Manque de perspectives

Je travaille avec le Mouvement ATD Quart Monde, un organisme de lutte contre la pauvreté. Je connais le genre de familles que présente la série Au cœur de la DPJ. Je trouve déplorable d’aborder un enjeu aussi complexe en ne montrant qu’une seule perspective, celle des intervenants. Nous ne savons rien de l’expérience que font les parents des services sociaux. Nous n’entendons jamais parler les organismes communautaires qui agissent auprès des familles en difficulté.

Nous passons sous silence la maltraitance institutionnelle qu’elles peuvent subir. Nous ne voyons pas la violence que représente la séparation d’une fratrie dans différents foyers. Nous ne savons rien de ce que vivent les jeunes lorsqu’ils sont envoyés dans un centre qui a toutes les caractéristiques d’un milieu carcéral.

Au cœur de la DPJ joue un rôle crucial dans la représentation que nous nous faisons des familles en difficulté, dont beaucoup vivent en situation de pauvreté. Les parents nous apparaissent uniquement sous l’angle de leurs manquements. Ils deviennent ainsi des mésadaptés sociaux, des gens incapables de démêler ce qui est adéquat pour un enfant de ce qui ne l’est pas. Personne ne s’étonne que leur point de vue ne soit pas sollicité puisque leur parole est, de toute façon, disqualifiée d’avance.

Si notre système de protection de la jeunesse est en crise au Québec, c’est peut-être parce qu’il n’est pas réfléchi avec les principaux concernés. Tant que nous serons incapables, comme société, d’inclure les personnes marginalisées dans la réflexion sur nos institutions, nous contribuerons à leur exclusion sociale.

3 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 26 février 2021 07 h 39

    … plusieurs !

    « Tant que nous serons incapables, comme société, d’inclure les personnes marginalisées dans la réflexion sur nos institutions, nous contribuerons à leur exclusion sociale. » (Caroline Moreau)

    Possible mais ce doute :

    Bien que la Société soit en mesure d’être « capable-de », le problème, s’il y a lieu et d’expérience, réside moins dans la Structure que de la Mission de la DPJ qui, cette dernière, semble être, tout simplement, mécomprise, et ce, par …

    … plusieurs ! - 26 fév 2021 -

  • Denise Bouchard - Abonné 26 février 2021 11 h 26

    Le droit des enfants

    Je crois comprendre que Mme Moreau amène à notre réflexion les tensions éthiques qui existent entre les besoins, les droits de la famille et les besoins, les droits des enfants, particulièrement en contexte de pauvreté.

    La DPJ a été créée pour défendre le droit des enfants étant donné leur totale dépendance à leur famille, dépendance créatrice de lien mais aussi dépendance aliénante quand leurs besoins sont mis à mal.
    Ayant fréquemment cotoyé les différentes instances de la DPJ, au cours d'une longue carrière professionnelle, je peux témoigner que ce débat éthique est constamment présent au coeur des décisions des intervenants de la DPJ. Le débat éthique existe autant quant à la décision du maintien dans la famille, que d'un retrait avec le droit à l'enfant à une ressource thérapeutique correspondant à ses besoins.

    Mme Moreau, l'esprit critique demeure de mise, mais les clivages des ressources sont infructueuses.
    Comme presque tous les services publics, ceux de la DPJ, ont été mis à mal par les rationalisations austères des dernières années par nos gouvernements et ce de toute allégeance politique, le néolibéralisme a peu de frontière. Conséquences observées, la pauvreté et les inégalités socio-financières augmentent.
    Une fois les besoins des enfants et de leurs famille reconnus, il faut militer pour un retour éthique de la responsabilité de nos gouvernements à établir des services de qualité à la population, notamment aux plus vulnérables, incluant Il va de soi les enfants.
    Les services communautaires devraient être des services appréciés mais complémentaires aux services publics garantis par l'État et non faire parti d'un délestage des responsabilités de cet État vers le privé subventionné ou non; en cela l'exemple des ressources pour personnes âgées est dramatiquement d'actualité. La responsabilité est à exercer collectivement, solidairement.
    Merci, Mme Moreau de relancer la réflexion.

  • Daniel Duranleau - Abonné 26 février 2021 18 h 16

    Une réflexion fort intéressante

    Merci Mme Moreau d'avoir fort bien soulevé la question de l'approche qu'il faut favoriser avec les parents.On met effectivement très souvent l'accent sur les manquements des parents ce qui crée une situation de l'élève qui doit refaire ses devoirs et qui doit présenter son travail à l'enseignant pour avoir sa note. Comment sortir de ces situations de confrontation qui sont trop souvent perdantes pour tout. Mme Moreau nous ouvre une approche où on verrait davantage le parent comme partenaire: ces face à face traditionnels ne fonctionnent pas. Espérons que la Commission Laurent saura également nous aider à mieux travailler en équipe.