Confort et indifférence

Il y a quelque temps, Pierre Karl Péladeau, alors qu’il touchait encore à la politique, s’est offusqué que, dans un festival de « musique émergente », au Québec, on entende si peu de français. Pas dans l’ouest de Montréal ; en Abitibi. On lui est tombé dessus comme s’il était un pestiféré. La « musique émergente », c’est bien celle de l’avenir, n’est-ce pas ? Au Québec, force est de reconnaître que le français baigne dans le confort et l’indifférence. Oui, le français est menacé, mais qui s’en soucie ?

Daniel Bélanger vient de lancer un disque intitulé Travelling ; à MétéoMédia, on voit une publicité qui nous dit « Visit Florida » ; à la télé, Ariens nous vante les mérites de sa souffleuse à neige au son d’une chanson en anglais ; la compagnie We Cook, qui vend des mets préparés, se dit « fièrement québécoise » ; le Grand Prix Numix 2020 est remis à Vincent Morisset pour son œuvre Vast Body 22 ; The Humankind Odyssey remporte aussi un prix Numix. Et ainsi de suite.

Les agences de publicité et les artistes ont bien le droit de se produire dans la langue de leur choix. Mais n’y a-t-il pas là, aussi, un message, sur l’état de la langue française ? Est-il besoin de continuer ?

10 commentaires
  • Jacques-André Lambert - Abonné 24 novembre 2020 03 h 18

    Pas Bélanger

    Je comprends.
    Mais je vous prie d'exclure Daniel Bélanger de votre liste.
    "Travelling", il n'y a pas d'autre mot pour désigner le mouvement avant ou arrière d'une caméra au cinéma.
    Place au musicien-poète.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 24 novembre 2020 13 h 41

      Avez-vous demandé à Daniel Bélanger s'il aurait pu trouver un autre - terme/titre - pour son album ?
      Si oui, que vous a-t-il répondu ? Puisque vous semblez être son porte-parole !

      Le propos de sa musique...étant de faire voyager cette musique...sur le thème même du cinéma que "l'amateur lambda" voudrait produire.. Ce n'est pas uniquement une question de ...caméra.

      "Voyage au bout de mes rêves"...

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 24 novembre 2020 14 h 58

      Je suis d'accord. L'un des termes privilégiés par le GDT de l'OQLF pour le remplacer est « prise de vue en mouvement n. f. ». On n'est pas sortis de l'auberge.

      http://www.granddictionnaire.com/ficheOqlf.aspx?Id

      Le mot « travelling » remonte aux années 1920. Il est bien établi, comme d'autres mots anglais.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 24 novembre 2020 20 h 01

      Cela dit, M. Daniel Bélanger, pourquoi n'avoir pas choisi « panoramique » ?

  • Robert Morin - Abonné 24 novembre 2020 07 h 51

    Le syndrome de l'autruche

    Tout à fait d'accord avec votre lecture lucide de la réalité. Malheureusement, il semble que pour bon nombre de nos concitoyens, soit il est préférable de jouer à l'autruche et d'éviter de prononcer le terme fatidique d'«assimilation», soit il existe une façon de contrecarrer ce moment de lucidité en le dénonçant comme étant ringuard ou pire, comme une manifestation de «nationalisme fermé sur le monde».

    Par ailleurs, à entendre cette avalanche de nouvelles chansons «hybrides» (qui ne contiennent plus que quelques paroles françaises, noyées dans l'anglais), je me demande comment celles-ci sont comptabilisées lorsqu'il s'agit de satisfaire aux quotas de diffusion de chansons françaises imposés par le CRTC.

    • Luc Bertrand - Abonné 25 novembre 2020 12 h 31

      Vous m'avez enlevé les mots de la bouche, monsieur Morin! Quand ce n'est pas le titre de la chanson, c'est le refrain ou des passages dans les couplets qui sont en anglais. Et d'autres qui répètent la même chose dans les deux langues. Je les appelle des "chansons Jean Chrétien"! Parce que c'est une tendance qui remonte au moins aussi loin que le référendum de 1995 et le scandale des commandites, avec sa propagande nous matraquant d'unifoliés et de symboles vantant le "plusse meilleur pays du monde".

      Oui, c'est vrai que des artistes anglophones s'adonnent aussi à cette pratique et produisent même des chansons en français, mais ils sont davantage l'exception que la règle. On sent réellement un complexe chez plusieurs artistes québécois face à leur langue comme c'était le cas, au milieu des années 1980, pendant l'autre déprime post-référendaire.

      Et ce qui est encore plus inquiétant, c'est que les stations de radio francophones comme Énergie, CKOI, Rouge FM ou Rythme FM ont demandé au CRTC, depuis 2015, à abaisser les quotas d'écoute de chansons francophones de 65% à 35%:

      https://www.lapresse.ca/debats/editoriaux/2020-11-25/quotas-francophones-a-la-radio/un-peu-de-solidarite-svp.php?utm_medium=email&utm_source=bulletin&utm_campaign=202011250900-lpca-general-aws

      Luc Bertrand

  • Jean-Charles Morin - Abonné 24 novembre 2020 08 h 46

    Le mauvais message.

    Les mondes des arts, des affaires et et des médias envoient en effet un bien mauvais message.

    Cela s'appelle se tirer royalement dans le pied. Il y aura tôt ou tard un prix à payer.

    Mais que fait donc l'Office de la langue française, à part payer de juteux salaires à leurs administrateurs?

  • Bernard Dupuis - Abonné 25 novembre 2020 11 h 27

    La contradiction canadianiste

    Vous illustrez une des plus grandes contradictions de la société québécoise à laquelle M. Legault souscrit. D’une part, on prétend défendre la langue française, mais d’autre part on cède facilement à l’anglomanie. Les exemples que vous donnez sont légion auxquels je pourrais ajouter ceux de Radio-Canada, ma tête de Turc préférée.

    Les bulletins de nouvelles sont encore lus en français bien que l’anglais y soit omniprésent lors des reportages provenant de Vancouver, Calgary, Moncton, etc. Toutefois, le temps consacré à la culture francophone se fait de plus en plus rare et les sources anglophones prennent de plus en plus de place. Pourtant, ce ne sont pas les médias anglophones qui manquent au Québec.

    On parle des francophones qui demandent un renforcement de la loi 101. Pourtant, ce sont ces mêmes parents qui veulent que leurs enfants fréquentent les cégeps anglophones. Le problème c’est que la population de ces cégeps est constituée de plus de 40% de francophones. Le déclin du français à Montréal se fait en concordance avec l’augmentation du taux d’inscription aux cégeps anglophones.

    Les artistes francophones qui créent et chantent en anglais proviennent pour une bonne part d’entre eux des institutions d’enseignement anglophones. Les artistes allophones peuvent bien parler trois ou quatre langues, mais chantent en anglais. Ce que Rébecca Makonnen oublie de mentionner chaque fois.

    Bernard Dupuis, 25/11/2020

    • Bernard Dupuis - Abonné 25 novembre 2020 21 h 51

      Erratum?

      Selon Radio-Canada, ce sont 40% des allophones qui fréquenteraient les cégeps anglophones. Les francophones les fréquenteraient à la hauteur de 25%. Devrais-je me médier de cette information?

    • Bernard Dupuis - Abonné 25 novembre 2020 21 h 53

      J'aurais dû écrire "me méfier de cette information"?