Le besoin de se conformer

«Un troisième facteur de conformité réside dans le fait qu’une personne a généralement tendance à se conformer à l’opinion majoritaire», écrit l'auteur.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «Un troisième facteur de conformité réside dans le fait qu’une personne a généralement tendance à se conformer à l’opinion majoritaire», écrit l'auteur.

Le confinement décrété par le gouvernement et l’obligation du port d’un masque posent une question d’apparence banale : pourquoi les gens se conforment-ils à une loi ou à un ordre émanant d’une autorité ? Or, selon le premier ministre du Québec, les Québécois se seraient effectivement conformés aux directives.

Les analyses actuelles sur le comportement d’une personne à se conformer déterminent généralement quatre raisons. La première est la propension à se forger sa propre idée fondée sur des valeurs ou normes sociales. On se fait une idée rapide, automatique et intuitive, sans trop réfléchir, justifiant le respect d’une norme sociale protégeant par exemple la santé publique ou l’environnement. Des études ont démontré que le simple rappel aux citoyens délinquants que le paiement de ses impôts est une norme sociale généralement acceptée favorise le recouvrement. De même, la pratique du « gonflement de prix » observée lors des pénuries a amené plusieurs États américains à adopter des lois visant à interdire de telles pratiques au motif que l’abus n’était pas acceptable.

Une seconde raison favorisant la conformité est le respect d’une autorité supérieure. Les travaux du psychologue américain Stanley Milgram au début des années 1970 ont démontré que la majorité des sujets étudiés dans le cadre d’une expérience sur le niveau de résistance à un ordre se conformeront même s’ils ont des doutes ou s’ils sont convaincus que leur obéissance causera un préjudice. Ne s’agit-il pas d’une obéissance aveugle à l’autorité, et les gouvernements le savent bien, ce qui explique les mesures visant à favoriser la diffusion d’information.

Un troisième facteur de conformité réside dans le fait qu’une personne a généralement tendance à se conformer à l’opinion majoritaire. C’est ce qu’il est convenu d’appeler en psychologie sociale « le comportement moutonnier » : puisque mes voisins se conforment, je le fais également. Ce comportement est à la fois très fort, mais aussi discutable, puisque des études auraient démontré qu’entre 20 % à 40 % des personnes suivront l’opinion d’un groupe même si elles ne sont pas en accord ! Encore une fois, les dirigeants en sont conscients lorsqu’ils nous rappellent que la majorité se conforme et respecte les consignes.

Sanctions

Une dernière source de conformité est la crainte des sanctions applicables. Comment réduire ou éliminer de telles infractions sinon en augmentant le prix associé au non-respect d’une règle, soit en renfonçant les dispositifs de prévention et de contrôle ou en relevant le coût des sanctions ou le cumul des deux. La première option est coûteuse puisqu’elle implique des dépenses publiques additionnelles, tandis que la seconde est à coût presque nul. La crainte d’être sanctionné a certes un effet dissuasif, mais il est difficile d’en mesurer l’effet véritable. Mais plus une infraction est visible, plus le contrevenant potentiel sera incité à se conformer par crainte d’être vu ou dénoncé. C’est ainsi que l’obligation de confinement ou du port du masque, la hauteur des amendes et la facilité du citoyen à dénoncer un contrevenant sont des exemples éloquents de l’application de l’économique du crime.

Ces quelques observations n’ont fait qu’effleurer le sujet, d’autres questions étant tout aussi importantes : y a-t-il des différences de comportements entre les régions ? Est-ce que les plus jeunes ou les moins jeunes se conforment moins ? Est-ce que l’accroissement des infections à la COVID-19 est une conséquence du non-respect des règles ? Quels sont les incitatifs à prévoir afin d’encourager les gestes appropriés et éventuellement placer la responsabilité sur les épaules de la partie qui pourra limiter les dommages à moindres coûts ?

8 commentaires
  • Renaud Métivier - Abonné 24 juillet 2020 07 h 25

    Et la question de l'autorité.

    M. Lemieux.
    Je me permettrai de poser la question autrement. Je voudrais ramener la question à sa dimension humaine. Pourquoi ne pas se conformer à la loi? Quelles sont les conditions pour arriver à ne pas respecter l'autorité qui fait cette loi? Tout humain respecte l'autorité, en fait tout humain respecte une autorité, liée à quelque chose qui s'est inscrit dans son esprit et dans son corps et à laquelle il ne peut déroger.
    Il se peut que le pouvoir civil n'ait pas d'autorité pour certains, qu'il ne soit pas l'autorité qu'il respecte.
    Il y a aussi, la désobéisance civile qui est un droit inaliénable, celui de dire non, que tout humain a toujours en lui, depuis l'enfance à la "période du non" qui est, en fait une affirmation, et ce parce qu'une loi est injuste.
    Avez-vous remarqué que la virus sévit davanatge là où l'autorité de l'état est vacillante? Je pense aux USA, au Brésil, à tous ces pays européens, France, Italie, Espagne, Royaume Unis qui sont en crise d'autorité avec l'UE mais aussi à Montéal en crise avec l'État du Québec? Alors que l'Allemagne qui est le leader de l'UE, et certains pays nordiques comme la Norvège ont déploré moins de cas proportionnellement. Comment surmonter l'infection épidémiologique quand le gouvernement de cet l'État, est bancal sur ses positions? Il ne faut pas oublier que l'humain a un esprit, pas seulement des comportements, comme un animal. Et que cet esprit détermine plus pour un humain que les conditions externes de sa culture et de son environnement. Ici ces questions sont occultées par le pouvoir de certains dans leurs pratiques culturelles ( ex: la science pharmacologique et ses immenses intérêts financiers). Il faudrait penser à revenir à ce qu'est l'humain au delà des cultures et des civilisations.

    Renaud Métivier

    • Cyril Dionne - Abonné 24 juillet 2020 09 h 50

      Avant de commencer M. Métivier, je dois dire que je conforme à la loi sur le port du masque non médical. Les contraventions sont trop onéreuses. lol

      Ceci dit, voici ce que les scientifiques du plus grand laboratoire épidémiologique du monde disaient dernièrement à propos des masques non médicaux : « Après une revue des données existantes, le Center for Infectious Disease Research and Policy conclut que : étant donné le manque d'information sur la performance des masques non médicaux en tant que mesure de contrôle de la transmission des virus, ainsi que l'efficacité faible des masques en tissu comme filtres et leur mauvais ajustement, il n'y a aucune preuve pour soutenir leur utilisation par le public ou les travailleurs de la santé pour contrôler l’émission de particules par le porteur. » Vous en voulez un autre récente? « Aucune étude n'a montré une réduction significative de la grippe confirmée en laboratoire. Les auteurs ont conclu que les essais contrôlés randomisés avec des masques faciaux n’ont pas démontré un effet substantiel sur la transmission de la grippe confirmée en laboratoire. »

      En parlant de Milgram et sa fameuse expérience, c’est qu’on peut arriver à contrôler des gens. Voici ce qu’il disait : « Le maintien de l'individu dans un état agentique dure aussi longtemps que s'exerce le pouvoir de l'autorité et qu'elle n'entre pas en conflit avec le comportement du groupe (le conformisme) et un certain niveau de tension ou d'anxiété personnel. La tension que ressent l'individu qui obéit est le signe de sa désapprobation à un ordre de l'autorité ».

      Bon, vous nommez un pays comme la Norvège, voisin immédiat de la Suède, qui a déploré peu de mort dû au coronavirus. Oui, c’est vrai tout comme pour l’Australie, l’Autriche, le Danemark, la Finlande, la Nouvelle-Zélande qui ne recommandent pas le port du masque non médical. Ils ont eu un faible taux de décès parce qu’ils ont contrôlé ce qui était le plus important, les frontières physiques.

    • Cyril Dionne - Abonné 24 juillet 2020 10 h 43

      Erratum

      C'est bien: je dois dire que je me conforme à la loi sur le port du masque non médical.

  • Jacques Lalonde - Inscrit 24 juillet 2020 08 h 37

    Sommes-nous réduits à si peu...

    L'homme-mécanique que vous décrivez ne tient pas compte d'un sentiment important en société: la solidarité. La solidarité implique une reconnaissance de l'intérêt commun, du bien commun en l'occurence et considérer une réponse collective à un problème collectif relève moins de la contrainte, de la peur ou d'un comportement moutonnier que de cette sympathie naturelle éprouvée envers les plus faibles, les plus malades, les plus âgées. La commotion suscitée par le drame des CHSLD a révélé des sentiments dont votre analyse ne rend pas compte. Il est rafraîchissant de constater ici que la psychologie et ses prétentions à la globalité n'arrive pas à mettre en boîte l'âme humaine.

  • Michèle Cossette - Abonnée 24 juillet 2020 11 h 45

    Il me semble que vous oubliez une raison importante de se conformer : trouver la directive pertinente!!! C'est mon cas avec le masque. Je le porte depuis le mois de mars dans les lieux fermés et je ne comprends toujours pas pourquoi le gouvernement a tant tardé à le rendre obligatoire.

  • René Pigeon - Abonné 24 juillet 2020 12 h 32

    "La crainte d’être sanctionné a certes un effet dissuasif, mais il est difficile d’en mesurer l’effet véritable. Mais plus une infraction est visible, plus le contrevenant potentiel sera incité à se conformer par crainte d’être vu ou dénoncé."

    N’est-il pas admis en criminologie que la probabilité d’être vu ou dénoncé, arrêté et sanctionné est beaucoup plus dissuasive pour le délinquant que la sévérité de la sanction anticipée ?

    • Cyril Dionne - Abonné 24 juillet 2020 18 h 16

      Non M. Pigeon. Personnellement, je m'en #%$&%@ d'être vu sans masque non médical, mais c'est l'amende qui est dissuasive. Pourquoi voudrais-je renflouer les coffres du gouvernement qui sont vides ? Et je n'en portais pas avant que j'y soit obligé.

      Alors, je le porte cet item inutile et qui ne protège personne.

      Pensez-y pour une seconde, si vous étiez en présence d'un gaz mortel, est-ce que vous feriez appel à un petit masque en coton ou bien vous demanderiez de l'équipement adéquat ?

      Eh bien, lorsque vous êtes en présence de quelqu'un qui est contaminé, c'est la même chose. Seul la distanciation physique fonctionne même si ce n'est pas parfait. Le masque non médical est inutile pour vous et celui qui le porte.

  • Sylvain Rivest - Inscrit 24 juillet 2020 13 h 27

    Le prix du silence...

    Tout à un coût. Je me rappel des tonnes de vaccins inutile et inefficace acheté pour de population entière pour être simplement entreposé et jeté. Je me rappel de l'achat empressé de pièces couteuse de réacteur nucléaire alors que le démantèlement de la centrale était annoncé, pièce qui ne fut jamais utilisé bien sûr. Je me rappel du comité d'hydro chargé de conservé et gérer les ressources du territoire québécois. Quand vendre, exploité, traité sous traité au profit des québécois et génération à venir, quelque mois après avoir été créer ce comité fut abolit par le gouvernement charest sous quelques loi rapide baillon. Les ressources pétrole furent céder à pétrolia et junex, et nos mines aux exploitant habituel, ont a proposé un port chinois au nord du nord du territoire québécois ou ils viendraient avec leur main d’œuvre sur leur bateau usine. Je me rappel alors que les grands de ce monde étais pris avec du papier commercial ont a pillé en cachette quelques dizaines de milliard de la caisse de dépôt du Québec pour en faire les frais.

    La liste pourrait être longue.., j'aimerais pouvoir dire restons vigilant, soyons critique, tenon nous debout? arf! force est d'admettre qu’il y a fort a parié que pendant que tous ont le regard posé sur la main gauche, la main droite en profiteras pour nous...

    collectivement ont a pour la plupart du temps dormi, docile et conforme sans trop poser de question au mieux on jouera les vierges offensée une fois tout terminé. À la lecture d'un semblant d'analyse post crise quelques uns s’indigneront brièvement, mais au final on paiera encore une fois et tout bêtement le collectif oubliera à nouveau...