«Nègres blancs», métaphore juste en son temps

En 1968, lorsque l’écrivain Pierre Vallières décrivit les « Canadiens français » du Québec comme les « nègres blancs d’Amérique », c’était simplement pour clamer qu’ils étaient un peuple pauvre et soumis, comme les Noirs américains.

Évidemment, il savait bien que l’histoire de ces deux peuples était totalement différente. Mais on sait maintenant que, sur le plan salarial,sa métaphore correspondait à l’exacte vérité. La commission Laurendeau-Dunton sur le bilinguisme et le biculturalisme a
estimé qu’en 1960, au Québec, le revenu d’emploi moyen des hommes francophones unilingues équivalait à 51 % de celui des hommes d’origine britannique unilingues. À la même date, aux États-Unis, le revenu d’emploi moyen des hommes noirs équivalait à 56 % de celui des hommes blancs.

Les choses ont évidemment changé depuis. Les francophones unilingues du Québec gagnent maintenant plus cher que leurs compatriotes anglophones unilingues. C’est loin d’être le cas pour les Noirs par rapport aux Blancs aux États-Unis. Néanmoins, la métaphore de Vallières était juste en son temps. On ne peut déboulonner un fait : en 1960, la position salariale relative des Franco-Québécois était inférieure à celle des Noirs américains.

 
 
10 commentaires
  • Samuel Prévert - Inscrit 6 juillet 2020 07 h 18

    Dsicrimination envers les francophones

    Et nous continuons à être discriminés. À l'image des Tibétains qui deviennent chaque jour plus Chinois, nous devenons plus Canadiens anglais, pour notre bien! Pour avoir de bons emplois.

    • Jean Duchesneau - Inscrit 6 juillet 2020 08 h 13

      "À l'image des Tibétains qui deviennent chaque jour plus Chinois, nous devenons plus Canadiens anglais, pour notre bien! " Samuel Prévert

      "Pour notre bien" ... mais surtout pour le rêve d'une société post-nationale "From Coast to Coast"

    • Cyril Dionne - Abonné 6 juillet 2020 15 h 53

      C'est quoi ça M. Prévert un citoyen postnational comme dans citoyen du monde et de nulle part?

      Et croyez-moi, ne pensez pas pour une seconde que la discrimination envers les francophones diminuent parce qu'ils parlent anglais. C'est le business "as usual" pour les Anglos. Vous devriez venir au merveilleux royaume du ROC.

  • Jean-François Trottier - Abonné 6 juillet 2020 10 h 07

    Seulement mieux, mais très très loin de la santé sociale minimale

    Réalité : "White negroes" était utilisé par que les propriétaires de factries bien avant Vallières.

    La majorité du capital est étranger ou détenu par des non-francophones. Effet du racisme systémique.
    Les médias du QUébec lus à l'étranger en provenance sont anglophones.

    Les Québécois passent encore pour des demi-sauvages, pas très loin de l'image projetée dans A story of us. Du racisme à l'état pur. Encore aujourd'hui, ce qu'on fait aux Amérindiens pour l'argent du pétrole bitumineux montre la logique sur laquelle ce opays a été aggrippé. Pas bâti en tout cas.

    La grande majorité des Canadiens continuent à croire au mythe fondateur des Angalis civilisateurs, alors que les Anglais se cont comportés ici comme aux Indes et comme dans les Caraïbes, en barbares assoiffés de sang et de richesse.
    Le Bible Belt règne en maître dans l'Ouest. Cette non-organsation tire son origine du sud et plus précisément dans l'entourage du KKK. Pas un hasard.
    À Terre-Neuve le 12 juillet est la Fête des Orangistes.

    Le but du multiculturalisme a toujours été de fondre la minorité francophone dans les droits de toutes les minorités, y compris celles dont on sait qu'elles perdront leur culture au profit de la majorité en deux générations, par leur faible nombre.
    C'est contre le biculturalisme qu'il est né, et pas du tout d'une "pensée généreuse" de la part de Trudeau et sa clique. C'était pour ne pas reconnaître la nation québécoise avant tout.

    Je sais qu'à Montréal dans plusieurs compagnies on écarte les candidatures de francophones : "He speaks anglais". Biilingue, oui, mais...

    Il y a 3-4 ans mon fils travaillait pour un organisme d'entraide internationale à recueillir des fonds chez les passants. Il a eu le malheur de s'adresser en français à une personne en l'abordant. Il a entendu ce que j'ai moi-même entendu dans un magasin du centre-ville il y a 56 ans : "Speak White".

    Sortez de votre théorie, M. Fortin.

  • Bernard Dupuis - Abonné 6 juillet 2020 11 h 21

    Que voulait dire Pierre Vallières?

    En effet, il suffit de relire le livre de Vallières pour se rendre compte que celui-ci n’avait pas l’intention de faire une comparaison simpliste entre la condition des Canadiens français et celle des Noirs américains.

    Vallières fait un parallèle entre la représentation qu’on se fait des Noirs et des Canadiens français au Canada. Par exemple, on a longtemps dit que les "nègres" étaient paresseux et qu’ils travaillaient mal. Or les « boss » canadiens-anglais disaient la même chose des Canadiens français. Que ce soit dans les manufactures, les usines ou les chantiers de bucherons, il fallait toujours leur crier « move your ass ». De plus, les Canadiens français avaient des familles nombreuses. C’est que, comme le "nègres", ils étaient « maniaques du sexe ». Ce caractère fut repris, il n’y a pas si longtemps, par Mordecai Richler qui qualifia les descendantes des Filles du Roy de truies tellement leurs familles étaient prolifiques.

    Enfin, les Noirs américains aimaient les cérémonies religieuses du dimanche avec leurs chants gospels et leurs prières d’affliction. Or, il en était de même pour les Canadiens français qui, sous l’influence des "détestables" prêtres catholiques, allaient à la messe du dimanche pour entendre les chants liturgiques et rencontrer leurs lointains amis sur le perron de l’église.

    En somme, les Noirs étaient considérés comme une race inférieure, mais les Canadiens français l’étaient aussi même par certains Canadiens français assimilés.

    Bernard Dupuis, 06/07/2020

  • Jean-Guy Aubé - Abonné 6 juillet 2020 12 h 25

    L'expression lui vient d'un co-detenu

    Lorsque Vailliàres était en prison à New York (avec Charles Gagnon) après avoir manifesté pour l'indépendance du Québec à l'ONU, c'est en parlant avec un co-détenu noir que l'expression lui est venu à l'esprit. Il n'avait aucune intention raciste en l'utilisant.

    Faut dire qu'à cette époque, une mouvance au sein du FLQ avait des affinités idéologiques avec le Black Panthers, les palestiniens de lOLP, les irlandais de l'IRA et tous les peuples qui luttaient è leur façon contre l'empire impérialiste anglo-américain.

  • Pierre François Gagnon - Inscrit 6 juillet 2020 14 h 56

    L'acculturation obligatoire!

    Vallières est toujours aussi d'actualité, il est incontournable, c'est bien désolant, mais ça reste ainsi. La réussite passe toujours et encore par l'acculturation systémique. Par exemple, dans mon domaine, la webmestrie, l'édimestrie, valoriser la langue de Voltaire te coûte tout simplement ta carrière, même pas pancanadienne, mais québécoise, et cela de la part d'entreprises de chez nous, car nous en sommes rendus à l'auto-discrimination, à l'auto-assimilation, rien de moins! Et je ne suis pas sûr du tout que l'indépendance nationale nous en affranchirait.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 7 juillet 2020 09 h 12

      "L'acculturation obligatoire!" Vous ne pouvez mieux dire. On peut aussi parler d'aveuglement volontaire. Pour que "Je me souviens " devienne tout simplement "J'ai oublié ". Il