Peut-on cesser de nous mettre en boîte?

La ministre de la Culture nous dit que, dans le contexte actuel, il faut « penser en dehors de la boîte ». S’agit-il de la boîte crânienne ? Point n’est besoin de recourir à cette formule calquée directement sur l’anglais, to think out of the box, alors que le français dispose de plusieurs expressions pour traduire cette idée. À titre d’exemple, Kent Nagano trouve « stimulant pour un artiste de penser en dehors des schémas traditionnels » lors de son dernier entretien avec le critique musical du Devoir, M. Christophe Huss. Il est aussi possible de réfléchir hors du cadre, de faire preuve d’originalité, d’exercer sa créativité ou de sortir des sentiers battus.

 

7 commentaires
  • Réal Gingras - Inscrit 4 juin 2020 08 h 20

    Un Québec bilingue?

    Madame de Villers, ce que vous exprimez dans votre lettre n’est qu’une goutte d’eau dans cet océan anglo-américain.
    La langue officielle au Québec est le français nous dit-on.
    Il y a quelques jours nous avions besoin d’une loupe pour trouver une pancarte en français lors de la manif à Montréal pour souligner la mort de Georges Floyd.

    Depuis le début de la pandémie, il y a toujours des informations complémentaires en anglais qui sont données
    par nos élus québécois.
    Demande-t-on à Emmanuel Macron ou à Anne Hidalgo de s’exprimer en anglais lorsqu'ils parlent aux Français?
    Demande-t-on à Doug Ford, à Boris Johnson de compléter leur présentation en français ou au premier ministre du Nouveau-Brunswick? Pourtant , le Nouveau-Brunswick est une province bilingue.
    La seule province d’ailleurs à avoir ce statut.

    Le français au Québec est en perdition. Vous donnez là un bel exemple.
    Nous pourrions , bien sûr, multiplier ces exemples par mille.
    Aucun ministre ou Premier ministre du Québec est obligé de s’exprimer en anglais à moins
    que la réciproque puisse s’appliquer pour les autres élus des autres provinces.
    Ne sommes-nous pas dans un pays officiellement bilingue dans lequel nous avons décidé de rester en 1995?:-)
    De grâce, chers élus, travaillez à utiliser les bonnes expressions françaises.
    Sinon, vous pourrez toujours, alors, nous ”mettre en boîte” en vous exprimant en franglais sur les Facebook, tweeter et compagnie de ce monde. La langue officielle du Québec est peut-être maintenant devenue le franglais.
    Allez-y voir en Louisiane.

  • Jana Havrankova - Abonnée 4 juin 2020 10 h 10

    La langue française, victime collatérale du coronavirus

    L’expression critiquée par madame De Villers n’est qu’une parmi d’autres qui ont infecté l’espace médiatique.

    Nous entendons régulièrement :  il y a peu de « chances » d’attraper le virus en touchant les surfaces : le « risque » est pourtant un mot bien français. L’expression « respirateur artificiel » est moins entendue, pas parce qu’on aurait réalisé qu’elle est ridicule : qui connait un « respirateur naturel » ? mais parce que cette préoccupation s’est atténuée. Aussi : la personne a reçu un « diagnostic positif » de la COVID-19. Parle-t-on à l’inverse du « diagnostic négatif » ?

    Les commentateurs éprouvent une propension à allonger inutilement les expressions : « une femme en situation de grossesse » : une femme enceinte, non ? « Des personnes d’âge adulte » : ce sont des adultes, tout court, non ?

    Tous ces exemples proviennent de l’écoute de Radio-Canada.

    • Bernard Dupuis - Abonné 5 juin 2020 10 h 32

      Parlant de Radio-Canada, je vous assure que l’on a plus le "Radio-Canada" qu’on avait. Avec l’arrivée d’une nouvelle génération de journalistes et d’animateurs, on a pu constater une grave anglicisation de la radio de nos taxes. Ceux-là ne font même plus l’effort de chercher le mot français qui convient pour nommer l’objet dont on parle. Les expressions anglaises « Oh my good », « Black lives matter », « Idle no more », etc., nous rappellent qu’on a oublié le génie de la langue française.

      Les commentatrices comme Rebecca Makonnen font continuellement la promotion des artistes et spectacles anglophones. Les créateurs francophones sont occultés par Leonard Cohen, Martha et Rufus Wainwright, etc. Les artistes francophones présentés sont formidables lorsqu’ils chantent en anglais.

      À Radio-Canada, le français est devenu aussi démodé que le nationalisme. Le canadianisme implique l’anglicisation de cette radio encore parfaitement francophone il y a à peine quinze ans. Pourtant, ce ne sont pas les postes anglophones qui manquent à Montréal si l'on veut absolument entendre de l'anglais.

  • Pierre François Gagnon - Inscrit 4 juin 2020 10 h 20

    Nos jugements linguistiques nous jugent-ils!

    Du coup, tous ces anglicismes ataviques dont nous farcissons nos discours nous déclasseraient vis-à-vis de nos interlocuteurs, si seulement ces derniers n'étaient pas tant anglicisés à leur insu même. J'ai été très marqué au temps du Cégep par une série de cours de français - béni soit le professeur très allumé qui l'avait ajouté au programme - qui portaient sur notre degré d'anglicisation inconscient. Depuis, je me suis procuré le dictionnaire qui les recense, le Colpron paru chez Beauchemin. J'ai l'édition de 1999. Je me demande bien s'il a été revu et même augmenté entre-temps. Mon exemplaire a été imprimé sans doute sur du papier trop acide car ses pages sont toutes jaunies.

  • Christophe Huss - Abonné 4 juin 2020 11 h 24

    De la politesse de faire bien paraître

    Merci beaucoup, Madame de Villers, d'avoir apprécié ma traduction/transcription du verbatim
    "quand on est soudain obligé to think ou of the box [sic!] c'est une chose très importante pour un artiste..."
    utilisée par Kent Nagano lors de notre entretien.

    Je ne pouvais évidemment le laisser ainsi et partage votre dédain pour l'utilisation en français du mot "boïte"

    L'art de faire bien paraître par le bon usage des mots était, en la matière, marques de respect et politesse.
    Christophe Huss

  • Pascal Barrette - Abonné 4 juin 2020 14 h 35

    D'un autre oeil

    Comme d’habitude, bien écrit Madame de Villers. C’est gênant de suggérer toute terminologie après vous, mais advienne que pourra. Photographe à mes heures, j’aime bien les analogies liées au regard: changer d’optique, de focale, de point focal, de perspective, de lunette, de filtre, de viseur, de mire, d’oeilleton, de distance, de mesure, de paramètre, de vision, de plan, d’angle, refaire la prise, viser d’un autre oeil, inverser l’objectif, changer, réduire, agrandir le champ, caler, décaler le sujet…