Quelle vision pour l’éducation des adultes?

L'éducation des adultes et la formation professionnelle sont les grandes oubliées des débats actuels, insiste l'auteure.
Photo: Chris Ryan Getty Images L'éducation des adultes et la formation professionnelle sont les grandes oubliées des débats actuels, insiste l'auteure.

La candidate péquiste Carole Poirier a inscrit comme engagement dans sa plateforme électorale : « Adopter une politique nationale d’éducation aux adultes et de formation continue, dont l’un des piliers sera l’alphabétisation, et poursuivre le réinvestissement dans notre système universitaire. » Elle déplorait, fort justement, aussi lors du débat du 11 septembre sur l’éducation (organisé par Le Devoir et l’UQAM) que l’éducation des adultes et la formation professionnelle soient les grandes oubliées des débats actuels.

Dans ses mémoires, le sénateur et diplomate Raoul Dandurand, qui se battit durant de longues années pour l’instruction obligatoire, écrivait à la suite d’un discours entendu en 1912 qui avait souligné le décrochage scolaire se produisant fréquemment alors très tôt : « J’en avais souvent eu la confirmation par le directeur des écoles techniques qui trouvait que les enfants qui se présentaient à lui [dans les écoles techniques] étaient insuffisamment préparés, nombre de jeunes gens qui avaient quitté l’école trop tôt pour entrer en apprentissage dans quelque métier et qui, se rendant compte de leur insuffisance en connaissances techniques, voulaient suivre les écoles du soir, se décourageaient souvent et renonçaient à ce perfectionnement parce qu’ils n’avaient pas acquis les connaissances élémentaires voulues à l’école. »

Ce qui était visionnaire dans ce texte, c’est que le sénateur faisait le lien entre formation de base et formation continue, y compris la formation professionnelle. Ce que nous appelons aujourd’hui la formation dans une perspective d’éducation permanente.

Je ne reviendrai pas ici sur les statistiques récemment publiées sur le décrochage scolaire. Car la sous-scolarisation rend ardu le retour aux études en cette époque où de nombreux articles soulignent que l’arrivée des nouvelles technologies exigera des reformations dans la plupart des métiers.

Dans notre société, il ne suffit plus de savoir lire, écrire et compter, mais le fait qu’il faille avoir la capacité d’apprendre de nouveaux concepts et de comprendre des textes ou des présentations qui utilisent un langage technique compliqué sera un obstacle à un retour aux études ou même à la formation en entreprise.

J’ai présidé de 1980 à 1982 une commission d’enquête québécoise sur la formation professionnelle et socioculturelle des adultes, mise sur pied par le docteur Camille Laurin. Laurin comprenait que les institutions scolaires ne devaient pas être « des usines de production de main-d’oeuvre », mais « des lieux où fleurissent la réflexion, la pensée, la variété des intérêts culturels ». Poursuivant sa réflexion, il disait en 1977 : « Nous avons besoin d’une politique cohérente et intégrée en fonction des besoins de notre population. »

On pouvait lire dans le résumé du rapport : « L’informatique, le secteur énergique, la métallurgie, le nucléaire et l’industrie spatiale ont emboîté le pas aux grandes mutations technologiques du début du siècle […]. Le développement de la bureautique, de la robotique, de la téléinformatique et d’autres technologies de pointe va produire de nouveaux emplois, très spécialisés et nécessitant une solide formation de base et, de plus en plus, une formation étalée sur toute la vie. Ces emplois requièrent déjà une adaptation des contenus de formation en éducation des adultes. Cette adaptation devra s’accélérer si nous voulons offrir des programmes qui correspondent aux innovations technologiques et industrielles et conserver notre rang et notre réputation mondiale. »

Ces lignes écrites en 1982 après des études et des consultations très poussées furent suivies de nombreuses autres études.

Nous sommes en 2018 : que nous proposent nos décideurs politiques sur ces enjeux qui appellent une vision beaucoup plus cohérente et futuriste, que celle qu’ils proposent, de l’éducation tout au long de la vie ?

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4 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 18 septembre 2018 02 h 02

    En 1982...

    «Le développement de la bureautique, de la robotique, de la téléinformatique et d’autres technologies de pointe va produire de nouveaux emplois, très spécialisés et nécessitant une solide formation de base et, de plus en plus, une formation étalée sur toute la vie.»

    Alors que nous nous sommes très bien adaptés à ces changements, comme le montrent les taux d'emploi records par tranche d'âge atteints en 2017 (sur 12 tranches d'âge, 10 furent des sommets historiques, et pour les deux autres, soit les plus jeunes, on a atteint des sommets de fréquentation scolaire à temps plein), 36 ans plus tard, on s'inquiète encore de ces choses, mais on s'imagine maintenant qu'ils surviendont en quatre ans. Et on croit cela.

  • Marguerite Paradis - Inscrite 18 septembre 2018 06 h 43

    L'APPRENTISSAGE TOUT AU LONG DE LA VIE

    Malheureusement, vous n.êtes pas très convaincante madame Stanton-Jean.
    « L'éducation tout au long de la vie » doit être structurelle, c'est-à-dire inscrite dans toutes les décisions et actions de nos décideurEs.
    Par exemple, les gouvernements et les employeurEs, etc. devraient être imputables de l'application ou non de mesures permettant l'apprentisSage de citoyen.nes et des travailleur.e.s.

  • Jacques de Guise - Abonné 18 septembre 2018 10 h 51

    La musculation du psychisme

    Il n’a jamais suffi de savoir lire, écrire et compter, mais les gens d’en bas devaient s’en contenter car c’est tout ce qu’on leur offrait et surtout qu’on leur permettait pour ne pas trop déranger l’ordre établi. Il me semble que ça ressemble pas mal à ce qui se fait aujourd’hui à l’aide d’un langage plus pernicieux.

    Avec l’avènement de la littératie, on est heureusement en train de sortir de cette conception de l’éducation qu’on dispense aux béotiens.

    En formation initiale comme en formation continue, ce qui importe c’est la musculation du psychisme, c’est-à-dire développer la capacité pour la personne de se donner une forme elle-même. Pour ouvrir des possibles, cela ne se fait pas par un apport d’informations supplémentaires, mais par un travail de réorganisation, de transformation de ce que la personne sait déjà sur elle-même. Le développement de ce pouvoir d’agir tire son origine de la mobilisation réflexive de son identité. Et cela se fait DANS et PAR le langage.

  • Louise Martin - Abonné 18 septembre 2018 12 h 51

    Décrochage scolaire et éducation des adultes

    Selon moi, les centres d'éducation des adultes ne sont pas adaptés au retour aux études des jeunes décrocheurs.
    Peu d'encadrement, se retrouvant très souvent avec des étudiants, tes de tous âges, ils, elles abandonnent.
    Il existe, à ma connaissance, 2 écoles à Montréal qui se consacrent à ces jeunes: Marianne et Eulalie Durocher.
    De plus, pourquoi parle-t-on si peu de la formation de ces jeunes qui combleront les emplois de main d'oeuvre dont on parle tant.
    L'immigration, oui, mais encore?