De la liberté pédagogique

Je suis très contrarié de constater comment l’Université Concordia et l’Université d’Ottawa se comportent devant la levée de boucliers suscitée d’une part par le fait qu’une professeure a cité le titre d’un ouvrage de Pierre Vallières dans le cadre d’une discussion et, d’autre part, par l’emploi du « mot en n » (sic) d’une professeure dans le cadre d’un cours pour expliquer la réappropriation de ce mot par la communauté qui en est victime. On assiste ici à un lynchage de type américain dans une tentative de laver plus blanc que blanc et de se donner bonne conscience. Dans les deux cas, les universités ont plié sans même se demander quel était le contexte d’utilisation des termes reprochés. En donnant raison aux plaignants sans autre forme d’analyse de la situation, ces universités ont manqué à leur mission la plus fondamentale qui est de favoriser le débat, les échanges et la diversité des points de vue dans un but pédagogique et d’avancement des idées. Je défie quiconque de m’affirmer sans rire que les professeures en question avaient un dessein de colonisation, de domination, voire de discrimination, lorsqu’elles ont parlé comme elles l’ont fait.

Comment peut-on refuser le débat, à plus forte raison sur des termes politiquement sensibles qui appellent une information raisonnée ? Faut-il être à ce point impressionnés et intimidés par la tonitruance d’arguments soi-disant bien-pensants pour même considérer comme répréhensible le débat sur ces questions ? On aura beau jeu de se dire non racistes, mais pour ce faire faut-il pour autant afficher sectarisme et fermeture d’esprit ? Assisterait-on aux mêmes réactions si on mentionnait dans un cours d’histoire que longtemps les Québécois francophones ont été considérés comme des « porteurs d’eau » ? Va-t-on vouer aux gémonies un professeur qui osera cette allusion, alors qu’il s’agit de replacer le contexte socio-économique d’une communauté ? Je ne peux m’empêcher d’être inquiet au sujet de ces étudiants qui tuent le débat des idées, et des autorités universitaires qui s’en font les fossoyeurs.

13 commentaires
  • Pierre Labelle - Abonné 21 octobre 2020 07 h 45

    Esprit étroit!

    Je suis en parfait accord avec vos propos monsieur Sénécal, tant qu'à Jacques Frémont, recteur de l'université d'Ottawa, je m'interroge sérieusement sur son quotient intellectuel!

  • Alexandra Arellano - Inscrite 21 octobre 2020 08 h 37

    Avez-vous écouté les étudiants?

    Clientélisme, enfants rois, "réaction épidermique d’étudiant.e.s qui, dans la logique d'endoctrinement, préfèrent le confort de l’ignorance à l’instabilité de la pensée critique" nous disent les profs signataires décriant la liberté académique. Totalement faux. Les étudiants d'Ottawa sont dans la rue pour la cause, ils sont solidaires, c'est toute une génération qui nous parle, c'est nous qui n'écoutons absolument pas. C'est vraiment désolant de lire nos médias québécois. Pensée unique, déformation des faits, purisme ethnocentrique. C'est vraiment nous qui sommes fermés au débat. Les médias anglais regorgent d'articles présentant aussi la position des étudiants. L'Université d'Ottawa est l'incarnation même des deux solitudes... https://www.ledevoir.com/videos/588163/emilie-nicolas-comment-te-faire-confiance-avec-cette-arme-sans-me-fatiguer

    • Jean-Sébastien Delisle - Abonné 21 octobre 2020 12 h 13

      Un instant. Les deux côtés ont été exposés (y compris ce matin encore dans Le Devoir). En fait, si je peux me permettre, ça fait des décennies que les médias francophones se montrent plus équilibrés que ce qu'on lit venant du ROC, au point où ils en font une obsession. N'ayez crainte, tous entendent les récriminations des étudiants et de certains profs. Maintenant, il faut voir ce pourquoi on limiterait la liberté académique. Tous les arguments s'écrivent, mais ils ne se valent pas.

    • Alexandra Arellano - Inscrite 21 octobre 2020 13 h 51

      Oui c'est vrai ce matin c'est mieux. Et loin de moi l'idée de vanter les médias anglophones. J'étais aussi outrée quand j'ai su la nouvelle. Mais après de longues discussions, et en écoutant les étudiants, je les trouve très sensibles et solidaires. Ils m'ont fait réfléchir. Je ne crois pas que ce débat brime la liberté académique, au contraire, le débat fait rage en ce moment à l'intérieur même de l'Université et le dialogue est en marche. Comment protéger cette soi-disant liberté académique mais aussi comment sensibiliser à la cause. Nous sommes tous en conversation cherchant des ponts. Ne pas prononcer un mot n'empêche pas le débat, cette conversation nous fait au contraire réfléchir sur les façons d'aborder ces sujets en classe de façon plus respectueuse et lucide et bien au delà de la censure. La prof est toujours en poste et enseigne son cours. Pourquoi ne sommes nous pas aussi outrés de savoir que des communautés son constamment discriminées et bien pire, on attend de voir des assassinats en direct dans les réseaux sociaux pour réagir. À peine. Et regardez l'avalanche de prises de position quand une blanche se voit ébranlée dans sa liberté de blanche.

    • Jean-Sébastien Delisle - Abonné 21 octobre 2020 17 h 38

      J'espère tout comme vous qu'on s'en sortira plus éclairés. Forcément la situation pousse à la réflexion.
      Le débat académique requiert la liberté. Museler cette liberté par des vociférations haineuses (parce ce qu'il y en a), des suspensions ou une quelconque forme de justification de la censure n'augure pourtant rien de bon. De toutes les institutions ou traditions occidentales, la liberté académique n'est-elle pas une de celles qui peut-être la plus émancipatrice pour tout le monde, incluant les minorités marginalisées? Je le crois.

    • Léonce Naud - Abonné 22 octobre 2020 06 h 50

      Alexandra Arellano: lorsque vous écrivez: "quand une blanche se voit ébranlée dans sa liberté de blanche", vous témoignez d'une vision proprement raciste car vous considérez la couleur de la peau d'une personne plutôt que de voir simplement un être humain, quel que soit la couleur de son épiderme. Bienvenue dans les années '30, Madame !

    • Alexandra Arellano - Inscrite 22 octobre 2020 09 h 10

      Madame Naud, lisez peut-être ceci pour commencer à comprendre l'institution dans sa perspective raciale: https://www.ledevoir.com/societe/education/588254/racisme-systemique-dans-les-universites-canadiennes

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 21 octobre 2020 09 h 13

    Les deux solitudes

    Et que dire de M.Singh qui en rajoute une couche, indigné, il exige encore ce matin la suspension de l'enseignante. Vraiment la déception, le NPD ayant été le seul parti fédéraliste que je trouvais pertinent, c'est bien fini avec l'arrivée de cet homme.

    Encore les deux solitudes, quand le Qc comprendra t'il qu'il n'y a absolument rien d'épanouissant pour nous d'évoluer dans un pays qui rêve de postnationalisme, de safe space, de pipeline, de frenchbashing, de droit religieux, de visite royale ect..

    Il n'y a plus rien à faire au Canada...

  • Alain Brunel - Abonné 21 octobre 2020 09 h 35

    j'approuve

    Bien vu, bien dit!

  • Jacques Légaré - Abonné 21 octobre 2020 11 h 22

    Je suis moi-même un Nègre-de-la-plume !

    J'ai été boycotté durant 7 ans par Le Devoir, que je remercie tout de même d'être revenu sur sa décision de m'exclure et de me permettre de vous causer.

    Je suis toujours boycotté par le Journal de Montréal où j'ai écrit des commentaires savants, oui savants, sur les propos de ses chroniqueurs si instructifs et si toniques, tels Mathieu Bock-Côtés, Sophie Durocher, Richard Martineau. Mais aucun d'eux que j'ai contactés ne m'a aidé pour retrouver mon droit à les commenter...

    Moi, et Normand Rousseau, auteur de plus de 30 ouvrages sur la religion, sommes aussi des Nègres-de-la-plume.

    Jamais Radio-Canada et Radio-Québec, les journaux Le Soleil, La Presse et autres grands médias ne nous invitent pour une émission, ou mieux encore une série d'émission pour débattre, approfondir, oui approfondir des sujets majeurs (laïcité, religions, cours ECR, liberté de religion surfaite et gonflée, multiculturalisme trudeauiste fort mal pensé, imprudent et dépassé par la géopolitique) et autres libertés d'expression fort cadenassées par des imprimatur tout catho).

    Oui, nos médias respirent encore la mentalité catho :
    1, le prêcheur qui plastronne en chaire sans droit de réplique de l'assistance, sauf des applaudissements de salles complaisantes.

    2, l'exclusion bien ciblée à l'encontre des solides et toniques écrivains et penseurs de la modernité, dont on veut taire le discours réveilleur.

    3, À la une du journal ou des écrans, la profusion des penseurs ou des journalistes lénifiants, sans capacité d'émouvoir et de réveiller l'esprit endormi dans le confort des salons devant la télévision.

    4, Il y a 3 partis fédéraux sur 4 et 3 sur 4 à l'Assemblée nationale qui cautionnent avec une complaisance coupable les religions toujours en contact avec les enfants et gavées d'exemptions fiscales au mépris de la justice économique la plus élémentaire.

    Honte à l'inertie ! Honte à la mentalité bedau ! Honte au « confort et à l'indifférence »...

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 21 octobre 2020 13 h 14

      Radio Canada censure carrément toute critique de la religion, impossible de les remettre en question, faut être acrobate pour réussir à lancer une miniscule flèche.

      Enfin bravo pour votre persévérance, je suis moi même très inquiète de voir que dans ma province, en 2020, on abandonne des fillettes à la religion et des religieux qui les programmerons pour se sentir soumis à leur homme et leur dieu.

      Et que dire des enfants juifs orthodoxes élevés dans le fond des bois sans éducation publique sous la supervision de gens douteux.

      Et toute ces femmes à l'assemblée National qui se prétendent féministe, qui allaitent devant les caméras, qui exigent d'être légale de l'homme.
      Ces femmes qui ont le pouvoir de brasser les choses mais qui ne font rien et qui choississent des petits combats banals comme le port du cotton ouaté à l'A.N.

      Qui va empêcher qu'on voile des fillettes au Qc?
      Qui va s'assurer que les jeunes juifs de 18 ans sachent qu'est ce qu'est le fleuve St-Laurent?

      Lâchez pas!

    • Léonce Naud - Abonné 22 octobre 2020 07 h 09

      M. Légaré: effectivement, Radio-Canada possède une liste noire de personnes qui sont électroniquement interdites de Commentaires sur leur réseau public. Quant à la censure chez Québécor, elle existe aussi mais s'effectue avec une hypocrisie d'une telle qualité que cette entreprise devrait recevoir un prix en la matière. Des lecteurs peuvent ainsi s'échiner durant des années à inscrire de savants commentaires...qu'ils sont les seuls à voir sur leur écran d'ordinateur. Un coup de fil à un collègue fait découvrir que les Commentaires sont bel et bien visibles sur l'ordinateur du scribouilleur...mais nulle part ailleurs. Un lecteur des journaux de Québécor peut ainsi écrire des Commentaires dans le vide durant des années, courtoisie du système de censure de cette entreprise. On devrait suggérer cette méthode à notre pote Vladimir...si le système n'est pas déjà celui qu'il utilise.