Desjardins, toujours en mouvement dans les énergies fossiles

«Chez Desjardins, il y a de ces fonds d’investissement que le mouvement aurait intérêt à mieux faire connaître auprès de ses membres comme auprès de toute la population», croit l'auteur.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir «Chez Desjardins, il y a de ces fonds d’investissement que le mouvement aurait intérêt à mieux faire connaître auprès de ses membres comme auprès de toute la population», croit l'auteur.

D’autres institutions financières et d’autres groupes ont déjà cessé d’investir dans les projets et activités des compagnies gazières et pétrolières. Le Mouvement Desjardins, lui, par la voix de son président et chef de la direction, persiste et signe : « Dans le pétrole nous restons. » Pas dit comme ça, mais tout comme.

Nous avons toujours besoin d’essence, de gaz naturel, de plastique et d’une foule d’autres produits dérivés des hydrocarbures et de la pétrochimie. C’est sans compter notre satisfaction du bon rendement des placements faits chez Desjardins, quand c’est le cas. Tout cela sert bien l’argumentaire de M. Cormier que nous transmettent les administrateurs et employés des 35 caisses comme la nôtre, dont les membres ont très majoritairement voté en 2018 pour que Desjardins se retire de ce secteur.

La planète Terre souffre et s’essouffle. Les constats sont alarmants. Au chapitre de la biodiversité, les espèces animales et végétales disparaissent à un rythme fou, nous dit le récent rapport de l’ONU sur le sujet. Au chapitre de l’environnement global, les rapports successifs du GIEC n’ont cessé de nous envoyer des avertissements quant à ce qui nous guette si nous continuons dans les voies « carbone » empruntées jusqu’ici.

Est-il vraiment besoin de revenir sur ces faits criants d’actualité que sont les écarts climatiques extrêmes avec tout ce que cela peut avoir comme signature catastrophique. Or, quand vient le temps de désigner le grand responsable de cet enfer sur Terre qui se dessine à court horizon temporel, qui montre-t-on du doigt ? L’homme, lui-même, et, pour beaucoup, ce avec quoi il carbure à fond la caisse : les hydrocarbures.

Les pieds dans le bitume

J’aime Desjardins pour sa présence parmi nous et pour ce qu’il est comme mouvement coopératif en matière d’entraide aux échelles spatiales, entrepreneuriales et humanitaires. Mais, comme bien d’autres, je n’aime pas du tout que Desjardins s’entête à demeurer les deux pieds ancrés dans le bitume.

On nous apprend des fonds SociéTerre équilibrés Environnement et Technologies qu’ils peuvent servir au financement de projets prétendument environnementaux ou technologiques propres de compagnies pétrolières, gazières et pipelinières. Des compagnies archi-milliardaires habiles à siphonner les fonds publics et privés pour poursuivre à bonne cadence leurs opérations demeurant malsaines à bien des enseignes partout dans le monde.

Aussi serait-il bon que tous les petits, moyens et grands investisseurs rencontrent leur conseiller financier pour faire en sorte que notre argent n’aille pas dans les puits sans fond desdites compagnies, mais plutôt dans la réalisation de projets en ligne avec ce que nous souhaitons vraiment comme modèle de développement mieux capable d’assurer un avenir meilleur à laisser à ceux et celles qui nous suivent. Il nous appartient de mettre la pédale plus douce, au volant comme dans toutes nos entreprises citoyennes individuelles et collectives. Nos enfants et petits-enfants, et ceux des autres, ne méritent pas que nous les obligions à devenir des extraterrestres par la force de notre incurie environnementale et de notre cupidité morbide.

Si la haute direction de Desjardins ne nous semble pas encore comprendre l’urgence d’agir, il nous revient donc de le faire. Il existe des fonds sans hydrocarbures, plus verts que ceux mentionnés plus avant. Au besoin, on peut s’informer auprès de groupes environnementaux connus pour savoir ce qu’il en est. Chez Desjardins, il y a aussi de ces fonds d’investissement que le mouvement aurait intérêt à mieux faire connaître auprès de ses membres comme auprès de toute la population. Des fonds dont le rendement est à l’avenant de ce que nous voulons soutenir comme développement.

Il se peut que, ce faisant, on meure moins riche, financièrement parlant ; ça reste à voir. Mais, comme disait mon père qui, avec ma mère de même sentiment, s’émerveillait des couchers de soleil et autres beautés naturelles de la planète bleue :

« Il n’y a jamais de camion de la Brinks pour suivre un corbillard jusqu’au cimetière. »

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7 commentaires
  • Daniel Cyr - Abonné 21 mai 2019 06 h 55

    Les valeurs de Desjardins...

    Entièrement d'accord avec vous M. Pesant. Nous sommes plusieurs à avoir signifier cela auprès de nos conseillers, surtout en ce qui a trait aux fonds SociéTerre que vous mentionnez, une vraie hérisie! Comme j'ai clairement fait savoir, si j'ai placé de l'argent dans ce fonds, ce n'est sûrement pas pour du rendement, les valeurs sont tout à fait ailleurs! Et en matière de valeurs, on sait de plus en plus là où Desjardins loge malheureusement !

    • Claude Bariteau - Abonné 21 mai 2019 10 h 17

      M. Pesant, on ne mourra pas moins riche si Desjardins quitte le pétrole et lutte pour développer d'autres approches. On mourra moins vite et nos enfants et petits enfants auront l'espoir de vivre aussi plus longtemps.

      Le raisonnement des directeurs du mouvement Desjardins est grotesque. Rien d'autres. Et, comme vous dites, aux antipodes des visées de ses membres, ce qui le rend plus que grotesque, car contraire aux assises mêmes recherchées par le fondateur de ce mouvement qui voulait libérer les petites gens du contrôle du capital et de ses recherches effrénées du rendement.

  • Cyril Dionne - Abonné 21 mai 2019 11 h 36

    La pureté écologique

    Personne n’est contre la vertu écologique, mais la raison principale que Desjardins investit de la façon qu’elle le fait est pour maximiser ses rendements. Sans la croissance économique, vous pouvez dire adieu au filet social des gouvernements, aux plans de pension publics ou privés et à notre système démocratique tel qu’on le connaît. En bref, un Krach économique qui dépasserait par son ampleur, 100 fois celui de 1929. Ce serait un retour non-voulu au Moyen-âge pour les gens.

    Tous ceux qui se plaignent qu’on a les pieds dans le bitume sont les mêmes qui ont la tête dans la sable des moulins à vents écologiques. Au lieu de faire face à la véritable menace de l’humanité, la surpopulation, on s’accroche à dénoncer les méchants capitalistes qui n’ont rien à voir avec les détestables néolibéralistes. C’est beau de recycler mais on utilise plus d’énergie à faire cela que produire des produits neufs. C’est bien beau les voitures électriques mais la plupart s’approvisionnent d’électricité produite à partir des produits fossiles et on ne parlera pas des accumulateurs. C’est bien beau l’éolien et le solaire, mais ce sont des énergies intermittentes qui coutent plus de 30 à 50 sous du kWh sans subventions.

    La destruction des écosystèmes marins et terrestres, la pollution atmosphérique et la production des GES qui causent l’effet de serre est dû au phénomène de la surpopulation. Il y a quelque chose dans « l’offre et la demande » que beaucoup ne comprennent pas. Si on coupe des forêts, on exploite les produits fossiles, on fait de la surpêche et on pollue en détruisant notre vaisseau spatial qu’est la Terre, c’est qu’il y a une demande pour ces produits. Si la population mondiale était demeurée à 3 milliards comme en 1960, aujourd’hui, personne ne parlerait des changements climatiques. Nous sommes présentement 7,8 milliards et nous atteindront le cap des 10 milliards en 2050.

    Si vous avez des suggestions pour la surpopulation, eh bien, on aimerait bien les connaître.

    • Jacinthe Patry - Abonnée 21 mai 2019 18 h 43

      Cher Monsieur, vous faites plusieurs affirmation ici sans aucune nuance.
      1-Sur quoi repose votre affirmation que la Terre s'en va vers une surpopulation? Presque toutes les régions de la planète ont complété leur transition démographique pour une moyenne mondiale de 2,4 enfants/femme en ce moment. Certains terriitoires commme l'Europe et le Québec avec 1,6 enfant/femme sont bien en deça du seuil de renouvelement des générations. L'enjeu repose sur l'Afrique subsaharienne dont la fécondité diminue lentement mais surement pour nous amener au palier stable des 10 milliards.
      2-La Terre a la capacité de subvenir décemment aux besoins de 10 milliards d'humains. Le problème du réchauffement climatique repose sur notre entetement à perister dans des pratiques non durables (car des alternatives existent et sont apppliqueés partout sur la planète). Chaque territoire a des solutions qui lui sont propres. Au Québec, il n'est nullement question de solaire ou d'éolien, nous savons que notre hydroélectricité est la meilleure option et que la voiture électrique est une option (mais pas la seule) intéressante pour nous. (voir l'étude du CIRAIG) Au Maroc, le solaire se déploie, au Danemark, l'éolien semble porteur d'avenir.
      3-Pour ce qui est d'un niveau de vie décent pour 10 milliards d'humains, l'enjeu n'en n'est pas un de capacité de la planète , ni de surpopulation mais bien de la surconsommation des États développés et de la mauvaise répartition de la richesse. À titre d'exemple, sur la question de l'alimentation, nous produisons déjà pour 10 milliards d'humains puisque 1/3 de la nourriture produite mondialement finit dans une poubelle.
      4-Les concept de croissance infinie et de développement durable ont sorti bien des population de la pauvreté, mais ils ont fait leur temps et doivent laisser place à ce qui convient davantage à la réalité de 2019. La décroissance (ah le vilain mot des utopistes aux pays des licornes) est évoquée depuis les années 1970 et mis à l'avant au

    • Cyril Dionne - Abonné 21 mai 2019 22 h 16

      Bien oui Mme Patry, toujours les méchants occidentaux et les bons ultra-gauchistes. Misère.

      1. Jacques-Yves Cousteau nous avait avertis que la Terre ne pouvait pas supporter plus qu'un milliard d'humains sans que les écosystèmes marins et terrestres soient irrémédiablement dégradés de façon permanente. La population de l’Afrique et d’Haïti vont doubler par 2050.

      2. Il en coûte plus de 45 sous du kWh au Danemark justement à cause de l’éolien. Au Canada, l’éolien qui est une énergie intermittente, nous coûte dans les environs de 30 sous du kWh. Ne vous laisser pour berner parce ce qu’ils paient en Alberta. Premièrement, c’est subventionné à la hauteur de 30% en plus de recevoir des contrats de production qui les paient pour 100% du temps alors qu’ils ne génèrent que 25% du temps s’ils sont chanceux. L’énergie solaire est aussi intermittente et vous devez avoir une énergie de réserve pour remédier à la situation (bonjour énergie fossile).

      3. C’est impossible d’avoir un niveau de vie décent pour 10 milliards d'humains. Tout simplement impossible.

      4. La décroissance stipule que nous retourneront au Moyen-âge. Tous les systèmes économiques vont s’effondrer avec le filet social des gouvernements, les plans de pension publics ou privés et notre système démocratique tel qu’on le connaît. Plus d’école publique, plus d’hôpitaux. En bref, ce sera l’enfer.

  • René Racine - Abonné 21 mai 2019 17 h 28

    Un autre dérapage des écologistes

    Yvon Pesant, ce monsieur et les autres disciples de la religion anti-pétrole doivent se déplacer uniquement en trottinette et je l'espère, n'utilisent jamais de produits domestiques, industriels et commerciaux issus de la pétrochimie.
    Ces donneurs de leçon, des faces de sépulcre blanchi, il y en a plein dans le mouvement écologiste. Quand eux-mêmes font le contraire de leur prêche pour une morale verte, ils veulent tout interdire aux autres; on n'a pas le dos tourné que ces hypocrites se gavent de produits et services issus du pétrole.

  • Jean-Yves Arès - Abonné 22 mai 2019 10 h 31

    "comprendre l’urgence d’agir" Monsieur Pesant ?

    Mais que diable, quel résultat prévoyez vous obtenir au juste avec ce genre "d'agissement" ???

    Décrivez nous comment s'articule le scénario qui conduirait a une baisse d'émission de GES si vos demandes seraient exhaussées.

    Éclairez nous car là je ne vois pas comment vos demandes éviteraient la production du moindre gramme de GES.