Envolées véganes…

Dans sa chronique intitulée « L’Asie aux Oscar » (Le Devoir, le jeudi 13 février), Odile Tremblay commente entre autres le discours, lors de cette cérémonie, du lauréat Joaquin Phoenix, qui a dit notamment refuser qu’une espèce en domine une autre, s’agissant, commente-t-elle avec raison, d’une de ses « envolées véganes »…

Et en tout respect pour les amants des animaux, je pense comme Mme Tremblay, qui voit sans doute de nos jours ceux-ci prendre trop de place.

On sait ce qu’est l’anthropomorphisme. C’est prêter des qualités humaines à des animaux ; c’est substituer les animaux aux êtres humains ; c’est leur parler comme à des hommes, à des femmes, à des enfants qui auraient la vertu de nous comprendre ; c’est croire détenir là des interlocuteurs alors qu’au fond, on parle tout seul. Il faut cesser de s’illusionner ; il faut s’extraire d’une dépendance qui ne fait sourire que les vétérinaires.

L’être humain est plutôt « la seule espèce linguistique », comme l’affirme le primatologue et éthologue néerlandais Frans de Waal.

Le culte des animaux voit des humains se mettre à attaquer les boucheries sous prétexte qu’on y vend du rosbif! Les valeurs des gens sont chamboulées. C’est comme si un nouveau sacerdoce avait pris naissance. En fait, un peu partout ne se propage ainsi rien d’autre à mon avis que le « syndrome Bambi », une compassion ou un attendrissement exagéré pour le sort des animaux et qui a pris son nom du film de Disney (1942).

Attention ici, il ne faut pas maltraiter les animaux ni user de moyens barbares pour les abattre. Il s’agit simplement d’affirmer que ceux que le grand historien français Jules Michelet appelait nos « frères inférieurs » doivent retrouver leur rang.

À cet égard, il est judicieux de se qualifier de spéciste ; c’est-à-dire d’adhérent à une idéologie qui discerne une hiérarchie entre les espèces ; spécialement la supériorité des êtres humains sur les animaux.

10 commentaires
  • Simon Grenier - Abonné 18 février 2020 05 h 35

    En surface, attention de ne pas confondre véganisme et anti-spécisme... les végans purs se sacrent bien de la supériorité d'une espèce sur l'autre: ils ne tuent pas, c'est tout. Mais ce n'était pas l'objet de votre propos.
    Sur le fond, ce n'est selon moi pas la place que prennent les "amants des animaux" qui soit problématique, c'est l'exagération - "extrémisme" serait un terme trop fort - militante. Par exemple, terrifier la maisonnée d'une petite ferme familiale pour dénoncer une culture industrielle qui s'étend à tout l'Occident.

    • Robert Taillon - Abonné 18 février 2020 08 h 05

      Vous avez tout à fait raison; on met depuis quelques temps sur le dos des vegans tous ces crimes alors que nous ne voulons que ne pas manger de viande, pour quelque raison que ce soit.
      Il faudrait vite que les journalistes en viennent à faire la lumière sur ces différences, se voudraient-ils d'informer les lecteurs au lieu de faire du sensationnalisme sur de fausses nouvelles; un autre terme à la mode ces temps ci.

  • Marc Boucher - Abonné 18 février 2020 06 h 34

    Anthropocentrisme et dominance

    La dominance et cet égo démesuré de l'homme est justement le problème dont souffre la planète entière. L'idée, appuyée par les monothéismes depuis leur début, que l'homme doit dominer la nature est celle qui nous a fait perdre nos liens avec elle et qui nous fait considérer tout ce qui n'est pas nous, comme des choses à exploiter. Nous l'avons fait (et le faisons encore!) avec les autres ethnies, les femmes, les enfants, les écosystèmes et les animaux, ces autres êtres vivants sensibles avec lesquels nous partageons la vie sur Terre. C'est justement ce regard, comme le vôtre, qu'il faut changer et c'est par soi-même qu'il faut commencer.

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 18 février 2020 11 h 14

    Les hommes sont des carnivores, biologiquement autorisés à tuer pour manger. Comme tout les carnivornes il a reçu le permis de tuer par dame nature.
    Pouvons nous le faire de façon plus éthique? Certainement.
    Pouvons nous diminuer notre consommation, certainment.
    C'est sur ces points que nous devons travailler.

    Ensuite l'homme fait tellement de mal aux hommes, femmes et enfants que les grands défenseurs des animaux prêt à s'introduirent dans des fermes ( et contaminer les animaux ) illégalement ou briser des vitrines de restaurant démontre un grand grand manque de jugement général.

    Une fillette à Granby est morte torturée, abandonnée à elle même alors qu'elle était dans le système et que des gens dénoncaient ses conditions de vie.
    Des bébés et des enfants syriens présentement meurent de froid à la porte de camp bondé.
    Des femmes sont excisées chaque jour dans la terreur.
    Des hommes sont pendus sans procès juste pour avoir une opinion.

    Je pourrais continuer d'énumérer pendant des heures les atrocités que des hommes imposent aux hommes.

    Les vegans passent dans le beurre..nous ne sommes coupables de rien au niveau alimentaire mais tellement du côté humanitaire.

    • Claude Froment - Abonné 18 février 2020 14 h 31

      Je trouve votre analogie de la biologie de l'humain très éclairante. Cependant ces gens à part ( du moins ils/elle le pensent) ne semblent pas conscient des maux qu'il/elles génèrent. Les humains ont, comme vous le souligner, plusieurs autre travers, et comportement.
      Ce qui me rappelle une petite phrase, dont je ne souvient pas la provenance, mais toujours actuelle.

      Vivre et laissez vivre. Ce qui implique des choix mais respecte ceux des autres.

    • Marc Therrien - Abonné 18 février 2020 18 h 19

      L'humain est d'abord et avant tout un omnivore doté d'une conscience réflexive lui permettant de faire des choix et de s'affranchir de ses déterminismes qui fait que même s'il se situe au somment de la chaîne de prédation alimentaire, il lui est possible de diminuer le niveau de violence dont il fait usage dans sa lutte pour persévérer dans son être.

      Marc Therrien

  • Marc Boucher - Abonné 18 février 2020 16 h 01

    C'est de la malhonnêteté intellectuelle de toujours ramener la souffrance humaine dans ce débat. Un devoir moral n'empêche pas l'autre! Et de réduire l'animal, aliéné et capable de sensibilité et de souffrance, comme nous, à une dimension alimentaire au service de nos habitudes et de nos exigeants caprices, est odieux.

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 18 février 2020 22 h 51

      Je n'ai jamais dis qu'il ne fallait empêcher la souffrance dans le processus de consommation.
      Peut-être que dans un monde de paix et écologique j'aimerais voir l'humain chercher des solutions à sa consommation mais l'humain étant ce qu'il est c'est une cause perdu d'avance.
      L'humain n'empêche pas la souffrance de ses prochains et détruit son environnement alors pourquoi se préocupper des animaux qu'il consomme.
      Soyez réaliste..
      Aussi je doute de ses gens prêtent à tour pour des porcs mais qui ne font pas d'acte concret pour aider les enfants souffrants.
      J'appuiraient ce mouvement juste si les animaux était dans un plan globale qui inclurait femme, homme et enfant.
      Sinon, on dirait juste une gang de misanthrope qui n'a pas le sens des priorités.

    • Réjean Martin - Abonné 19 février 2020 06 h 10

      en usant du mot «odieux» Monsieur, vous justifiez le fait que j'écrive que les valeurs des gens sont chamboulées...

  • Robert Morin - Abonné 19 février 2020 07 h 35

    De la contradiction de l'antispécisme

    Tout d'abord, je suis d'accord avec ceux et celles qui réclament que les journalistes fassent mieux la distinction entre les végans, c.-à-d. des personnes qui ont fait un choix alimentaire pour diverses raisons qui leur appartiennent, et les «animalistes» ou antispécistes, ces citadins qui veulent propager à tout prix et sans respect pour autrui leur idéologie généralement déconnectée de la nature. Mais ce qui me fascine le plus chez les antispécistes, c'est la contradiction interne de leur discours. Certes, ils ont raison de dénoncer cette attitude arrogante (dont le texte ci-dessus n'est malheureusement pas exempt) de l'humain qui se voit «au-dessus» du règne animal. Manque flagrant d'humilité. Comme le disait si bien Nietzsche, «L'Homme est un animal malade».

    Or, ce n'est certes pas le discours des antispécistes qui le délivrera de cette maladie, de ce complexe de supériorité, de ce manque d'humilité, car ce discours insiste sur la très grande supériorité «réflexive» de l'Homme, qui le rend capable de s'extraire de sa place de prédateur dans le règne animal. Et ce discours nie à la fois que l'humain appartient naturellement au règne animal et que toute son histoire, son patrimoine et son évolution sont intimement liés à son rôle de prédateur. Les antispécistes ont l'outrecuidance de crier «Tabula rasa!»... on efface tout et on recommence sur NOS bases idéologiques. Désolé, mais c'est pas comme ça que ça se passe dans la vraie vie!