bourlingué un peu partout dans ma carrière, et obtenu à ce qu'il me semble de bons résultats, c'est un commentaire que j'ai crû bon de lui faire, il y a quelques années. De son côté, il a maintenant trois filles et le grand-père, que je suis, leur souhaite longue vie sur notre planète !

    Pour revenir au sujet que vous abordez, je viens de lire ce matin, dans le Journal de Montéal, ce qui suit, à la page 6 : " La Suisse en deuil d'un glacier disparu ". Et dans le texte : " Comme en Islande il y a quelques semaines, des Suisse ( 250 personnes ) ont commémoré dimanche, par une longue " marche funèbre " en montagne, la disparition d'un des glaciers alpins les plus étudiés, le Pizol, sous l'effet du réchauffement climatique. "......

    Plus bas, dans la même page, l'AFP titre : " Les cinq années les plus chaudes jamais enrégistrées ", et en sous-titre : "Un rapport alarmant publié avant un sommet des Nations unies sur le climat ".

    J'espère que ce sommet sur le climat, qui débute aujourd'hui à New York, ébranlera le scepticisme et l'inaction de plusieurs dirigeants mondiaux qui y participent.

    Que dire de plus !