Salut Sylvie

Manifestation dans le cadre du Printemps érable, en 2012
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Manifestation dans le cadre du Printemps érable, en 2012

Salut Sylvie,

Je viens de lire ta lettre à Pierre Falardeau publiée dans Le Devoir du 11 septembre. J’ai été attiré par ton titre simple, où tu salues un grand cinéaste, un artiste engagé que j’ai beaucoup admiré, sans gueule de bois dans un combat pour l’émancipation des peuples, tous les peuples, mais en commençant par le sien.

Tu as réussi à me donner mal au coeur, Sylvie. J’aime ce pays, je suis profondément indépendantiste, mais contrairement à toi, le Québec ne me dégoûte pas. J’appartiens à cette génération de millénariaux qui ont des téléphones intelligents collés dans leurs mains et dont la majorité des relations amoureuses ont commencé par un message sur Facebook. Et même si on partage le même dégoût pour IKEA et la surconsommation, ce n’est pas associé à une cage qui nous serait particulière. On partage ça avec le reste de la planète. Si les éléments de notre cage sont ceux que tu décris, on vit tous dedans, qu’on soit Canadien, Français, Sud-Africain ou Coréen.

Tu dis qu’on a abdiqué, mais dans mon pays, on lutte encore, et plus que jamais. La lutte a juste changé de champ de bataille. C’est vrai qu’on ne se passionne plus pour séparer le Québec du Canada, pour ajouter des frontières à celles qu’on ne reconnaît même plus comme légitimes. On se bat pour autre chose. Pour la justice, sociale, environnementale, entre les sexes, entre les peuples, entre les générations. J’étais dans la rue avec des centaines de milliers de mes concitoyens pour le Printemps érable, la plus grande manifestation citoyenne de l’histoire moderne du Québec. On a fait tomber un gouvernement. On a aussi déplacé l’aiguille politique québécoise vers la gauche. Plus à gauche que n’importe quelle autre société nord-américaine. On a fait naître de nouveaux partis politiques et fait mourir les anciens. On a créé Valérie Plante et l’honnêteté efficace et visionnaire en politique municipale. On s’attarde à faire de même à Drummondville, à Québec, à Sherbrooke, et même sur les scènes politiques provinciale et fédérale, avec les verts, la vague orange, le Pacte pour la transition et même la CAQ, même si elle n’est pas collée sur mes valeurs.

On a marché avec les Autochtones dans le mouvement Idle no More, on a soutenu et imité les révolutionnaires d’Occupy, on connaît maintenant mieux que jamais le 1 % qui nous opprime et on a des politiciens qui parlent ouvertement de taxer comme il se doit la richesse débilitante de certains qui appauvrit tous les autres. Ils ne sont pas encore au pouvoir, mais ils s’en approchent comme jamais dans notre histoire, et ceux qui les précèdent assouplissent leurs positions néolibérales en voyant la vague venir.

C’est toujours pas parfait au pays de la poutine. On débat sur la laïcité, le contrôle des armes, les pipelines et la taxe Netflix. Comme tous les peuples du monde. Mais on le fait dans un climat général de paix, d’acceptation de l’autre, d’égalité des gens. Et aussi de prospérité. Tu le savais, Sylvie, que notre peuple de colonisés arriérés et pas de colonne est maintenant en train de combler le fossé économique qui nous séparait du ROC ? Que notre créativité ET notre générosité sont en train de faire la preuve qu’on peut réussir, non seulement en créant de la richesse, mais en la partageant avec les plus pauvres ? C’est pas encore achevé, mais on s’approche.

Et ça, Sylvie, c’est pas à vomir. C’est à célébrer. Notre cage, comme tu l’appelles, est effectivement jolie. Pas parfaite, assurément familière et sécurisante, mais aussi dynamique et attirante pour les gens de l’extérieur.

Tu voudrais qu’on se sépare du Canada, ça semble être la seule façon de te prouver que nous avons une fierté, une identité claire et propre à nous, une société originale. Et bien, je t’annonce qu’il va falloir reconnaître qu’on en a une, juste pas celle que tu voudrais. Et sortir de cette maudite nostalgie mal embouchée.

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21 commentaires
  • Sylvain Rivest - Abonné 13 septembre 2019 07 h 05

    Le syndrome de Stockholm ?

    La génération des pixels pour qui le clan n’est pas entrain de mourrir mais de fondre naturellement dans la masse planétaire. Le cellulaire à la main, ce miroir aux alouettes qui est devenu l’autorité suprême. L’homoconnectucus.
    Connecté à quoi? À la matrice?

    On a tué le dernier des mohicans.
    Quel tristesse!

    • Cyril Dionne - Abonné 13 septembre 2019 16 h 12

      Exactement M. Rivest.

      Bon. Plus colonisé que cela, tu meurs. Cette génération de milléniaux qui ont des téléphones intelligents collés dans leurs mains et qui parlent d’écologie en même temps. Bien oui, le gentil Facebook, une multinationale qui est en train de détruire le tissu social de nos sociétés. C’est comme signer l’Accord de Paris sur le climat et revenir au pays pour annoncer la création de nouveaux pipelines qui transportent le pétrole le plus sale de la planète. C'est un raisonnement d'une clarté obscure dans un silencieux tintement de clochettes.

      Bien oui, la lutte a juste changé de champ de bataille. Vous vous battez pour autre chose en autant que cela n’inopportune pas sur notre niveau de vie et que ce soit les autres qui paient la note.

      Bien oui, vous étiez les manifestants du Printemps érable afin que tout devienne gratuit et que ce soit les autres qui paient la note, comme ceux qui n’auront jamais la chance de faire des études postsecondaires.

      Bien oui, vous êtes responsables de politiciens comme Valérie Plante qui ont vision à court terme sans penser ce qui arrivera lorsque la croissance économique ne sera plus au rendez-vous.

      Bien oui, vous avez marché avec les Autochtones dans le mouvement Idle no More sans changer un iota de leur situation précaire.

      Bien oui, vous avez soutenu et imité les révolutionnaires d’Occupy alors que les autres travaillaient pour vous puissiez avoir l’occasion de manifester.

      Petite nouvelle. Vous n’avez rien créé en fait de richesse et de prospérité et vous avez aggravé le problème des changements climatiques. Ce n’est pas en manifestant, en faisant de l’école buissonnière et en consommant sans lendemain que vous allez réparer une situation alarmante. En fait, qu’avez-vous fait de concret à part de blâmer les générations antérieures qui ont crée cette richesse, cette prospérité et cette liberté qui vous prenez maintenant pour acquises? C'est cela le déclin de la société occidentale.

    • Marc Pelletier - Abonné 14 septembre 2019 17 h 12

      @Cyril Dionne,

      Je vous suggère de voir sur le canal de film, lorsqu'il repassera , le documentaire ( durée de 94 minutes ) tourné en 2019 qui s'intitule : " Terre, feu et glace ".

      Si vous ne l'avez déjà vu, il vous éclairera sans doute sur le dérèglement climatique actuel.

      Ce problème est beaucoup plus prioritaires que les chicanes partisanes dans lesqu'elle nous aimons nous complaire et qui se perpéturont bien après notre passage au four crématoire.

    • Marc Pelletier - Abonné 14 septembre 2019 17 h 12

      @Cyril Dionne,

      Je vous suggère de voir sur le canal de film, lorsqu'il repassera , le documentaire ( durée de 94 minutes ) tourné en 2019 qui s'intitule : " Terre, feu et glace ".

      Si vous ne l'avez déjà vu, il vous éclairera sans doute sur le dérèglement climatique actuel.

      Ce problème est beaucoup plus prioritaires que les chicanes partisanes dans lesqu'elle nous aimons nous complaire et qui se perpéturont bien après notre passage au four crématoire.

  • Jean Lapointe - Abonné 13 septembre 2019 07 h 21

    Il faut essayer de comprendre pour savoir quoi faire

    J'ai trouvé qu' il n' y avait pas beaucoup d'amour dans l'article de Sylvie. Il y a plutôt de la rancoeur parce que le peuple n'aurait pas suivi. J'ai été déçu de constater que personne ne m'a appuyé. Je ne partage pas tout ce qu'a écrit Donat Béland mais je suis heureux de consater qu'il y a des gens qui n'ont pas perdu l'espoir d'un monde meilleur et qui continuent à se battre. Je ne me prends pas pour Jésus-Christ mais je préconise plutôt l'amour. Si les choses ne se passent comme on le souhaiterait est-ce que le mieux à faire c'est ne pas d'essayer de comprendre pourquoi ça n'a pas marché comme on le souhaitait pour mieux savoir ce qu' il serait souhaitable de faire dans l'avenir au lieu de jeter le blàme sur le peuple? C'est pas en adoptant une telle attitude que les choses vont s'améliorer.

  • Marc Therrien - Abonné 13 septembre 2019 07 h 44

    Un optimiste éloquent, c'est rare


    Quelle réplique! Me voilà rassuré de voir qu’il y a un millénarial de plus que je ne connais pas qui sait écrire. Il faut savoir écrire pour transmettre un propos optimiste avec éloquence. Les pessimistes pisse-vinaigre ont du style. Ça me rappelle John Stuart Mill, cité dans «The Rational optimist» de Matt Ridley, que je traduis librement : «J’ai observé que ce n’est pas l’homme qui a de l’espoir quand les autres désespèrent qui est admiré et pris pour sage, mais plutôt celui qui désespère alors que la majorité continue de cultiver l’espoir.»

    L’Histoire est en marche et on ne peut l’arrêter. Qui sait ce dont demain sera fait? C’est toujours au présent qu’on se souvient et on ne se souvient pas de tout. On (se) fait l’histoire qu’on veut (se) raconter. Je suis de ceux qui, comme vous peut-être, partagent cet avis d’Oscar Wilde : «Qui se retourne trop souvent sur son passé ne mérite pas d'envisager un avenir.»

    Marc Therrien

    • Raymond Labelle - Abonné 13 septembre 2019 16 h 56

      "(...) un millénarial de plus que je ne connais pas qui sait écrire." Et maintenant, sur le thème de la numératie.

      Par ailleurs, il est vrai que, pour la population de 16 à 65 ans, le Québec fait moins bien que le ROC. Par contre, le Québec a des performances du même ordre pour la population des 25-44 ans. C’est surtout les 45 ans et plus qui font moins bien que le reste du Canada et font baisser la moyenne du Québec (pourtant, combien entend-on de personnes de cette catégorie d’âge traiter nos jeunes d’illettrés?) et les 16-24 ans du Québec font mieux! C'est aussi la catégorie d'âge qui fait le mieux par rapport aux autres catégories d'âge.

      Sources diverses:

      L’institut de la statistique du Québec (ISQ): http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/education/ (en particulier le tableau 8.1)

      Pierre Fortin:
      https://lactualite.com/lactualite-affaires/2017/07/11/53-danalphabetes-fonctionnels-voyons-voir/

      Mario Jodoin:
      https://jeanneemard.wordpress.com/2014/11/19/litteratie-et-numeratie/

  • Claude Bariteau - Abonné 13 septembre 2019 08 h 12

    La fierté de Falardeau était de construire avec les gens du peuple, indépendamment de leurs origines, le pays du Québec, qui veut dire de quitter le Canada et la cage provinciale.

    Pour lui, ce n'était pas une question d'identité nostalgique mais le combat des futurs citoyens et des futures citoyennes.

    Il manquait ce point dans le texte de Mme Sylvie parce qu'elle a développé une perspective identitaire.

    Quand vous parlez du peuple de Falardeau, le sien, je vous saisis mal. S'agit-il du peuple des futurs citoyne set des futures citoyennes du Québec, qui sont les habitants actuels de la province toutes origines confondues ? Ce n'est pas clair, mais devrait l'être.

  • Gilles Delisle - Abonné 13 septembre 2019 08 h 54

    ,' Tu voudrais qu'on se sépare du Canada......'

    Eh bien oui, ce que vous ne semblez pas avoir compris, ce n'est pas que de la nostalgie. Vous semblez vous complaire dans votre cage sécurisante, mais vous oubliez l'essentiel. Vous n'avez pas compris Falardeau, Sylvie Marchand et des milliers d'autres qui eux,, depuis les années 60, ont compris la nécessité de vivre dans leur pays. Vous préférez un Justin qui vous a dit clairement cette semaine: ' Pour l'instant', parlant de la contestation de la loi 21 du Québec qu'il s'apprëte à opérer dès son arrivée au pouvoir! Cela ne semble pas vous inquiétez, et ce n'est qu'un exemple de votre gentille soumission. Vous ne devez pas être de la même génération de ceux et celles qui se sont battus depuis plus de deux cents ans , pour un pays, comme tous les peuples de la terre le font , naturellement.

    • Jean-François Trottier - Abonné 13 septembre 2019 12 h 25

      M Delisle, vous faites preuve d'une grandeur d'âme éclatante. Pour la compassion, bravo! Extraordinaire!

      Je vous recommande à tous les peuples de la terre, que dis-je, de l'univers.

      Mlle fois sur le clou remettez votre masse et enfoncez-le jusqu'au trognon, y a pas plus utile que ça.

      Accuser, toujours accuser, c'est... comment dire... génial!