La lutte contre les changements climatiques passe d’abord par les hautes instances

Le texte de Benoit Genest (« Moraliser le mouvement écologique ne sauvera pas le monde », Le Devoir, 12 et 13-10-2019) doit faire réfléchir. Je suis satisfaite de constater la propagation de la pensée selon laquelle le pouvoir des consommateurs individuels dans la lutte contre les changements climatiques est, somme toute, marginal.

Il est tellement aisé de culpabiliser la population qui obtient des gains anecdotiques au bout du compte malgré les efforts qu’elle déploie, efforts disproportionnés par rapport à la réelle capacité des gens à intégrer ces gestes écologiques à leur routine métro-boulot-dodo quotidienne surchargée. Les détracteurs de cette pensée diront que chaque geste compte et que ce n’est certainement pas le temps, urgence climatique oblige, de jeter dans le doute les gagne-petit quant à leur contribution potentielle au sauvetage planétaire.

Malheureusement, la capacité de chaque individu constituant le peuple à se regrouper et à agir collectivement, voire à travailler à l’institutionnalisation des solutions, pour assurer la nécessaire transition écologique est limitée, qu’on veuille l’admettre ou non. Il leur est beaucoup plus simple d’effectuer des gestes concrets au quotidien pour panser leur mauvaise conscience.

Loin de moi l’idée de déresponsabiliser qui que ce soit. Toutefois, il ne fait pas de doute que l’action doit s’exercer prioritairement au niveau des plus hautes instances politiques nationales et internationales.

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8 commentaires
  • Anne Sarrasin - Abonnée 21 octobre 2019 07 h 40

    Le déni de responsabilité

    Je pense au contraire que la responsabilité de la transition énergétique revient à l'individu, et pas aux gouvernements ni aux industries. Car c'est chacun de nous qui veut manger son agneau de Nouvelle Zélande, moins cher que celui du Québec. Qui veut boire son vin d'Afrique du sud. Qui veut sa grosse télé pas chère fabriquée en Chine. C'est encore chacun de nous qui tient mordicus à faire chaque année son petit voyage en avion d'une semaine tout inclus dans le sud. Encore l'individu qui consomme des produits inutiles, et de mauvaise qualité qui finiront dans le site d'enfouissement. Et c'est encore une bonne partie de nous qui ne fait pas l'effort de recycler ou de composter, encore moins de réduire à la source les emballages des produits qu'il consomme.

    Quelle est la raison d'être des industries sinon de nous fournir des biens de consommation? On blame les usines, mais elles existent uniquement parce qu'on achète ce qu'elles produisent.

    Quel parti politique quadruplerait le prix de l'essence? Il provoquerait à coup sur des émeutes partout au pays et ne serait certainement pas réélu. C'est pourtant ce qu'il faut faire: la grande majorité des GES est produite par les transports. Et pour faire avancer les véhicules, les camions, les avions, il faut du carburant fossile, qui doit être extrait sous forme de pétrole, puis transporté vers une raffinerie, puis l'essence est transportée vers les postes de distribution, mises dans nos voitures qui servent à nous transporter. Le carburant sert aussi à transporter les matières premières puisées à un bout de la planète pour les faire transformer à l'autre bout, pour finalement transporter les biens de consommation à proximité de notre résidence, ou même directement à notre porte.

    L'individu est responsable de tous ces transports, de toute cette activité de transformation, de consommation.

    Ne rejetons pas la faute sur les autres. NOUS sommes responsables.

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 21 octobre 2019 22 h 56

      Je ne serais pas prête à dire que les gouvernements et les industries n’y sont pour rien dans ce qui arrive à notre planète. Cependant, j’ai tendance à croire ce que vous décrivez dans votre commentaire, à savoir que chacun de nous est responsable du détériorement de l’environnement. Je conserve toujours en tête ce qu’écrivait Laure Waridel dans son livre: ‘’Acheter, c’est voter’’, autrement dit acheter, consommer, c’est décider. La description que vous en faites est, quant à moi, assez réaliste et si nous faisions le tour de la question, la situation serait encore pire.

    • Daniel Grant - Abonné 22 octobre 2019 13 h 52

      Mme Sarrasin
      C'est un peu trop facile de pointer le blâme.
      Votre commentaire est un peu comme celui d'un vendeur de barre de savon qui a servi à Ponce Pilate pour se laver les mains.
      J'imagine les pollueurs se réjouir de votre commentaire, ça les dédouane.

      L'utilisateur a besoin d'énergie électrique mais si le fournisseur nous donne de l'énergie sale,
      et l'utilisateur a aussi besoin de mobilité
      mais si le fournisseur de mobilité pollue l'humanité
      et si les minéraux utilisés pour fabriquer les appareils médicaux ou les appareils électriques proviennent de mines qui détruisent la santé et l'environnement,
      qu'est-ce qui faudrait bien changer?

      L'utilisateur ou le fournisseur?

  • Marc Lévesque - Abonné 21 octobre 2019 07 h 55

    "effectuer des gestes concrets au quotidien"

    "se regrouper et à agir collectivement, voire à travailler à l’institutionnalisation des solutions"

    "action doit s’exercer prioritairement au niveau des plus hautes instances politiques nationales et internationales"

    Mais tous les actions comptent, il n'y a pas les uns sans les autres.

    • Marc Lévesque - Abonné 21 octobre 2019 16 h 24

      - Mais toutes les actions comptent, il n'y a pas les unes sans les autres. -

      J'ai écrit toutes en premier, et je me suis corrigé : je sais pas pourquoi mais ce matin je croyais qu'action était masculin.

  • Serge Grenier - Abonné 21 octobre 2019 08 h 46

    Ça fait longtemps que je le dis

    Bien sur que chaque petit geste compte, mais l'erreur que commettent les jeunes c'est de penser que nous ne posions pas des petits gestes nous aussi quand nous avions leur âge et à chaque jour de notre vie depuis lors. Depuis le début des temps et jusqu'à la fin des temps, les individus posent des petits gestes à chaque jour. On peut présumer que s'ils ne le faisaient pas la situation serait encore pire. Mais pris ensemble, tous ces petits gestes n'ont jamais fait et ne feront jamais une grande différence.

    On ne peut pas compenser les dégâts causés à grande échelle par les compagnies pétrolières, minières, manufacturières, etc avec des gestes à petite échelle, aussi nombreux soient-ils. C'est pourquoi, parallèlement aux petits gestes que nous allons continuer de poser chaque jour individuellement, il faut aussi poser de grands gestes collectivement, de façon ordonnée, constructive et efficace.

    Pour encadrer de façon appropriée les corporations et les institutions, la population doit apprendre à communiquer et à s'autogérer sans dépendre des corporations ou des institutions. Pour résister à la stratégie « diviser pour régner » la population doit apprendre à « s'unir pour se libérer ».

  • Nadia Alexan - Abonnée 21 octobre 2019 09 h 57

    À peine une vingtaine d’entreprises du secteur des énergies fossiles sont directement liées à plus de 35 % de toutes les émissions de gaz à effet de serre.

    Vous avez absolument raison, Zoé Berthiaume-Dutrisac. Je passe des heures et des heures à laver mes sacs en plastique utilisés avant de les placer dans le bac de recyclage, pour ensuite apprendre que l'effort ne sert à rien puisque le plastique n'est même pas recyclé.
    Je suis d'accord avec vous que la solution réside «au niveau des plus hautes instances politiques nationales et internationales».
    Selon Alexandre Shields, journaliste du Devoir: «À peine une vingtaine d’entreprises du secteur des énergies fossiles sont directement liées à plus de 35 % de toutes les émissions de gaz à effet de serre produites dans le monde au cours des 50 dernières années, révèle une enquête publiée dans le quotidien britannique The Guardian. Et malgré les appels scientifiques à réduire notre dépendance au pétrole, au gaz et au charbon, ces géants continuent de développer des projets d’expansion de leur production, notamment au Canada.»
    https://www.ledevoir.com/societe/environnement/564425/vingt-geants-des-energies-fossiles-responsables-du-tiers-des-emissions-de-ges-depuis-50-ans

  • Daniel Grant - Abonné 21 octobre 2019 10 h 47

    Oui c’est marginal mais c’est l’effet d’entraînement qui peut nous surprendre.

    Ce n’est pas les hautes instances qui nous ont fait cheminer du téléphone filaire au iPhone, c’est plutôt l’effet d’entraînement qui nous a fait réaliser que
    ce n’était pas un effort de discipline ou de restriction ou de décroissance que changer de modèle
    mais d’avantages insoupçonnés et d’opportunités illimitées qui ont sauté aux yeux de tout le monde quand on l’avait devant nous.

    La même chose pour les énergies renouvelables, la mobilité électrique et les nouvelles techniques d’agriculture biologique, il faut tout simplement l’avoir sous les yeux pour comprendre assez vite la bonne direction pour l’avenir. (voir IRENA.ORG)

    C’est une question de changement de cap, et il faut résister aux marchands de doute qui veulent nous garder dans cette dépendance mortifère au fossile.

    Souvenons-nous de toute la publicité négative contre Apple et son iPhone avant 2007, même chose pour le iPad avant 2010
    et bien c’est le même type de FUD (peur, incertitude, doute) qu’on entend continuellement contre les énergies renouvelables, la mobilité électrique et l’agriculture biologique.

    Ceux qui répandent des demi-vérités sur le solaire et l’éolien omettent de vous parler du réseau dont elles font partie, ce n’est pas pcq une éolienne est arrêtée ou qu’il fait nuit que le réseau ne fournit pas de l’énergie électrique
    ça c’est aussi bête que de penser que le lait au chocolat vient des vaches brunes.

    Vous voulez la paix achetez un VE.

    Vous voulez la paix
    bâtissez votre maison face au sud;
    - éclairage gratuit,
    - chauffage gratuit,
    - électricité gratuite,
    - serre gratuite pour votre jardin d’hiver.

    Un déversement d’énergie solaire ça s’appel une belle journée.