Libre opinion - Inondable ne veut pas dire inondé

Je suis riveraine de longue date à Cartierville. Je réagis au message voulant que rivières au printemps = inondations = sinistre = désarroi. Les titres « Les rivières se déchaînent », « La rivière X est sous haute surveillance » sont alarmistes pour capter l’attention et informer. Pourtant, une rivière coule sur des kilomètres : chacun de ses secteurs ne peut qu’avoir ses particularités propres. Pour chaque secteur d’une même rivière, chaque rue et chaque propriété riveraine vivront une même période de crue différemment. Sans nuances, on intègre le préjugé : « Les pauvres riverains ! »

 

Je sympathise avec les gens victimes d’un sinistre, mais la réalité globale est bien différente de celle que les médias choisissent de montrer. Une réalité paisible des crues existe : celle dont on ne parle jamais.

 

Dans notre cas, en 2014, la crue a été habituelle et basse ; sous la barre de la cote de récurrence deux ans. Or, divers reportages font état d’une année très difficile pour « les riverains au Québec ». On aime notre rivière et on s’y intéresse. On suit la situation avec nos repères chiffrés et au sol. On peut se situer dans un horizon de 100 ans. Nous connaissons les instances impliquées, leur rôle et nous savons de quelle manière nous devons interagir avec elles ; et quel respect on leur doit. On a donc la possibilité de comprendre et nuancer, de s’exprimer et d’être entendus. Nous ne sommes pas des riverains tous démunis et en détresse.

 

Les crues sur notre bout de rue ? Un barrage de crue Watergate (MediaSecur.com), ingénieux, sobre et efficace, annuel et temporaire, est posé par la Ville en bout de rue. Normal que l’eau entre dans la rue, une dépression artificielle ; cela ne veut pas dire de l’eau sur nos terrains plus hauts, et encore moins de l’eau dans nos maisons. Après une courte crue, c’est déjà la décrue.

 

N’est pas riverain qui veut. Cela suppose une personnalité confiante, capable de discerner l’absence de menace à la lumière de faits locaux. Savoir dépasser les fausses perceptions du passant non informé qui voit un péril où il n’y en a pas, du journaliste qui cherche le drame humain quand il n’existe pas, et d’une mémoire collective qui se souvient de la crue d’exception, oubliant toutes les autres crues sans histoire qu’on n’a pas vu passer. Notre réalité est souvent malmenée.

 

Ici, au Québec, le mot « inondation » semble provoquer une réaction allergique, de la méfiance. Les rivières ouvrent pourtant une fenêtre merveilleuse sur le monde de l’eau et des constructions riveraines intelligentes. On oublie qu’au Mont-Saint-Michel, les marées hautes viennent à sa rencontre deux fois par jour. On oublie qu’à Venise ou à Bruges, les gens vivent à longueur d’année le long de canaux remplis d’eau. On oublie aussi qu’au centre-ville de Montréal ou dans certaines rues loin de la rive, un bris de canalisation ou des pluies torrentielles inondent rues et sous-sols sans crier gare. Ici, chez nous ? Des crues typiques de quelques jours ou semaines, loin de la maison. Une rivière en bas de pente prête à recevoir les excès de pluie.

 

D’où la nécessité de rappeler l’image non menaçante que peuvent avoir les crues. Désamorçons le conditionnement. Nous avons des outils et des choix : des repères locaux sur le terrain. Comprendre et aimer notre rivière, son histoire, ses niveaux clés et ses rythmes, un peu de prévoyance, une gestion appropriée de la part des instances, un esprit de collaboration. C’est nous qui sommes sur le territoire de la rivière. Vivre ensemble heureux est possible quand on sait qu’inondable ne veut pas dire inondé, et qu’inondé ne veut surtout pas dire sinistré !


 
3 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 24 avril 2014 10 h 02

    Savoir où se construire

    J'ai eu un ami habitant sur les rives de la Rivière Chaudière en Beauce. Il ya eu l'intelligente idée d'avoir un chalet construit à 200 pieds de la rive et sur pilotis, il n'a jamais eu de problème avec la rivière.

    Il me disait que trop de gens veulent être collé sur la rivière , même sil ils savent qu'ils auront des problèmes...pas fort !

    C'est comme les gens qui se construisent dans une côte , sur du remplissage..les risque d'éboulis sont plus grands...

    En un mot quand on se construit il faut respecter la nature et les lois naturelles car elles ne changeront pas pour nous..

  • Mike Dupuis - Inscrit 24 avril 2014 12 h 57

    CORRECTIF

    L'auteure de l'article a erré en ce qui concerne le nom de l'entreprise. J'ai dû faire des recherches et il s'agit de MegaSecur.com et non de MediaSecur.com qui n'abouti à rien.

    Par ailleurs, c'est une cie de Victoriaville!

    Si vous faites une recherche sur YTube sur MegaSecur, vous verrez plusieurs vidéos de ce procédé ingénieux et sur MegaSecur Europe, il y en a encore plus. Bref, une cie québécoise qui semble être reconnue mondialement.
    Cette solution m'apparait fort intéressante pour les riverains concernés par les crues. Évidemment il reste la question du coût...

  • Yvon Bureau - Abonné 24 avril 2014 15 h 48

    Sagesse obliqe

    à y penser 2 fois, au-moins, avant de bâtir maison ou acheter maison près des eaux...

    Si la liberté de choisir nous est donnée, faut savoir vivre aussi avec les conséquences, sans ennuyer les autres avec celles-ci. Ce fut l'enseignement de mon père.