Référendum sur la réforme du scrutin

Parmi les excellents textes que nous avons trouvés dans l’édition du 1er mai dernier du Devoir, il y avait l’éditorial de M. Robert Dutrisac au sujet du projet de loi 39 sur la réforme du mode du scrutin. Dans ce texte, M. Dutrisac s’interrogeait sur les intentions du gouvernement à l’égard de la poursuite de ce projet qui a fait l’objet d’une entente pluripartisane et qui est d’une importance majeure pour l’ensemble des Québécois. Tout en étant d’accord avec les principes qui sous-tendent ce projet, il me semble essentiel de s’attarder aux conséquences qui en ressortiraient s’il était un jour adopté par l’Assemblée nationale, notamment en ce qui concerne la notion de présidence de l’Assemblée nationale, dont il ne semble pas être question dans le projet de loi 39.

En effet, il m’apparaît important de savoir qui sera à la tête du Québec lorsque la réforme aura été complétée et qu’un parti politique aura été élu. On peut comprendre que la conception du projet de loi 39 repose sur l’image d’un État dont le premier ministre serait le chef du parti politique qui a été élu. Or, l’expérience française dans ce domaine illustre la faiblesse et l’inefficacité de ce mode de gouvernement qui était d’usage en France lors de la Troisième République, avant la deuxième grande guerre, et lors de la Quatrième République, dont le général de Gaulle a pris la direction après la guerre. On sait qu’il l’a quittée en 1946 pour affirmer plus tard que cette forme de gouvernement constituait un « gouvernement des partis » dont l’impuissance était manifeste. C’est pourquoi, lorsqu’il revint en autorité en 1968, il inaugura la Cinquième République, toujours en vigueur aujourd’hui, et fit accepter par les Français, lors d’un référendum, le principe d’un État dirigé par un président élu au suffrage universel direct, ayant le pouvoir de nommer ou de démettre le premier ministre, dont la tâche était de former un gouvernement. L’histoire nous dit que cela permit à la France d’avoir un système politique fonctionnel.

Il m’apparaît donc important que cet aspect du projet de loi 39 ne fasse pas l’impasse sur l’obligation d’être parfaitement analysé avant son adoption afin que le Québec ne regrette jamais d’avoir fait fausse route sur un point capital, celui de la présidence. À mon avis, le sujet revêt autant d’importance que tout ce qui est déjà inscrit actuellement dans le texte de ce projet de loi.

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2 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 6 mai 2021 07 h 56

    Notre imagination a des mirages qui nous trompent comme disait l'autre

    Bon, aux dernières nouvelles, il n’y aura pas de référendum sur la réforme du scrutin. Alors, pourquoi parler du projet de loi 39?

    Pourquoi parler de présidence de l’Assemblée nationale et de l’inefficacité de telle ou telle république française alors que le Québec n’est qu’une province quelconque, une succursale d’Ottawa? La France est un pays indépendant qui contrôle sa destiné. Ce n’est pas le cas du Québec emmurer dans un régime de monarchie constitutionnelle avec une constitution qu’il n’a pas signée et dont il n'a aucun droit de regard à part de subir.

    Tant et aussi longtemps que le Québec n’est pas un pays indépendant, ce projet doit être remis aux calendes grecques.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 6 mai 2021 11 h 48

    «Le Québec n’est pas un pays indépendant, ce projet doit être remis aux calendes grecques» (Cyril Dionne)



    Vous avez parfaitement raison, le mirage de l'imagination nous trompe, mais pour ce qui est du référendum sur la réforme du scrutin il importe peu d'en parler vu que l'on n'est pas en Grèce. On songera à la vallée de l'Ohio qui a échappé fort heureusement à l'emprise de l'amère patrie, sinon l'Hexagone compterait aujourd'hui encore plus de chômeurs qu'elle n'en compte. Et il devrait réintroduire le service militaire pour les chômeurs qui sont légion.

    Ceci dit, ce projet de loi 39, qui ne va pas assez loin même s'il est extravagant alors que le Québec est une province exceptionnelle, élirait une présidence à l’Assemblée nationale et ferait ainsi d'Ottawa une succursale de la France, tandis que la monarchie constitutionnelle emmure Québec dans un régime avec une constitution, d'où l'émoi légitime de certains ou certaines si ce n'est de tous et tousses.