L’attrait de l’interdit

Le Devoir de mercredi matin nous informe sur le concept anglo-saxon de « culture de la sécurité émotionnelle » justifiant la censure qui s’exerce dans les établissements d’enseignement supérieur. Qui sait si cet Index nouveau genre ne provoquera pas chez les Québécois d’aujourd’hui, comme chez les Canadiens français d’avant la Révolution tranquille, un engouement pour les œuvres interdites de lecture ? Qu’y a-t-il donc dans le livre de Pierre Vallières qu’une nouvelle déclinaison de l’Œuvre des bons livres nous empêche de fréquenter ?

Depuis trente ans, je répète à des étudiants souvent distraits qu’ils sont chanceux de pouvoir lire Candide, un condensé de la pensée des Lumières qui a façonné notre monde. Leur retirer cette chance en raison de ce qui se passe au Surinam avivera peut-être la curiosité de quelques-uns. Je me réjouis à l’idée de revoir circuler sous le manteau le livre de Voltaire. Vive l’Index !

Pour contrer ne serait-ce que symboliquement (car il y a toujours Internet) cette force d’attraction de l’interdit, je n’imagine pas d’autre solution que de brûler les livres sur la place publique. Là encore, ça s’est déjà vu, vous savez. Rien de bien nouveau sous le soleil.

5 commentaires
  • Bernard Dupuis - Abonné 4 mars 2021 10 h 00

    La gauche n'est que la droite inversée

    Votre commentaire est un très bon exemple d'une démonstration par l'absurde. Comment se fait-il qu'il y a soixante ans la gauche combattît l'index au risque d'être ostracisés par l'élite québécoise et canadienne? Comment se fait-il qu'aujourd'hui l'index soit redevenu la saveur du mois à la faveur des élites de gauche? C'est comme si la droite et la gauche formaient un cercle vicieux.

    Bernard Dupuis, 04/03/2021

    • Bernard Dupuis - Abonné 4 mars 2021 10 h 05

      Il aurait fallu garder l'orthographe "ostracisée".

    • Christian Roy - Abonné 4 mars 2021 12 h 40

      La gauche et la droite s'en vont main dans la main, unissant ainsi leur voix en direction d'une transendance dont l'évocation du nom est interdit.

      L'aventure humaine est spirituelle et son évolution se déroule en forme de spirale ! Il faut (re)lire Jung...

  • Christian Roy - Abonné 4 mars 2021 13 h 25

    « culture de la sécurité émotionnelle »

    Une chose est sûre. La sécurité est un besoin de base, un besoin universellement éprouvé. C'est le premier à combler avant même d'élaborer quoi que ce soit. Ne pas négliger, donc. Ne pas traiter avec condescendance ou irritablilité.

    • Marc Therrien - Abonné 4 mars 2021 18 h 51

      Bien entendu. Mais on sait aussi que la surprotection ne fait pas des enfants forts. Et quand on est trop insécure, on est porté plus facilement aux passages à l’acte agressifs.

      Marc Therrien