Âgisme et racisme

En décembre dernier j’ai célébré mon quatre-vingtième anniversaire. Je fais du vélo et de la natation l’été, du ski de fond l’hiver. Je suis en bonne santé, je ne prends aucun médicament et fais régulièrement mes exercices physiques. Je conduis ma voiture et mon permis de pilote d’avion privé est toujours valide (mais je ne peux pas voler pour le moment avec mes amis, COVID oblige). Il ne faudrait pas penser que je suis exceptionnel, on a qu’à vérifier le nombre de centenaires au Québec.

Mais qu’est-ce que cette folie qui se répand comme le virus de vouloir juger tout le monde sur l’âge ? L’adage dit que la valeur n’attend pas le nombre des années, mais on pourrait aussi dire que le nombre des années n’est pas l’indice premier de la santé ou de la valeur de la vie. Nous avons tous connu des jeunes aux prises avec de graves problèmes de santé : infirmités, maladies chroniques, troubles mentaux incurables, etc.

Le racisme juge une personne par la couleur de la peau, l’origine ethnique. L’âgisme prend l’âge comme facteur premier de jugement. C’est aussi irrationnel et injuste.

Il est ironique qu’on fasse tant de difficultés à celui qui veut s’enlever la vie lorsqu’elle n’est plus supportable, et qu’on veuille faciliter la mort de malades parce qu’ils sont vieux et qu’ils prennent de la place dans la file d’attente. À ce titre, on devrait donc éliminer aussi les jeunes malades chroniques, débiles graves, psychotiques, quadriplégiques, etc.

Ma mère est morte il y a cinq ans, chez elle. Elle avait encore toute sa lucidité et son sens de l’humour. Elle a demandé de la morphine à la fin. Elle avait 102 ans.

C’est surprenant et triste de voir qu’on attribue tant d’importance à l’âge sur la qualité et la valeur de la vie.

9 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 5 février 2021 08 h 09

    Pour appuyer un peu

    D'autant plus que les personnes plus âgées sont en général celles qui aiment le plus la vie.

    Un bel exemple à servir aux décrochés de la réalité, que je ne puis surtout pas juger.
    Des blessés, il y en a partout. Nous le sommes tous en fait.
    Seuls ceux qui aiment vivre continuent.

    Sans juger les autres comme je le dis plus haut, on peut admirer ceux-là.

  • Jacques de Guise - Abonné 5 février 2021 09 h 06

    Tellement bien dit. Merci monsieur Goyette.

    On voit bien que le problème déborde le racisme et l'âgisme, car il s'agit d'un problème de dépréciation identitaire. Et là on a un méchant travail à faire au Québec.

  • Jorge Fontecilla - Inscrit 5 février 2021 09 h 32

    Âgisme, bias et angles morts

    Monsieur Goyette,
    Votre texte, plein de bonnes intentions, permet cependant une lecture que je suis sûr vous ne partagez pas: le premier paragraphe suggère fortement que l'âgisme vous est inacceptable parce que vous êtes un cycliste, nageur, gymnaste et pilote. Et, cerise sur le sundae, vous ne prenez pas de médicaments.
    Je ne suis pas encore octogénaire, mais il se peut que j'y arrive, et ce même si ma forme physique laisse à désirer et que je ne pilote rien d'autre que ma vie. En revanche, ma dignité se porte merveilleusement bien et c'est basé sur cette caractéristique humaine universelle que je dénonce l'âgisme et les autres discriminations et intolérances.

  • Cyril Dionne - Abonné 5 février 2021 09 h 43

    « L’âge mûr c’est la période de la vie qui précède l’âge pourri » Pierre Desproges

    Quelle lettre remplie de sagesse et surtout de gros bon sens.

    Oui, l’âgisme semble être le fléau social de cette pandémie. Oui, on s’objecte et sanctionne certains gens qui veulent mourir parce leur vie n’est plus supportable, mais on se fout complètement de ceux qui meurent de façon abjecte dans les CHSLD et maisons pour aînés sans avoir la chance de voir leurs proches.

    Ceci dit, tout ce climat et les attitudes envers ceux qui sont plus vieux que les autres en temps de crise sanitaire nous rappellent l’eugénisme d’une certaine époque où nous avions la stérilisation forcée et la politique des malades incurables. Il semble que plusieurs optent inconsciemment ou sciemment pour la politique du plus fort, celui qui est apte à la vie, et de laisse pour contre celui qui est inapte à la vie pour encourager une supposée hygiène utile à la collectivité.

    Enfin, Galileo Galilei et Bertrand Russell sont parmi plusieurs qui nous ont donné le meilleur d’eux-mêmes alors qu’ils étaient dans un âge avancé. On imagine qu’aujourd’hui, ils auraient aussi êté victimes d'un racisme indéniable basé sur l'âge. Et tout le monde sera là, un jour au l'autre, dans l'âge d'or.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 5 février 2021 09 h 46

    Certains lisent le DSM-5 comme si c’était l'Encyclopédie de la cuisine de Jehane Benoît


    C'est ainsi que le «Manuel américain de diagnostics psychiatriques» (DSM-5) est un livre de recettes, dont on use pour conforter ses jugements de valeurs…

    Par exemple, un journal communautaire déclinait les ingrédients, tirés du DSM-5, qui donnaient la recette pour identifier et pour signaler au CLSC les personnes âgées apparemment en détresse sociale;

    Prenez un petit vieux, laissez-le mariner seul dans son logis, ajoutez-lui un soupçon de gros mots, un rien de récriminations, une pincée de revendications, un moment à rêvasser…

    La travailleuse sociale devra mijoter un plan d'intervention, afin qu'un médecin attendrisse l'aîné avec une farce aux antidépresseurs pour qu'il soit fin prêt à être consommé par le service de santé…

    Blague à part, c'est sidérant de constater que des incultes, qui confondent allégrement leur jugement de valeur avec une opinion clinique, prétendent sanctionner les écarts aux normes sociales avec des diagnostics de sénilité.

    Le DSM-5 ne permet pas de s'affranchir du diplôme de psychiatre; s'il y a bien un livre à mettre à l'Index, ce sont les DSM que l'on doit retirer des mains des intervenants sociaux qui bien souvent à notre époque se qualifient pour le titre d'analphabètes fonctionnels…

    • Jacques de Guise - Abonné 5 février 2021 13 h 32

      Pour pousser le bouchon dans le même sens que vous, j’en suis presque rendu à croire que l’on devrait commencer à penser à interdire toute cette recherche supposée scientifique menée par des personnes placées en extériorité à la réalité humaine observée, car tout ce que cette recherche révèle essentiellement, ce sont les catégories employées et les jugements de valeur posés. Bref toute cette recherche sur autrui devrait être inversée et se consacrer à l’étude de soi-même. Je pense que ce serait plus profitable en dépit de tout ce que l’ère du soupçon à déboulonner. La salade avariée des sachants ne passe plus.

    • Jacques de Guise - Abonné 5 février 2021 13 h 42

      Lire "a déboulonné". Désolé.