«Business as usual»?

«À l’instar du ministre de l’Environnement et d’un très grand nombre de Québécois.es, le 27 septembre, je quitterai mon lieu de travail et je marcherai en solidarité aux côtés de mes élèves», mentionne l'auteur. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «À l’instar du ministre de l’Environnement et d’un très grand nombre de Québécois.es, le 27 septembre, je quitterai mon lieu de travail et je marcherai en solidarité aux côtés de mes élèves», mentionne l'auteur. 

Quand la Commission scolaire de Montréal (CSDM) décrète une journée pédagogique en soutien à la mobilisation de la jeunesse pour la lutte contre les changements climatiques, qu’elle s’entend de surcroît avec ses enseignants pour que ceux-ci puissent alors manifester leur appui en participant à la grande marche du 27 septembre, mais que le premier ministre du Québec prend la peine de remettre le tout en question, ce que j’entends de la part du gouvernement, c’est que la situation est loin d’être exceptionnelle. Business as usual.

Au bureau, les profs ! Vos élèves ne sont pas là ? « Il y a de la formation », assène laconiquement François Legault. « C’est une journée de préparation, de correction, de formation pédagogique », de renchérir le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge…

Bref, c’est business as usual. Urgence ? Quelle urgence ? Business as usual.

Faut-il passer sous silence l’apparence d’instrumentalisation de cette question afin de miner la crédibilité de la CSDM pour faire avancer de manière à peine voilée les visées de la CAQ d’abolir les commissions scolaires ?

Faut-il passer sous silence qu’on semble mépriser les enseignant.e.s en les infantilisant et en les traitant d’enfants gâtés qui profiteraient du système… alors qu’ironiquement, le même jour, le ministre Roberge annonce qu’il veut faire reconnaître légalement leur expertise ? Comme si les profs allaient moins corriger, moins planifier leurs cours simplement parce qu’ils ne sont pas physiquement assis à leur bureau cette journée-là ! Et croit-on sérieusement qu’on bidouille une formation à dix jours de préavis quand on s’adresse à des professionnel.le.s ? Dans un contexte de pénurie grave dans nos écoles, je me demande ce que d’éventuels candidats en enseignement pourraient penser en voyant que l’on contribue ainsi à aviver un climat de dénigrement de la profession enseignante…

Faut-il enfin passer sous silence le fait que le premier ministre déplore que des parents se fassent dire : « Vendredi prochain, organisez-vous avec vos enfants, il n’y aura pas d’école ! » en semblant ignorer que ces enfants, eux, se font dire presque quotidiennement : « Au siècle prochain, organisez-vous avec vos enfants, il n’y aura pas de planète » ?

Alors, ils s’organisent, nos enfants. Ils ont ce courage incroyable d’affronter ce problème inédit et quasi insoluble que les tenants du business as usual leur ont légué et leur lèguent apparemment encore quand on constate le discours réactionnaire et présumément climatosceptique de M. Legault.

Manquer de les soutenir, nos enfants, nos élèves, nos étudiants, ce serait pour nous, comme société civile en général et en tant qu’enseignant.e.s en particulier, manquer à nos devoirs les plus fondamentaux d’assurer la suite du monde.

Par conséquent, à l’instar du ministre de l’Environnement et d’un très grand nombre de Québécois.es, le 27 septembre, je quitterai mon lieu de travail et je marcherai en solidarité aux côtés de mes élèves pour leur témoigner à quel point j’ai espoir qu’ils sauront nous forcer à agir autrement, à enfin quitter collectivement le dogme funeste du business as usual.

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15 commentaires
  • Joël Tremblay - Abonné 20 septembre 2019 02 h 01

    Ingérence de la part du PM.

    En effet, le genre de travail qui ne serait pas fait cette journée-là sera à faire de toute façon.

    Même si je suis personnelleement sceptique de l'utilité d'un tel rassemblement, je pense que ce n'est pas du ressort du premier ministre d'interpeller les profs comme si ils/elles étaient ses employés personnels. Il devrait se garder une petite réserve, il n'est pas le boss de Québec inc., il est le premier ministre.

  • Joël Tremblay - Abonné 20 septembre 2019 02 h 26

    Petite surestimation de l'impact de la marche je pense...

    "Alors, ils s’organisent, nos enfants. Ils ont ce courage incroyable d’affronter ce problème inédit et quasi insoluble que les tenants du business as usual leur ont légué et leur lèguent apparemment encore quand on constate le discours réactionnaire et présumément climatosceptique de M. Legault."

    Bon, il y a quelques petites affirmations un peu fausses ici.

    Les personnes qui seront à la marche ou qui font démonstration de leur écologisme de façon ostentatoire sur les réseaux sociaux N'AFFRONTENT RIEN, ils/elles DÉNONCENT une situation que tous les analystes sérieux et les personnes relativement informées voient venir depuis 10-20 ans. On parle de la voiture électrique depuis plusieurs décennies, l'amincissement de la couche d'ozone, le réchauffement de la planète, etc. Rien de nouveau là-dedans. Il n'y a rien de courageux à aller bloquer des rues.

    Assez représentatrif de la génération actuelle, on fait une petite crise de bacon en chialant et on demande aux gens responsables de tout régler. Chialer n'est pas une action qui contribue à résoudre un problème, ça peut aider à l'identifier, mais ça ne contribue en rien à le régler.

    Est-ce que les personnes qui vont être là à se prendre en photos ont vérifé la tracabilité de leur téléphone, si il y a eu du travail d'enfants-esclaves d'impliqué dans sa production?

    Enfin, de blâmer "la génération précédente" en affirmant qu'elle lègue ce problème aux générations futures est aussi un peu malhonnête, je me souviens encore de l'époque où les électroménagers et les appareils électroniques étaient indestructibles et en plus on pouvait les réparer, on avait pas besoin d'aller à un magasin spécialisé pour acheter des produits en vrac, on faisait couper son baloney et il était emballé dans du paier ciré, et on emmenait l'épicerie dans des gros sacs de papiers, il n'y avait pas de débat sur l'interdiction des sacs de plastique dans ce temps-là... ça fait à peine 25 ans.

    À réféchir avant de blâmer ceux qui son pas

  • Benoit Gaboury - Abonné 20 septembre 2019 03 h 34

    Quelle erreur, M. Legault

    Excellent article de M. Sardi. C'est une erreur importante que M. Legault commet de ne pas appuyer cette journée contre le réchauffement climatique. Par ce réflexe autoritaire, qui révèle beaucoup plus qu’il n’induit, il va apparaître comme le cas type de politicien que les jeunes veulent justement «réveiller» pour leur inaction, Greta Thunberg en tête. L'école qui a pour but de les sensibiliser aux grands enjeux de la société devrait au contraire être félicitée pour son engagement citoyen, par ailleurs entièrement basé sur les données de la Science. Les professeurs qui constamment tentent d'inculquer des valeurs de responsabilité aux jeunes seront tous très déçus d'une telle rebuffade, qui semble même ici d'un autre âge. C’est très étonnant de la part de notre premier ministre qui se montre bien déconnecté des préoccupations environnementales. Et c'est toute une génération de jeunes qu'il se met à dos – avec leurs parents - et aussi la profession enseignante en entier. Quelle erreur.

    • Christian Roy - Abonné 20 septembre 2019 16 h 12

      Bien d'accord avec vous M. Gaboury. Legault est en train de prendre le statut de Maurice Duplessis 2.0.

      Les gens qui croient en lui pour prendre le virage qui nous fera quitter collectivement, au Québec, la Grande Noirceur actuelle me font bien rire.

  • Cyril Dionne - Abonné 20 septembre 2019 06 h 28

    Les gens sont déjà conscientisés de l'urgence climatique

    La CSDM avait une crédibilité? Ah ! « ben » torrieux. C’est tout nouveau.

    La seule pénurie d’enseignants qui existe est celle de Montréal et nulle part autre. Personne ne veut aller enseigner là-bas et ceux qui sont y sont, la plupart veulent partir (plus de 25% songent quitter dans les 5 années à venir). Montréal n’est pas un endroit pour élever une famille. 10 à 15% des enseignants quittent le Québec pour aller enseigner ailleurs. 25% des enseignants dans les écoles françaises en Ontario sont des Québécois pure laine.

    Ce n’est pas à des fonctionnaires publics non élus de décider comment dépenser l’argent des contribuables. Au lieu de faire de l’école buissonnière, il serait peut-être mieux pour les élèves de demeurer sur les bancs d’école pour apprendre justement comment contrer ce grave fléau des changements climatiques et s’investissant en sciences et non pas en sciences sociales. Même Sainte Greta n’arrête pas de dire qu’elle suit les conclusions scientifiques, non pas les pseudo-écologistes qui ont élévé la biodiversité au rang de religion avec ses prêtres, ses dogmes et sa doctrine, le Pacte.

    Misère. Et je suis enseignant.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 20 septembre 2019 09 h 18

      "La seule pénurie d’enseignants qui existe est celle de Montréal et nulle part autre. "

      Pas tout à fait vrai. Bien sûr que c'est plus grave à Montréal et Laval, en raison du nombre.Je suis retraité de l'éducation, en dehors de Montréal; et j'ai 2 proches dans l'enseignement. Ici, aussi, la pénurie se fait sentir.

      "Ce n’est pas à des fonctionnaires publics non élus de décider comment dépenser l’argent des contribuables."

      Alors vous allez questionner les futurs administrateurs du futur centre de services devant remplacer la commission scolaire?

    • Christian Montmarquette - Abonné 20 septembre 2019 10 h 06


      "La seule pénurie d’enseignants qui existe est celle de Montréal" - Cyril Dionne

      Bullshit à usual:

      "La pénurie d'enseignants est réelle, selon des commissions scolaires " - La Presse, 01 mars 2019

      Extraits : "De la Gaspésie à la Beauce, en passant par le Saguenay-Lac-Saint-Jean et la Côte-Nord, les commissions scolaires consultées par La Presse sont pourtant formelles : on manque bel et bien d'enseignants."

    • Cyril Dionne - Abonné 20 septembre 2019 13 h 44

      Encore de gros mots M. Montmarquette. Enfin, vous n'avez jamais mis les pieds dans une salle de classe et vous ne connaissez aucun enseignant. Moi je connais des enseignants qualifiés qui n'ont pas de permanence en périphérie de Montréal et vous parlez de pénurie. Personbe que je connais veut enseigner à Montréal.

      Vous devriez concentrer vos ardeurs ailleurs. C'est comme dire que les assistés sociaux n'ont pas de travail à Montréal et doivent subsister à 400$ par mois. Pourtant on parle de pénurie de travailleurs dans la même ville. Peut-être que vous devriez arrêter de lire la Presse.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 20 septembre 2019 15 h 19

      "Personne que je connais veut enseigner à Montréal.". Fort possible. Pour ma part, je connais 2 profs qui enseignent, à Montréal, à la commission scolaire de La Pointe de l'Ile.....et qui semblent s'y plaire.

      Le problème, à mon humble avis, dans le coeur de Montréal, c'est l'enseignement dans une classe *ordinaire*, une fois l'écrémage fait ( au secondaire), pcq s'y trouvent plusieurs élèves issus de l'immigration. Donc, le problème de langue s'ajoute aux autres problèmes, particulirièrement en milieux défavorisés. Environ 40% des jeunes à Montréal sont au privé: c'est beaucoup. Ici, en région c'est environ 22%.

      A la commission scolaire de Montréal, plusieurs écoles sont cotées assez fortement ou fortement défavorisées. Voir pour 2017-2018:
      http://www.education.gouv.qc.ca/references/tx-solr

    • Jean-François Trottier - Abonné 20 septembre 2019 16 h 58

      M. Montmarquette, comment faites-vous pour toujours prendre un seul petit point, le monter en épingle, et y trouver une réponse qui semble définitive mais en fin de compte est vide, et toujours sur un ton cinglant ?

      Vous ne cherchez que l'affrontement, ou plutôt le silence de quiconque pense autrement que les mots d'ordre du Parti.

      Et puis un extrait pour bien montrer que vous avez raison, i.e. que la victime sur qui vous êtes tombé a tort, sachant très bien que la plupart des gens n'iront pas lire l'article.

      Moi, je l'ai lu.

      Le ministre vous contredit complètement dans cet article.

      Je ne sais pas s'il a raison ou tort, mais en tout cas vous manquez sérieusement d'honnêteté intellectuelle dans votre référence.

      Ce que vous écrivez laisse croire que l'article vous donne raison.
      L'article ne vous donne pas raison.

      Bullshit as usual, en effet. Vous prenez les gens pour des cons.

    • Cyril Dionne - Abonné 20 septembre 2019 23 h 35

      M. Grandchamp,

      Les futurs administrateurs du futur centre de services ne seront pas élus et donc ne feront pas de décisions politiques comme les commissions scolaires. La CSDM a posé un geste politique alors que seulement 5% des citoyens ont considéré important de voter pour les élire.

      Adieu chers commissions scolaires.

  • Jean-François Trottier - Abonné 20 septembre 2019 09 h 07

    Qu'est-ce qu'une manifestation?

    Selon moi, manifester, c'est tenter d'envoyer un message clair aux bonzes qui nous dirigent.

    Est-ce à eux d'y participer, ou d'appuyer une manifestation?

    J'ai des doutes.

    À eux les responsabilités, a nous de leur envoyer un coup de pied dans le c...

    Au départ, il me semble qu'une manifestation appuyèe pour tout le monde officiellement est une parade. La Pride est une parade par exemple. Même s'il reste beaucoup à améliorer, le pire est fait.
    On fait une parade quand on est content.

    C'est aux profs de débrayer pour faire un geste. Sinon, y a pas de geste.