Situation énigmatique

C’était au lendemain de la victoire du Bloc à l’élection fédérale de 2008, alors que ce parti avait fait élire 49 députés et, par voie de conséquence, contribué à l’élection de Stephen Harper. Daniel D. Jacques, philosophe et intellectuel indépendantiste respecté, avait fait paraître un essai remarquable : La fatigue politique du Québec français. Il démontrait l’imbroglio que créait pour le Québec ce nouvel ordre politique et plaidait la cause du réalisme politique. « Le danger ultime de l’ambivalence (celle du jeu politique des Québécois au lendemain des échecs référendaires) est de nous réfugier dans le rêve, à distance du pays qui se construit… »

Il ajoutait : « Les élections du Bloc québécois à Ottawa témoignent de cette schizophrénie collective qui conduit à fuir la vérité effective du pays qui demeure, quoi qu’on en pense, le nôtre et à nous situer de nouveau à la marge du pouvoir. » Face au gouvernement conservateur minoritaire de Stephen Harper de 2006 à 2011, le Bloc québécois a évidemment modifié sa mission ; d’un parti visant à préparer la souveraineté du Québec, il s’est transformé en défenseur des intérêts du Québec au Parlement fédéral.

Si on se fie aux sondages, l’histoire serait en train de se répéter et ainsi de nous porter à conclure qu’avec la CAQ à Québec, le Parti conservateur minoritaire à Ottawa et le Bloc « défenseur des intérêts du Québec », on se retrouverait exactement dans le cul-de-sac tel que décrit par Daniel D. Jacques. Situation pour le moins énigmatique…

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11 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 16 octobre 2019 05 h 13

    Le Bloc, un dessin géopolitique

    Au fur et à mesure que les Canadiens-français se transforment en Québécois, la géopolitique québécoise s'éloigne du cadre provincial britannique et se rapproche de celle qui prévalait au temps de la Nouvelle-France. Autrement dit, nous n'avons plus affaire à une Province mais à une Nation qui possède un territoire délimité dans l'Est de l'Amérique. À l'instar de la Nouvelle-France de naguère, le Québec doit désormais voir à ses intérêts loin au delà de ses frontières, partout en Amérique où ces derniers peuvent se voir mis en cause. D'où la nécessité de reprendre le chemin des Pays-d'en-Haut pour y défendre et promouvoir notre existence.

    Le Québec dans l'Est de l'Amérique : http://wikiquebec.org/images/0/03/Carte-du-quebec-

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 16 octobre 2019 07 h 51

    Il faut être fédéraliste pour écrire une pareille lettre

    Les nationalistes, eux, se posent la question suivante: « Pourquoi laisser les fédéralistes québécois parler au nom des nationalistes québécois? » Les nationalistes québécois font comme les nationalistes écossais, catalans et irlandais. Ils parlent pour leur nation.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 16 octobre 2019 07 h 55

    Prenons notre place à Ottawa (2)

    Nov. 2008. Comme il fallait s’y attendre, le Bloc québécois et le NPD voteront contre l’adoption du discours du Trône des conservateurs, alors que de leur côté les libéraux voteront pour, et ce, même s’ils sont contre. Comme des élections viennent tout juste d’avoir lieu, ils ne veulent surtout pas remettre ça. Les libéraux nous refont le coup de la lâcheté qui les avait caractérisés dans le précédent gouvernement. Qu’attendent-ils pour faire preuve de droiture et de créativité? S’ils s’opposent au discours du Trône, qu’ils votent contre, qu’ils défassent ainsi le gouvernement minoritaire avec les deux autres partis et qu’ils forment une coalition avec eux. Pour éviter de provoquer des élections et faciliter par le fait même le retour en force des conservateurs, les trois coalisés trouveront certainement un terrain d’entente. Et le pays s’en portera peut-être mieux.

    Mai 2011. En faisant élire 58 néo-démocrates (presque tous néophytes) à Ottawa sur les 75 possibles que compte le Québec, les Québécois ont décidé de donner une nouvelle chance au Canada. Le hic, c'est que le ROC (Rest of Canada) a décidé, lui, de donner une majorité au Parti conservateur. Ainsi, nous perdons tout : notre voix spécifique aux Communes et la possibilité d'obtenir plus pour le Québec par l’intermédiaire d’un parti fédéraliste, certes sympathique, mais menotté. Les cinq prochaines années seront notre traversée du désert.

    https://www.ledevoir.com/opinion/lettres/564309/lettres-le-bloc-et-la-balance-du-pouvoir

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 16 octobre 2019 13 h 23

      Oct. 2006. Plusieurs doutent de la capacité du Bloc québécois à influer sur la politique canadienne. D’autres vont jusqu’à dire qu’il est contre-productif. La loi anti-briseurs de grève qui vient d’être votée à Ottawa en deuxième lecture prouve pourtant le contraire. Après neuf tentatives infructueuses, le Bloc a finalement réussi à faire adopter son projet. Si les conservateurs ou les libéraux avaient été majoritaires, jamais une telle loi n’aurait vu le jour. C’est le contrepoids du Bloc qui l’a permis. La soudaine conversion des libéraux est tout de même surprenante. Ils voient maintenant des avantages à la loi. De belles girouettes, oui.

      Nov. 2006. Voilà plusieurs années que le Bloc québécois essaie de faire reconnaître, à la Chambre des communes, le Québec comme nation, mais en vain. Le 27 novembre, pour ne pas perdre ses appuis au Québec en vue des prochaines élections (j’imagine très bien les dix députés conservateurs du Québec supplier Harper de faire quelque chose) et pour couper l’herbe sous le pied du Bloc, le Parti conservateur y est allé de sa propre motion sur la question. Et, pour ne pas être en reste, les libéraux l’ont appuyée. Pendant que plusieurs soutiennent encore que le Bloc n’a pas sa raison d’être à Ottawa, pour moi, l’affaire est entendue: jamais cette motion, même mitigée, n’aurait vu le jour à Ottawa si le parti souverainiste n’y avait été présent en force. C’est son poids qui a joué dans la balance.

      Oct. 2008. Avec 143 députés élus, le Parti conservateur était à 12 sièges de la majorité. Il saute aux yeux qu’il l’aurait atteinte cette majorité si le Bloc québécois avait fait cadeau de ses 50 députés (les libéraux et les néo-démocrates n’en auraient pas eu la plus belle part). Ceux qui, partout au Canada, craignaient grandement cette majorité conservatrice peuvent dire merci au Bloc. En paraphrasant le thème de sa campagne, il appert que le Bloc est non seulement présent pour le Québec, mais un peu aussi, ma foi, pour le Canada.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 16 octobre 2019 08 h 31

    … vers la LIBÉRATION !?!

    « … qu’avec la CAQ à Québec, le Parti conservateur minoritaire à Ottawa et le Bloc « défenseur des intérêts du Québec », on se retrouverait exactement dans le cul-de-sac tel que décrit par Daniel D. Jacques. Situation pour le moins énigmatique… » (Claude Poulin)

    Possible, mais ce genre de situation, énigmatique ou selon ?!?, pourrait être de courte durée si, en plus de la promotion d’intérêts québécois au Canada (ce pays si loin et si proche de nulle part), le BQ allait, par exemple, déposer un pdl sur ou concernant l’Indépendance tout en invitant le Québec à la déclarer sous forme d’un simple décret !

    De ce « si », qu’ajouter ?

    Cul-de-sac ou …

    … vers la LIBÉRATION !?! - 16 oct 2019 -

  • Cyril Dionne - Abonné 16 octobre 2019 08 h 36

    Le Québec est un rébus enveloppé de mystère au sein d'une énigme pour reprendre les mots de Winston Churchill

    Qu’est-ce que vous essayez de nous dire M. Poulin? Qu’il faudrait voter pour un autre parti fédéraliste et non pas le Bloc québécois? Misère et boule de gomme.

    Dans le piège à con qu’est la CONfédération, le Québec n’a aucun choix que de voter selon ses valeurs et ses aspirations pour maintenir ses droits inaliénables en tant que nation, peuple et pays en devenir. Pardieu, qui d’autres va défendre les intérêts du Québec et le retour sur le 60 milliards qu’on donne au ROC en impôts, taxes et cotisations? Or, voter pour le Québec, c’est voter pour le Bloc québécois. Le Canada est un cul-de-sac fédéraliste, multiculturaliste et anti-laïc. NOUS, on essaie de prendre des routes différentes pour parvenir à notre but.