Le Lab-École, une fausse bonne idée

Les membres fondateurs du Lab-École, en 2017. De gauche à droite: Pierre Thibault, Ricardo Larrivée et Pierre Lavoie
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Les membres fondateurs du Lab-École, en 2017. De gauche à droite: Pierre Thibault, Ricardo Larrivée et Pierre Lavoie

En cette fin d’année scolaire, nous sommes sidérés de voir de quelle façon l’idée du Lab-École est passée, en peu de temps, d’une réflexion collective visant à penser les écoles de demain à un « lobby » du mieux-être de nos écoles et, par extension, de l’éducation de nos enfants. De surcroît, de voir l’opportunisme avec lequel de multiples dirigeants(e)s et partenaires se mobilisent sans trop se questionner sur ce projet nous sidère encore plus. Nous avons parfois l’impression que c’est pour la photo ! À la suite de l’écoute d’une entrevue accordée à Radio-Canada par les membres fondateurs du Lab-École, Pierre Lavoie, Ricardo Larrivée et Pierre Thibeault, de la lecture de leur récente publication « Penser l’école de demain », ainsi que de la consultation de leur site Internet (lab-ecole.com), voici en quoi nous pensons être en pleine dérive idéologique avec cette idée du Lab-École.

D’une part, une brève analyse du discours des fondateurs laisse entrevoir un glissement important dans leur argumentaire visant à rallier la majorité à leur cause. Alors que, parfois, le triumvirat se contente bien de proposer un « nouveau » modèle de conception des écoles, d’autres fois, il va plus loin en suggérant que ces rénovations conduiront nécessairement à l’usage de pédagogies innovantes et différenciées par les enseignant(e)s. Croire que créer des ruelles d’apprentissage ainsi que des espaces de collaboration en plaçant des tables à des endroits stratégiques fera en sorte que les enseignant(e)s changeront du jour au lendemain leurs pratiques est un leurre. Nous croyons que le gouvernement et, même, les membres fondateurs du Lab-École, connus du grand public et ayant une « voix », devraient commencer par se préoccuper des conditions de travail des enseignant(e)s avant de croire que l’architecture et le mobilier feront toute la différence en éducation. Certes, les connaissances issues de la recherche le démontrent bien ; les élèves réussissent mieux dans une école lumineuse. Cependant, la luminosité ne doit pas uniquement provenir de l’extérieur, mais aussi de tout le personnel de l’école.

S’improviser experts

D’autre part, le triumvirat affirme avoir pour intention de mesurer les effets positifs du Lab-École après sa première année d’ouverture seulement, ce qui nous apparaît pour le moins illusoire et marquant en matière de méconnaissance de la recherche dans le champ des sciences de l’éducation. Plus encore, il est possible de constater que la participation de chercheurs au projet dans ce champ se fait rare, alors que les membres fondateurs du Lab-École ont comme ambition de réunir toutes les personnes concernées autour de la table. Ces deux points nous apparaissent particulièrement problématiques dans la mesure où ils incitent à penser aisément que tous, étant parents ou ayant une « voix », peuvent s’improviser experts, ou plutôt chercheurs en sciences de l’éducation, nuisant ainsi gravement à la crédibilité de ce champ de recherche.

Pour tout dire, en cette fin d’année scolaire où nous avons pu voir évoluer l’idée du Lab-École, notre constat face au discours du triumvirat en est malheureusement un de dérive idéologique ou, pour le dire plus franchement, d’éparpillement, de poudre aux yeux et d’utopie dévoyée.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

10 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 14 juin 2019 00 h 46

    Merci!

    Il est quand même sidérant que ce projet ait été subventionné au départ par un gouvernement qui a autant réduit les budgets en éducation. L'expression «poudre aux yeux» que vous utilisez est donc pleinement justifiée.

  • Cyril Dionne - Abonné 14 juin 2019 09 h 35

    « Les trois stooges »

    Les trois membres fondateurs du Lab-École, Pierre Lavoie, Ricardo Larrivée et Pierre Thibeault n’ont jamais mis les pieds dans une salle de classe en tant que pédagogues et s'improvisent maintenant comme des experts. Bien oui, les rénovations conduiront nécessairement à l’usage de pédagogies innovantes et différenciées par les enseignant(e)s. Produire des meilleures recettes à la cafétéria et pouf, l’élève deviendra super brillant et attentif. Faire plus d’exercice, bien oui, les enseignant.e.s n’y avaient jamais pensé. Coudonc, est-ce que tout cela est sorti tout droit du livre communiste/socialiste sur l’éducation de Québec solidaire? Ah ! la magie est présente dans l’air pour nos écoles.

    Apprendre par le processus de la dissonance cognitive n’est jamais facile. Et les enfants, tout comme les adultes, choisissent toujours le chemin du moindre effort. Ceci est une réalité éducative. Or, ce sont les enseignants dans une salle qui font la différence, pas les grandes fenêtres. Ce sont eux qui créés un climat propice avec leurs rapports qu’ils entretiennent avec leurs élèves afin que les apprenants développent aux maximum, leurs habiletés émotionnelles, sociales et cognitives, pas l’aménagement intérieur.

    Cet exercice de marketing de la part de nos coreligionnaires n’a pas sa place dans les écoles. Pardieu, on dévalorise l’éducation et ses principaux acteurs au profit de gens qui improvisent dans la matière pour se faire voir. Je préférerais voir des enseignant.e.s d’expérience siéger sur ce comité plutôt que ceux qui vendent des livres de recettes à la télévision.

  • Claire Dufour - Inscrite 14 juin 2019 13 h 18

    M. Dionne

    Que c'est bien écrit. Vous développer votre argumentaire conforme à ma pensée. Je n'ai rien contre Les Ricardo, le Pierre Lavoie de ce monde mais, à ''chacun son métier et les vaches seront bien gardées.'' Quant à M. Pierre Thibeault, je n'en ai jamais entendu parlé, désolée!

    • wisner Joselyn - Abonné 15 juin 2019 11 h 17

      Dans l'école de demain, utilisant le plein potentiel de l'intelligene artificielle, de la réalité virtuelle et autres prouesses à venir, il se pourrait fort bien qu'on n'ait plus besoin de l'enseignant 'traditionnel'. Oui, les trois initiateurs de ce projet ne sont pas des 'experts', mais au moins ils 'tentent'. Ils voient bien que l'idée de 'l'enseignant au centre du système' est dépassée. Il nous faut un nouveau paradigme. Faute de mieux, ils suggérent 'le bien-etre de l'apprenant'. Laissons-les expérimenter à petite échelle et évaluons par la suite.

    • Pierre Fortin - Abonné 15 juin 2019 13 h 11

      Monsieur Joselyn,

      L'intelligence artificielle pourra sûrement favoriser l'apprentissage individualisé au fur et à mesure que se développeront des applications didactiques imaginatives. Sûrement même qu'au secondaire elle pourra permettre beaucoup plus d'autonomie à l'élève. Après tout, le but premier de l'éducation n'est-il pas de rendre l'apprenant autonome et en bonne mesure autodidacte ? Mais il faudrait développer davantage votre idée pour déduire qu'on puisse un jour se passer d'enseignants.

      C'est qu'il faut comprendre que l'éducation, dont l'enseignement n'est qu'un aspect, est d'abord une affaire de relations humaines entre un élève et un prof, qui n'est ni son parent, ni son ami, même s'il est à son service, et ce n'est surtout pas une simple transmission de connaissances. C'est avec ce prof qu'il passera la majeure partie de son temps et qu'il apprendra à raffiner sa personnalité, ses connaissances et son jugement. La confiance qui doit fonder cette relation pédagogique est le substrat essentiel qui permettra à l'élève, surtout s'il est jeune et pour la plupart pour la première fois, de se réaliser à l'extérieur de l'autorité parentale et d'affronter le monde extérieur en y développant sa propre autorité.

      Il faudrait cesser de ne voir dans l'éducation que l'aspect enseignement (la part du prof) et prioriser l'apprentissage (la part de l'élève qui est la plus ardue de tout le processus) afin que chaque enfant puisse progresser selon ses moyens et les ressources qu'on met à sa disposition et dont la principale restera longtemps encore le prof, l'humain de référence.

  • Pierre Fortin - Abonné 14 juin 2019 14 h 16

    « La plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu'elle a » — Nicolas Chamfort

    On ne peut pas reprocher à ce trio vedette invité de s'être penché sur ce qui pourrait améliorer l'école, mais de s'être lancé dans cette aventure en laissant croire qu'il saurait redresser l'éducation. Qui est contre la vertu ? Qui ne voudrait pas de bâtiments mieux construits et plus attrayants, une meilleure alimentation servie aux élèves et plus d'activités sportives pour favoriser la santé ? Messieurs Larrivée, Lavoie et Thibault ont fait là un beau travail, mais ils n'ont proposé que des accessoires : le problème est ailleurs.

    On ne sait plus identifier les véritables besoins, qui sont intrinsèquement de nature pédagogique, et on se jette sur la première initiative susceptible de procurer un bénéfice médiatique, comme cet appel à des vedettes reconnues dans leur domaine d'activité, mais qui n'offre rien qui puisse réellement améliorer l'éducation. L'incompétence et l'inanité que démontrent ainsi les responsables de notre système scolaire est à pleurer. Pourquoi attendre chaque fois un échec pour s'aviser des problèmes ?

    La récente tentative pour allonger de cinq minutes, 300 secondes, la récréation révèle la rigidité actuelle du système dont la convention collective de quelque 300 pages contribue beaucoup à dénaturer la moindre initiative et à décourager la créativité.

    Il faut revenir aux fondamentaux de l'éducation et parler d'apprentissage, qui est la part de l'élève, en redonnant aux enseignants la responsabilité qui est à la base de toute éducation : l'école est avant tout un prof avec ses élèves. Le système dévoyé qu'on nous a concocté, en prétendant chaque fois innover, ne servira bientôt plus qu'à fabriquer l'analphabétisme : on n'a pas besoin d'école pour ça !

    L'actuel ministre, élu sur la foi de son expérience pédagogique, doit établir un contact direct avec son corps enseignant, lui redonner sa véritable autorité en lui fixant les bons objectifs, quitte à court-circuiter l'administration scolaire s'il le faut, mais les laisser enseigner.

  • Sylvie Demers - Abonnée 14 juin 2019 18 h 22

    Quelle fumisterie...

    « Au royaume des aveugles,le borgne est roi . »Se consacrer à l’essentiel plutôt qu’à l’accessoire doit être le secret pour une pédagogie réussie...!
    S.Demers
    Abonnée