Le parcours de l’énigmatique Yvon Charbonneau

Le décès récent de l’ancien président de la Centrale de l’enseignement du Québec (CEQ) Yvon Charbonneau ramène à l’avant-scène son parcours jugé inexplicable ou énigmatique par certains. Comme je l’ai côtoyé de près durant son passage à la CEQ, notamment à titre d’attaché de presse, je me permets quelques considérations.

À commencer par l’âge qu’il avait en 1970 : 30 ans. À cette époque, accéder à la présidence d’une centrale syndicale à 30 ans, c’était invraisemblable. Ses deux pairs de la FTQ et de la CSN auraient pu être son père. Les chances que le parcours et les orientations politiques du sujet changent au cours d’une vie sont énormes. Cela ne ferait pas exception.

En 1972, il croise le fer avec le Parti libéral du Québec (PLQ) et son chef, Robert Bourassa. Pour avoir obéi aux mandats qu’il avait reçus de refuser de se soumettre à une loi spéciale, il a subi la prison. Il a 32 ans. Cinq ans plus tard, il est battu aux élections à la présidence par ceux-là mêmes qu’il a servis. N’y aurait-il pas là une bonne raison de se remettre en question ?

Dès lors, il reprend ses études et choisit la science politique ; d’abord la maîtrise puis le doctorat. C’est à une réflexion sur la société, les systèmes politiques et les différentes explications des grandes théories en sciences sociales qu’il s’adonne de façon exemplaire. Je l’ai accompagné dans cette démarche. Il a abouti à plusieurs questionnements et à une remise en question de son engagement.

Retour et départ

En 1982, il revient à la présidence de la CEQ. La négociation avec le Parti québécois est sans issue. L’acharnement de ce parti contre la CEQ, qui n’aurait pas soutenu avec suffisamment de vigueur le « oui » au précédent référendum, est un enjeu caché, mais palpable. Les lois spéciales se multiplient jusqu’à la loi 111 de triste mémoire et la double réduction de salaire pour chaque journée de grève. Les menaces et les poursuites sont impitoyables. Aucun gouvernement n’avait osé aller jusque-là. Même le PLQ n’est jamais allé aussi loin en 1972. Celui qui préside aux destinées de la CEQ en prend la mesure. Sa formation lui donne des explications. La suite des choses ne sera plus jamais la même.

En 1988, il ne voit pas d’autre issue que de quitter la CEQ. Il a 48 ans. La vie n’est pas finie. Mais quel employeur désire embaucher un président de centrale qui a fait de la prison ? Il a brassé le Québec. Il a provoqué le changement. Il en a payé le prix fort. N’avait-il pas le droit de passer à autre chose ?

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