Le «Balconville» de David Fennario

Je profite du passionnant article de Fabien Deglise qui rappelle l’époque où le balcon faisait le pont entre les citadins de Montréal pour revenir sur David Fennario, un dramaturge moins présent dans notre paysage littéraire actuel. David Fennario est un dramaturge qui m’a fasciné dans les années 1970. Ses pièces faisaient l’événement. Je me rappelle avoir été estomaqué par la création de Balconville par le Centaur Theatre. Une pièce obligatoirement bilingue puisqu’elle témoignait de la vie des classes populaires de Pointe-Saint-Charles. Balconville rappelait la présence anglophone dans les milieux ouvriers montréalais lors du premier référendum. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, cette lecture sociale des événements ne nuisait pas au puissant courant nationaliste qui s’affirmait. Elle permettait plutôt de nuancer les points de vue et même de favoriser un « oui » à une souveraineté franchement sociale-démocrate. Celle que privilégiait le Parti québécois de l’époque. Je me souviens d’avoir été un peu troublé, au lever de rideau, par les applaudissements du public face à la représentation presque naturaliste des célèbres cours et ruelles du Montréal des classes dites « défavorisées ». Ce sont ces mêmes cours que les nouveaux propriétaires sauront mettre en valeur à partir des années 1980 lors des embourgeoisements successifs des quartiers populaires de Montréal.

Cette production de Balconville mise en scène par Guy Sprung a été pour moi un véritable choc. Marc Gélinas et Jean Archambault y étaient remarquables d’authenticité. J’assistais à une des pièces de théâtre les plus fortes de la décennie. Bien qu’anglophone, Fennario devenait un de mes dramaturges québécois préférés. Sa vision progressiste du monde et sa manière bien à lui de la traduire au théâtre m’impressionnaient. Je ne connais pas personnellement David Fennario. Si je l’ai un peu perdu de vue depuis, ses trois pièces Nothing to Lose, On the Job et Balconville demeurent des œuvres fortes, progressistes et exceptionnellement pertinentes. Je me réjouis que Fabien Deglise nous rappelle l’importance de David Fennario parmi les écrivains qui ont le mieux reflété une des périodes les plus touchantes de la vie montréalaise.

  
 
1 commentaire
  • Nadia Alexan - Abonnée 3 août 2020 02 h 38

    Le bon vieux temps des années 70 quand il y avait encore l'espoir d'une société juste.

    C'est dommage que nous soyons loin de cette effervescence dramatique de la Révolution tranquille des années 70 quand tous les espoirs d'une société progressiste s'exprimaient sur scène.
    Effectivement, les pièces de Théâtre de David Fénnario démontraient ce rapprochement entre les anglophones et les francophones en décrivant les déboires partagés de la classe ouvrière.
    Malheureusement, David Fennario a été mal chanceux avec sa santé qui s'est détériorée depuis.