Hommage à Kittie Bruneau

Déjà en 1963, la critique louait l’originalité de la démarche de Kittie Bruneau, car elle abordait le problème pictural d’une façon nouvelle à chaque tableau, créant un style personnel qui signerait par la suite l’ensemble de son travail.

Au début des années 1960, attirée par la beauté du site, elle s’installe sur le versant ouest de l’île Bonaventure. Avec audace, elle renonce au langage alors dominant de l’abstraction et traduit désormais son monde toujours habité par l’enfance et le rêve, une perception du monde à la fois tendre et aiguë.

Bien avant les tendances actuelles du XXIe siècle, Kittie Bruneau anticipe l’importance des enjeux liés à l’écologie, à l’anthropologie et à la reconnaissance des cultures autochtones. Au-delà des discours esthétiques, des modes et des écoles, sa démarche artistique s’impose par l’élaboration d’un langage bien à elle : « La peinture c’est ma vie. Je la porte en moi. Elle me permet de traverser l’existence. »

Véritable citoyenne du monde, Kittie Bruneau séjourne en 1966 six mois en Haïti où elle épouse le poète Serge Gilbert, un farouche opposant au régime politique du président Duvalier. Grande voyageuse, elle se rend en Arizona, au Guatemala, au Pérou, au Japon, en Chine, au Tibet, au Mexique, en Birmanie, en Thaïlande, et pas moins d’une dizaine de fois aux Indes. Tous ces voyages trouveront un écho dans son œuvre, profondément sensible à l’esprit des lieux. En 1991, dans une série d’œuvres inspirée par les Autochtones du nord de la Colombie-Britannique, elle ne craint pas d’aborder le thème de la pauvreté amérindienne. Sans relâche et avec originalité, elle s’emploie à retrouver le langage des formes élémentaires et crée un bestiaire qui puise aux sources premières du dessin.

Kittie Bruneau a réalisé pas moins de deux mille œuvres, reconnaissables entre toutes : elle nous lègue un univers figuratif riche en symboles où s’exprime son rapport à la nature, aux cultures en péril. Une manière unique d’exprimer la souffrance, la domination, la poésie, l’amour aussi. Kittie Bruneau nous laisse en héritage des tableaux « pleins de vent et d’ailes, de courants et de poissons », dans lesquels elle explore à sa manière les tréfonds de la pensée. Fidèle à elle-même, elle a suivi une voie audacieuse, hors des sentiers battus, dont on perçoit aujourd’hui l’extraordinaire fécondité.