Merci Paul Hébert!

«Paul Hébert n’était [...] pas un
Photo: Clément Allard La Presse canadienne «Paul Hébert n’était [...] pas un " scolaire ". Son approche du théâtre était inductive, pratique», écrit l'auteur.

Paul Hébert (1924-2017) : acteur, metteur en scène, professeur, fondateur et directeur de théâtres. Servi par un corps filiforme, un port altier, une voix grave et chaude, une tête de sculpture grecque, un regard rieur et une capacité à composer plusieurs types de personnages, Paul Hébert a eu une contribution unique à la vie théâtrale. Si sa carrière s’est surtout faite au théâtre, il a été très présent dans l’enseignement, au cinéma et à la télévision.

Sur le conseil de Pierre Boucher, à la fin des années 1940, il a suivi sa formation à l’Old Vic, en Angleterre, une école réputée pour avoir formé les plus grands acteurs. À Londres, on apprend le théâtre en en faisant, pas en suivant des cours. Il poursuit sa formation ensuite par la visite des principaux théâtres d’Europe. Il parlait de son art comme d’un « métier ».

Paul Hébert n’était donc pas un « scolaire ». Son approche du théâtre était inductive, pratique. C’était un poète du jeu et de la mise en scène. Le mot « poésie » vient du grec poiein, qui signifie « faire, créer ». Paul trouvait la vérité de ses personnages en répétant, en faisant, en créant. Il concevait aussi grandement ses mises en scène de façon empirique, notamment, lors des répétitions avec les acteurs. Il avait le grand souci que le théâtre soit « vrai », que les spectateurs y « croient »

Le texte est écrit pour être monté

Sa maîtrise de la langue française était impeccable, mais son approche était plutôt anglo-saxonne, que ce soit pour la création de ses personnages, ses activités de formation ou ses activités de « mise en spectacle », fonction où il excellait. Je pourrais dire que son inspiration était aussi nordique. Il admirait les façons de concevoir et de créer des cinéastes scandinaves. Pour lui, la finalité du théâtre n’était pas le texte. Tout littéraire qu’il puisse être, le texte de théâtre est écrit pour être « monté », joué, représenté.

Comme l’a écrit Voltaire : « on ne doit aux morts que la vérité ». Paul avait fait sienne cette réplique de Prospero dans La tempête, un rôle qu’il a interprété à quelques reprises avec beaucoup de bonheur et de succès, dont une fois dans une mise en scène de Robert Lepage : « […] nous sommes faits de l’étoffe même de nos rêves, et la mort nous vient comme dans un songe… » (dans ses propres mots). Paul était un rêveur. Charmant et charmeur, c’était un conteur-né. Dans la vie, il racontait avec l’efficacité, la vivacité et la vérité des spectacles qu’il montait. Paul était aussi, si je puis dire, un « poète de l’organisation et de la gestion ». Sa direction était loin des canons du management moderne. Mais le jeu en valait la chandelle. Il serait peut-être plus juste d’écrire que ces chandelles nous ont valu de grands moments de théâtre : Pygmalion, Charbonneau et le Chef, La mort d’un commis voyageur, La chatte sur un toi brûlant, La mégère apprivoisée, Six personnages en quête d’auteur

À Québec, au Théâtre du Trident, ces spectacles ont été vus par 30 000, 40 000, et même 50 000 spectateurs ; mais on retiendra surtout des moments de pure magie, de grande vérité et de vrai plaisir.

Bravo Paul Hébert !

Merci !!!

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