Le 3e lien à Québec est un projet insensé

Le ministre des Transports François Bonnardel
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre des Transports François Bonnardel

Le gouvernement Legault peut bien se maquiller en vert pâle, certains projets controversés qu’il entend concrétiser nous empêchent de prendre au sérieux son bilan global en matière d’environnement. Ces projets émetteurs en abondance de gaz à effet de serre (GES) feraient plus qu’annuler les effets bénéfiques de plusieurs des politiques qu’il se propose de mettre en oeuvre pour combattre les changements climatiques. On pense particulièrement à la construction du gazoduc GNL QUÉBEC qui traverserait l’Abitibi et la Mauricie jusqu’au Saguenay. Ce gazoduc générerait annuellement près de 8 millions de GES, éliminant ainsi dès la première année tous les gains réalisés par le Québec à ce chapitre depuis 1990.

La construction d’un troisième lien routier entre l’est de Québec et l’est de Lévis constitue un autre projet majeur qui serait très nocif pour l’environnement en favorisant l’étalement urbain au détriment des fertiles terres agricoles de l’est de Lévis et du comté de Bellechasse. Ce projet est d’autant plus condamnable qu’il n’améliorerait en rien la fluidité de la circulation des véhicules motorisés dans la région de Québec et aurait plutôt l’effet contraire sur la rive nord, dont les autoroutes deviendraient encore plus congestionnées qu’elles ne le sont présentement.

Prémisses erronées

Par ailleurs, désireux de démontrer qu’un troisième lien à l’est répond à un véritable besoin, le ministre François Bonnardel, même s’il est doté d’un esprit particulièrement retors, est loin d’être convaincant lorsqu’il tente de justifier l’injustifiable avec son interprétation fantaisiste des résultats de l’étude « Origine-destination » des déplacements routiers entre Québec et Lévis qui ont été rendus publics récemment. Ainsi, se retranchant dans son monde imaginaire, il s’est employé à gonfler artificiellement de façon importante le nombre de véhicules motorisés qui emprunteraient un éventuel troisième lien à l’est en prétendant sans rire que les résidents de Saint-Romuald ou de Charny, à titre d’exemples, doivent être considérés comme vivant dans l’est de Lévis, tandis que les résidents de Québec n’habitant pas à proximité des ponts vivraient tous dans l’est de Québec.

Si l’on devait souscrire à ces prémisses erronées, on pourrait s’attendre à ce que, par exemple, des automobilistes partant de Charny tôt le matin à destination des Galeries de la Capitale à Québec choisissent de passer par ce troisième lien à l’est pour échapper à la congestion de la circulation à l’approche des ponts sur la rive sud. Or, un fois rendus sur la rive nord, ces malheureux automobilistes se retrouveraient sur l’autoroute Félix-Leclerc dans un embouteillage monstre, au moins aussi hermétique que ce qu’ils avaient voulu éviter sur la rive sud en utilisant le troisième lien à l’est. Ils contribueraient ainsi à rendre encore plus problématique une situation déjà très pénible pour les automobilistes de l’est de la région de Québec (Beauport, Côte-de-Beaupré, île d’Orléans, etc.), et ce, en devant par ailleurs parcourir plus de 40 kilomètres chaque matin pour se rendre à destination. Décidément, le ridicule ne tue pas !

Bref, on a là un projet insensé d’infrastructure dont l’achalandage ne justifierait en rien un investissement public d’au moins 5 milliards, mais qui générerait néanmoins suffisamment de circulation additionnelle sur les autoroutes de la rive nord (Félix-Leclerc et Dufferin-Montmorency) pour y réduire encore davantage la fluidité des déplacements des automobilistes qui les fréquentent déjà. Ce sont d’ailleurs eux qui seraient les plus pénalisés par ce projet injustifié et qui devraient par conséquent manifester leur opposition avec le plus de véhémence. Il faut croire que c’est ce que donne « l’urgence pragmatique » du premier ministre Legault.

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8 commentaires
  • Gilles Bonin - Inscrit 19 juin 2019 00 h 32

    Je ne peux

    me prononcer sur la justesse du projet. Mais en ce début d'été, je me sens guilleret. Alors le projet, s'il se réalise, sera insensé ou encensé.

  • Cyril Dionne - Abonné 19 juin 2019 08 h 38

    L’exploitation des sables bitumineux est un projet insensé pour le bien de la planète

    Le gouvernement Trudeau peut bien se maquiller en vert pâle et parler des deux côtés de la bouche en même temps, notre ex-député libéral fédéral ne nous le mentionnera pas. Il peut acheter des pipelines et transporter le pétrole le plus sale de la planète vers l’Asie (Chine), et ca, on n’en parle pas. « Yes, Canada is back » selon notre petit jouvenceau devenu premier-ministre. Les plus grands émetteurs de GES du Canada sont l’Alberta et de la Saskatchewan, 12 fois plus par habitant qu’au Québec, mais de cela, on n’en parle pas. Avec les nouvelles annonces, on pourra parler bientôt de 25 à 40 fois la pollution du Québec même si ce n’est pas la même densité de population. Bravo les champions de l’environnement. La pollution atmosphérique et les GES ne connaissent pas les frontières géopolitiques, et cela, on l’occulte tout simplement. Que dire de la Chine avec son 16 000 Mt de GES annuellement pour 2030 à comparer de notre pauvre petit 78 Mt par année. Évidemment, c’est nous qui ne faisons pas notre part.

    Bien oui, ce sont toujours les méchants québécois qui doivent s’autoflageller même si c’est la province qui est la plus propre au Canada. Évidemment, pour l’ex-député libéral, la construction d’un troisième lien routier entre l’est de Québec et l’est de Lévis est néfaste pour l’environnement en favorisant l’étalement urbain. Le Québec ne doit pas se développer et les francophones doivent demeurer des porteurs d'eau. Et coudonc, si on veut augmenter la population du Québec à coup de 50 000 par année via l’immigration, eh bien, il y aura plus d’automobiles sur les routes et le congestionnement des routes sera au rendez-vous. On comprend pourquoi maintenant que les libéraux ne sont plus élus dans la région de Québec.

    Misère.

    • Mathias Brandl - Abonné 20 juin 2019 15 h 09

      «Misère»? Vraiment? Une manière facile d'économiser cette "misère" serait peut-être d'éviter de tout mélanger!

      D'abord, l'ex-député libéral que vous étiquetez ainsi s'affiche depuis longtemps maintenant comme québécois souverainiste, ce qui le dégage clairement des décisions politiques fort discutables du chef libéral en poste à Ottawa. Par ailleurs, pourquoi l'envie de publier une chronique sur un projet d'infrastructure routière à Québec, avec quelques références politiques à ses décideurs québécois, devrait-il engager son auteur à discourir dans le même écrit sur toutes les autres sottises environnementales de la planète? Je suis reconnaissant à M. Duclos pour nous avoir en quelques lignes sensibilisé à deux des réalités criantes pour notre peuple et nos générations futures : avoir assez à manger et de quoi bien respirer à long terme. L'étalement urbain et le projet gazier dont François Legault et ses lieutenants font la promotion avec des arguments d'une autre époque ne garantiront ni l'un ni l'autre : les parcs de bungalows prendront la place de nos fertiles champs de culture autour de Québec, et la pompe à méthane à destination du Saguenay contribuera à spolier l'eau et l'oxygène de la planète par sa chimie perverse. La vraie "misère" ne serait-elle pas plutôt celle qui nous attend dans 20-30 ans?!

  • Claude Bariteau - Abonné 19 juin 2019 09 h 21

    OK pour les critiques. Je m'attendais aussi à une vision d'ensemble pour corriger les problèmes actuels. Il vous faudrait produire un autre texte.

    Il sera bien reçu.

  • René Pigeon - Abonné 19 juin 2019 12 h 32

    le 3e lien = subvention à la demande de pétrole équivalente aux...

    ... subventions à l'exploitation et à l'oléoduc dans l'ouest.
    la raffinerie de Saint-Romuald vendra plus d'essence et achètera plus de pétrole.

  • Marc Pelletier - Abonné 19 juin 2019 13 h 28

    Le troisième lien : quand tu nous tiens !

    Mais il faut comprendre notre premier ministre : en effet, il sait parler des deux côtés de la bouche lorsqu'il y trouve son profit politique !

    C'est vrai pour le troisième lien comme ça l'est pour les maternelles quatre ans.

    Pour l'environnement, on repassera car ça ne volait pas haut dans la campagne électorale de la CAQ.

    Toutefois, avec '' Le manque d'acceptabilité sociale '', tout n'est pas totalement perdu.