Reconnaître sa faute… et la réparer?

Qu’est-ce qui est dérangeant dans le fait qu’une personne ayant reconnu un comportement abusif, intimidant ou agressant et ayant fait une démarche pour composer avec ses difficultés personnelles, voire les régler, reprenne la place qu’elle occupait ?

L’intimidation, l’agression sexuelle, le dénigrement, le racisme, l’exclusion, ce sont toutes des conduites qui se fondent sur un rapport de force, de pouvoir, précisément sur un rapport de domination que confère un statut économique ou social associé à l’autorité, au prestige, à une quelconque forme de puissance. De plus, peut exister, comme fond d’écran en quelque sorte, un certain aveuglement collectif envers des actes répréhensibles mais tolérés quand ils sont commis par des personnages connus ou reconnus socialement.

La force du mouvement #MeToo repose sur l’indignation populaire, le Nous des réseaux sociaux parlant plus haut et fort que la plainte individuelle. Ce qui pourtant ne garantit pas de se faire entendre avec succès devant le tribunal. Parfois, le système juridique semble faire écho au premier rapport de force : à la victime le fardeau de prouver hors de tout doute la responsabilité de l’agresseur, et ce, quand bien souvent l’absence de témoins renvoie la parole de l’un à neutraliser celle de l’autre.

Dans le pire des cas, quand une personne reconnue coupable a purgé sa peine, on dit qu’elle a payé sa dette à la société, juridiquement parlant. En est-elle quitte pour autant ? Peut-être est-ce ce qui dérange.

Les hommes et les femmes publics ont le pouvoir de recevoir (honneurs, prestige, argent, gloire, popularité). Ils et elles ont aussi le pouvoir (ou le devoir) de redonner. Dans le cas d’un abus de pouvoir, la réparation sociale apparaît pertinente.

Parce que le rapport de domination comprend une forte dimension sociale, il doit se dissoudre dans l’action sociale. Il y aurait acte de réparation si la personne qui agresse contribuait publiquement à transformer la réalité sociale qui a rendu possible son comportement. Une telle intervention devrait l’engager personnellement, autrement que par un don en argent à un organisme quelconque combattant la violence.

Si l’on voit la personne réintégrer son poste ou son statut lui conférant le même pouvoir qu’auparavant, comme si rien n’avait changé, on peut comprendre que la réalité du spectacle l’emporte sur le changement des conditions de vie sociale : the show must go on !

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1 commentaire
  • Marc Therrien - Abonné 15 mai 2021 12 h 10

    Il n'est plus suffisant de demander pardon ou de pardonner, c'est selon?


    L’auteur se questionne sur « ce qui est dérangeant dans le fait qu’une personne ayant reconnu un comportement abusif, intimidant ou agressant et ayant fait une démarche pour composer avec ses difficultés personnelles, voire les régler, reprenne la place qu’elle occupait ». Son questionnement soulève le mien à l’effet qu’on peut se demander qu’est-ce qui n’est pas suffisant dans l’aveu de culpabilité suivi de la demande de pardon pour ces bourreaux de la justice populaire? C’est Hubert Aquin qui disait : « On demande pardon quand tout est gâché et que cette absolution tardive ne peut plus rien réparer ». Aussi, suivant Jacques Derrida, je suis tenté de dire aussi que tout est pardonnable, car « ce qui est pardonnable est d'avance pardonné. D'où l'aporie : on n'a jamais à pardonner que l'impardonnable ». Je peux facilement comprendre que le pardon est la meilleure façon de diminuer sa souffrance devant l’innommable. Le choix contraire qui serait un ressentiment profond alimentant la rancœur et la haine, mine la victime de l’intérieur et la fait mourir à petit feu. Ainsi, pardonner est d’abord une charité à se donner à soi-même pour espérer guérir de ses blessures et continuer de vivre heureux malgré le mal qu’on nous a fait.

    Marc Therrien