Du «grand art» à Radio-Canada

Samedi soir, nous avons eu le bonheur d’assister en famille, dans notre salon, à une performance en direct de La face cachée de la lune, de Robert Lepage, diffusé à la télévision et accessible gratuitement par Internet.

Chapeau à Télé-Québec qui nous présente des arts vivants à des heures de grande écoute à la télévision, et non uniquement sur le Web, dans des productions québécoises d’une très grande qualité (je pense aussi au Petit prince, présenté au TNM). J’espère qu’on en verra de plus en plus : c’est un besoin et une nécessité.

On ne peut pas saluer de la même façon Radio-Canada, qui semble presque gênée de présenter le peu de « grand art » qu’elle nous consent et s’en excuse presque en le plaçant dans sa grille horaire télévisée à des moments où 90 % de la population dort. Un exemple flagrant : le film concert de l’Orchestre métropolitain sur le mont Royal, présenté en octobre dernier par la société d’État… À 22 h 55. Pourquoi ne pas présenter une si belle réalisation un samedi soir à 20 h, comme le fait Télé-Québec ?

Pour beaucoup d’enfants (et bien des adultes aussi), ces présentations artistiques à la télévision sont la porte d’entrée sur tout un monde qui ne fait pas partie de leur quotidien. On brime toute une génération d’une exposition aux arts en ne lui permettant pas d’y avoir un accès démocratisé qui ferait confiance à son intelligence et la nourrirait. Pas un accès à des versions « édulcorées » ou « adaptées » : juste un accès à l’art, sans artifices, sans être « nananisé », juste en allumant la télévision. Pas sur YouTube, où on tombe dans le terrier du lapin : dans une vraie programmation.

Les arts, la culture, c’est ce qui tisse l’identité et le sentiment de communauté et d’appartenance d’un peuple. Il n’y a pas que le hockey qui peut rassembler.

Surtout en pandémie, de grâce, donnez-nous accès aux salles d’arts vivants dans notre confinement tellement triste !

10 commentaires
  • Jean-Charles Morin - Inscrit 9 février 2021 04 h 13

    Le naufrage du vaisseau d'or.

    À Radio-Canada, cela fait déjà un bout de temps que les "Beaux dimanches" n'ont plus rien de très beau.

    Il y a maintenant un demi-siècle, alors adolescent et jeune adulte, j'ai eu la chance incroyable de connaître Radio-Canada dans ses beaux jours et d'être le témoin privilégié du dévouement sans faille de ses artisans au fil des nombreux concerts, récitals, ballets, pièces de théâtre, chroniques musicales et littéraires, etc...

    Malheureusement cet âge d'or est révolu depuis longtemps.

    En fait, tant à la radio qu'à la télévision d'état, c'est comme si des administrateurs incultes ne carburant qu'aux sacro-saintes cotes d'écoute avaient eu le mandat du gouvernement de tout niveler par le bas en "bulldozant" tout ce qui pouvait dépasser leur vision myope et en mettant au pas les tenants de la culture. Malgré que la catastrophe était pourtant annoncée à gros traits, nous avons alors assisté, incrédules et impuissants, au naufrage de ce qui a jadis été une véritable - et vénérable - institution.

    Pour paraphraser l'ancien premier ministre Jacques Parizeau: "Radio-Canada n’est plus qu'un champ de ruines." Maintenant que le mal est fait et que le patient est décédé, victime d'une euthanasie en règle, le confinement actuel nous fait réaliser à quel point tout cela nous manque. Il faut croire que tout finit par finir dans une absence aussi silencieuse que définitive.

    • Pierre Rousseau - Abonné 9 février 2021 08 h 03

      Effectivement, pour ceux qui ont connu Radio-Canada d'il y a un demi siècle, c'était l'âge d'or de la culture alors que maintenant c'est l'âge d'or de la pub et de la médiocrité. Le pire c'est que RC est financé par les contribuables mais malgré cet avantage, la société se trouve en compétition directe avec le privé. On pourrait laisser au privé la médiocrité et la pub mais non, il faut niveler par le bas et s'aplatir devant le dieu des cotes d'écoute. Avec une telle approche, on ne peut que désespérer que le niveau de la culture de notre peuple reste bien bas...

  • Claudette Bertrand - Abonnée 9 février 2021 08 h 46

    Abêtissement

    Le vrai et seul mandat de Radio-Canada est l'abêtissement général du peuple québécois et d'une manière plus large de tous ceux qui parlent français au Canada. Réduire à peau de chagrin la culture de langue française et de nous bilinguiser, car un peuple sans culture ou "muticulturel" ne peux avoir de prétention nationaliste..

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 9 février 2021 08 h 59

    Concernant Radio-Canada, Mme Pothier a 100 fois raison

    Je rêve d'un retour des 'Beaux Dimanches' (dans lesquels j'ai découvert Dietrich Fischer-Dieskau), mais la direction de Radio-Canada d'aujourd'hui est inculte. Elle ne mesure pas l'importance du « grand art » dans la vie des gens.

    Concernant Télé-Québec, l'idée était bonne relativement à la pièce de Lepage, mais l'interrompre pour présenter des pubs a tout fait basculer. Guy Fournier a écrit un bon papier sur le sujet :
    https://www.journaldemontreal.com/2021/02/09/le-cadeau-de-grec-de-tele-quebec

  • Robert Bernier - Abonné 9 février 2021 09 h 08

    Radio-Canada "nananisé"

    Depuis de nombreuses années, il semble que Radio-Canada, télé comme radio, cherche à s'attirer la clientèle des jeunes. Il faut que tout soit toujours "ludique" comme si les jeunes n'étaient qu'une bande d'imbéciles. Écoutez-les s'esclaffer de rires "en conserve" toutes les 45 secondes environ à la radio notamment. Écoutez leurs TLMEP et autres "talk-show" où l'on ne parvient pas à être un peu sérieux plus de 1 minute. Même l'émission "Les années-lumière" à la radio est sur la pente du "ludique nananisé". Naufrage du "vaisseau d'or" comme dit si bien Jean-Charles Morin ci-dessus.

    À la télé, à l'heure du téléjournal, on n'a que Céline Galipeau qui nous raconte les anecdotes "émouvantes" des uns et des autres, comme s'il ne se passait rien dans le monde. Et de redire, à chacun de ses collègues, combien ils sont bons et extraordinaires. J'en peux pus.

    Mais Radio-Canada devrait, pour se gagner la jeunesse, "avoir un accès démocratisé qui ferait confiance à son intelligence et la nourrirait" comme dit l'auteure de la lettre. Mais ce n'est apparemment pas son mandat. Son mandat est d'amener dans chaque foyer l'amour de la nation canadienne "coast to coast" et, pour ça, il ne faut surtout pas parler à l'intelligence.

  • Gilles Théberge - Abonné 9 février 2021 09 h 27

    Absolument.

    À quand le retour du téléthéâtre, à Radio Québec !