Enseignante au temps de la COVID

Armée de mon masque, de mes lunettes protectrices et de ma plus grande volonté, c’est ainsi que je pars au combat tous les matins.

Combat, dis-je, parce qu’en 2020, on se bat contre un virus, certes, mais on se bat aussi pour garder nos élèves sur les bancs des écoles. On se bat pour les motiver malgré la grisaille quotidienne. Pour leur enseigner la vie, bien qu’elle soit figée depuis plusieurs mois. On se bat pour offrir à nos élèves tout ce qu’il reste de normalité.

Mais au temps de la COVID, on se débat aussi contre nos nouvelles responsabilités en tant qu’enseignants. On compose avec de nouvelles mesures qui varient quotidiennement. On s’adapte en présentiel. On se réinvente en virtuel. On met parfois de côté tout ce qu’on préfère de cette profession, pour mettre en avant la sécurité des élèves. On se réorganise. On s’ajuste. Comme toutes les professions au temps de la COVID, parce que les temps sont durs partout, pour tous.

Et alors qu’on lutte pour laisser les écoles ouvertes, on devrait aussi lutter pour ne pas fermer le dialogue. Parce que ce masque qu’on porte par devoir, pour protéger nos élèves, nos collègues, on ne le porte pas pour se censurer ou pour ne plus être libres d’enseigner des concepts et des principes. Ce masque retient peut-être le virus, mais il ne devrait pas avoir à retenir notre savoir.

Un professeur d’histoire enseigne l’histoire dans son contexte, avec les mots qui la façonnent et avec les images qui la caricaturent. Un professeur de français enseigne la littérature, en nommant le titre du roman, en lisant les mots écrits noir sur blanc, en les mettant en perspective… tout comme le fait un enseignant d’anglais. Un professeur d’éthique aborde l’actualité. Il s’en nourrit même. C’est d’ailleurs ce que font tous les enseignants.

Et nous ne devrions jamais avoir à nous sentir menacés ni être inquiets des représailles pour avoir fait notre travail. Il n’est pas question de transmission d’opinion ici. Ni de jugement ou de moralité. Il ne s’agit pas non plus d’inciter, de vexer ou de manquer de respect à quiconque serait dans la classe. Il est simplement question d’enseigner, de transmettre, de contextualiser.

Alors, si enseigner au temps de la COVID implique d’être armés d’un masque et de lunettes protectrices, soit. Mais enseigner, peu importe l’époque, ne devrait jamais impliquer d’avoir peur ou d’être intimidés. Parce que c’est certainement cette même éducation, ce savoir, ces connaissances qui nous permettront de finalement baisser les armes, de respirer sans masque, de nous déconfiner, qui me permettront de ne plus être une enseignante au temps de la COVID, mais bien une enseignante.

1 commentaire
  • Cyril Dionne - Abonné 24 octobre 2020 09 h 50

    Merci Mme Duhamel

    Je lève mon chapeau aux enseignant.e.s qui persévèrent en ces temps de pandémie. Il n’est jamais facile de soutenir l’attention des élèves en salle de classe, alors, on peut imaginer aujourd’hui que c’est un travail herculéen d’enseigner. On peut aussi imaginer facilement les élèves qui souffrent de déficit d’attention et de toutes sortes d’anomalies qui rend leur tâche très difficile pour apprendre, eux qui sont entubés dans des sphères de plastique. C’est déjà très difficile d’enseigner en présentiel et on peut imaginer maintenant en virtuel ou la formation et l’équipement ne sont pas encore au rendez-vous au Québec.

    Ceci dit, dans ces conditions très difficiles, maintenant on essaie de suspendre la liberté académique en imposant un baîllon immonde de la censure comme si le masque pour contrer le coronavirus n’était pas suffisant. La transmission des savoirs, des connaissances et des compétences doit se faire en toute liberté. Les enseignant.e.s ne sont pas là pour transmettre des idéologies ou des opinions; ils/elles sont là pour former une pensée critique chez leurs apprenants.

    Or, comme si la tâche d’enseigner n’était pas assez difficile, maintenant on en rajoute une couche, celle de nos bien-pensants et donneurs de leçons qui prient à l’autel de la sainte rectitude politique. Et si vous n’obtempérez pas, vous risquer de subir les foudres des adeptes de la culture du bannissement. Vous risquez de vous retrouvez sur les médias sociaux ou nos apôtres autoproclamés de la supériorité morale diffuseront vos noms, adresses et vos soi-disant péchés, insultes inclus gratuitement.

    Oui, déconfinons-nous pour enlever, non seulement les masques pour parer un virus, mais aussi ceux qui nous maintiennent dans l’obscurité. La liberté de parole inclut aussi le droit inaliénable et fondamental ne pas subir les foudres pour l'avoir exercé dans la formation de ceux qui prendront notre place demain. Que les Lumières jaillissent de partout.