La liberté d’expression est un droit, mais aussi une responsabilité

Il serait peut-être temps de se questionner sur ce qu’est la liberté d’expression et sur ses implications à la suite de ce que nous voyons et entendons dans l’espace public depuis quelque temps. Des fakes news, soit des mensonges, aux pressions de certains individus ou groupes pour la censure de mots dans nos universités et dans l’espace public, il y a matière à interrogation.

Peut-être faudrait-il rappeler que la liberté d’expression qui occupe l’espace public n’est pas seulement un droit mais qu’elle implique également une responsabilité, justement parce que l’espace est public et inclut les autres. Il devient ainsi un bien commun, comme l’eau que nous buvons et l’air que nous respirons. Sommes-nous en train de le polluer par nos mensonges comme nous le faisons pour l’eau et l’air avec nos déchets ? Ou de le restreindre par la censure comme la privatisation le fait pour les ressources communes ?

La liberté d’expression ne se limite pas au droit de l’individu à exprimer son opinion ou ses états d’âme, elle implique la reconnaissance des faits actuels et passés (je pense en particulier aux cours dans les universités) et un respect des autres par l’absence d’intimidation, de haine ou d’appel à la violence.

À cet égard, les médias ont une responsabilité majeure, car ils sont en quelque sorte les porteurs de cet espace public. Il ne leur suffit pas, par souci d’objectivité, de rapporter deux opinions ou deux déclarations contraires, ils doivent rectifier les faits, condamner l’intimidation et les appels à la haine et à la violence afin de nous aider à sortir de la confusion.

La liberté d’expression implique une dimension collective et nous rappelle nos liens et notre interdépendance les uns envers les autres, comme nous le rappelle crûment la pandémie actuelle.

12 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 11 février 2021 06 h 48

    « Être libre, ce n’est pas pouvoir faire ce que l’on veut, mais c’est vouloir ce que l’on peut » Jean-Paul Sartre

    Il faut le dire, toute liberté implique la responsabilité. C’est les deux côtés de la même pièce de monnaie et l’une ne peut exister sans l’autre. Mais la liberté d’expression, c’est beaucoup plus que cela. Elle donne une voix à ceux qui n’en ont pas.

    Le parallèle entre la pollution par l’homme et les mensonges ne s’applique pas ici. Tout le monde ment, mais ce concept est à géométrie variable. Ce qui est vrai, c’est la responsabilité des médias dans la promotion de ce droit inaliénable et eux ne le font pas pour faire grandir l’humanité, mais pour se grandir politiquement et surtout économiquement. Par exemple, la relation trop étroite entre eux et la police est incestueuse comme on l’a vu dans le cas de M. Camara. Ils étaient en train de faire son procès comme juge et jury avec des sources alimentées par la police.

    La liberté d’expression ne doit pas être censurée par des intérêts privés même si le discours ne nous plaît pas à moins qu’il ne souscrive pas aux responsabilités fondamentales telles que décrient dans le Code criminel en ce qui concerne l’incitation à la haine et la diffamation. Les universités ne doivent pas censurer le discours parce qu'une petite minorité n’aime pas. Les faits actuels et passés sont toujours à géométrie variable lorsqu’il en vient à des valeurs culturelles qui ne sont pas intrinsèques à tous dans les cours de sciences sociales. Mais cela semble échapper aux recteurs universitaires qui réagissent toujours aux saveurs du mois. Curieusement, ce discours de censure n’apparaît pas dans les sciences pures et appliquées ou toutes les idées sont débattues.

    Il semble de plus en plus de nos jours que les gens exigent la liberté de censure à la liberté de penser qu’ils préfèrent éviter. Les élites politiques et journalistiques carburent au moraliste ambiant et seront toujours les premiers à défiler pour la liberté d’expression tout en censurant. Mais ce qui est le plus important, c’est de posséder encore la liberté après avoir parlé.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 février 2021 09 h 04

      La liberté d'expression permet de débattre utilement quand une vérité peut en résulter, comme en sciences. Pour les sciences humaines, elle vous offre seulement une nouvelle occasion de les battre de votre superbe. Cela ne relève pas chez vous d'une velléité de censure, bien entendu.Cela vous priverait d'une part de vos amusements Je serai au moins d'accord sur un point: la liberté d'expression donne des ailes à ceux qui parlent avec leur pieds.

  • Michel Lebel - Abonné 11 février 2021 06 h 57

    Nous sommes des presqu'îles.

    Bon texte. Nous vivons dans une société de ''droits'' où l'idée de ''devoirs'' ou de responsabilité est plutôt absente. Individualisme oblige! À juste titre, l'auteur nous rappelle que nous, les humains, sommes interdépendants, des presqu'îles. La pandémie aura au moins eu le mérite de rappeler ce fait.

    M.L.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 février 2021 09 h 11

      La liberté d'expression est un bien collectif dont la préservation par tous est nécessaire pour que chacun puissent en jouir dans toute sa possible extension. Mais combien préfèrent plutôt pisser dans la piscine parce qu'ils aiment le goût de leurs turpides.

    • Christian Roy - Abonné 11 février 2021 11 h 19

      Vive à la fois les bons filtreurs et du chlore bien dosé.

  • Nadia Alexan - Abonnée 11 février 2021 09 h 16

    Seules les dictatures interdisent la critique politique du statu quo.

    La responsabilité et le devoir dans les médias ne veulent pas dire la censure de l'histoire, les mots et de la littérature pour ne pas heurter les sensibilités de quelques personnes.
    Oui, il faut absolument éliminer les messages de haine, de racisme ou l'appel à la violence dans les réseaux sociaux et au seine de la place publique. Et il faut éliminer aussi les «fake news» ou les faits alternatifs à la Donald Trump dans la place publique, mais de là à dire que l'on ne peut pas critiquer une religion ou une idéologie, cela est inacceptable dans une démocratie. L'interdiction des mots dans un contexte historique aux seines de nos universités est un exemple flagrant de la censure.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 11 février 2021 09 h 44

    « les médias ont une responsabilité majeure, car ils sont en quelque sorte les porteurs de cet espace public.» (Daniel Vine)



    Les médias sont des biens et les biens profitent à ceux qui en sont les propriétaires

  • Christian Roy - Abonné 11 février 2021 11 h 31

    "J'aurais aimé être un Artiste !"

    Dans un article du journal de ce matin on peut lire:

    "Pierre Hébert, qui est l’auteur du Dictionnaire de la censure au Québec, dit que la question de l’impunité de l’art est fondamentale. « Personnellement, je crois que l’art doit rarement avoir des comptes à rendre. L’art est une œuvre intégrale qu’on ne peut démembrer pour en sortir des morceaux punissables. Ce serait la détourner », avance celui qui est aussi professeur émérite à l’UdeS."


    C'est l'une des pistes que les avocats de la défense de Donald Trump pourraient utiliser cette semaine devant le sénat américain...

    "Mr Trump is A Great Artist !"

    P.S. Tout est dans l'art de cadrer une citation.