Le dégagisme, à la manière canadienne

Depuis le printemps arabe de 2011, on entend de plus en plus souvent un mot, un néologisme, le mot « dégagisme ». Depuis une vingtaine ou une trentaine d’années, il y a aussi le mot « populisme » qui est de plus en plus utilisé, dans diverses analyses politiques. Qu’il s’agisse du dégagisme ou du populisme, on découvre un désenchantement, un désabusement de nombreux citoyens, dans divers pays. Le tout est fondé sur une perception, assurément discutable mais pas totalement erronée, selon laquelle les élites (concept très vague) sont déconnectées du peuple et ne saisissent pas très bien d’essentielles aspirations populaires.

Les dirigeants, surtout les dirigeants politiques, seraient illégitimes, même s’ils ont été élus. Le dégagisme, sous des formes variées, s’est manifesté dans divers pays. Lors de la dernière élection présidentielle française, en 2017, Macron a mis fin au quasi sempiternel jeu de passation des pouvoirs entre socialistes et républicains.

Aux États-Unis, Trump a forcé le « dégagement » des démocrates et des républicains, même si, de manière officielle et partiellement apparente, ce sont les républicains qui sont au pouvoir.

En octobre 2018, la CAQ et François Legault ont stoppé le jeu du bipartisme qui prévalait depuis 1970. Lors des actuelles élections canadiennes, il est certain que ce sont les conservateurs ou les libéraux qui vont gagner, durement, les élections. Mais même au Canada, pays vaste et complexe, on sent ce souffle du dégagisme, de la lassitude, du désenchantement. L’intérêt renouvelé pour le NPD et le Bloc québécois va éventuellement entraîner l’élection d’un gouvernement minoritaire. On peut penser que cette tendance dégagiste et populiste est encouragée et amplifiée par les réseaux sociaux. Quoi qu’il en soit, la question fondamentale qui se pose, c’est de savoir si les libéraux et les conservateurs sont capables de saisir le message qui semble vouloir se glisser dans les urnes, lors de ces élections du 21 octobre.

Au Québec, on peut aussi se demander si les péquistes et les libéraux saisissent bien ce qui s’est passé, il y a bientôt 13 mois. Quoi qu’il en soit, le vieux sociologue que je suis pense qu’il faudra, un jour ou l’autre, prendre davantage au sérieux le fameux désenchantement dont parlait le sociologue Max Weber.

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5 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 16 octobre 2019 08 h 46

    Dégager le vieux bois fédéraliste et centralisateur des libéraux, conservateurs, néo-démocrates et verts

    Oui, le Bloc québécois va entraîner l’élection d’un gouvernement minoritaire puisqu’il y aura une vague bleue au Québec le 21 octobre. On parle de proportionnelle au Québec, qui est le bâtard de Voltaire en fait de mode scrutin dans une monarchie constitutionnelle, alors que le système présent, donnera le pouvoir aux Québécois via le Bloc dans un gouvernement minoritaire pour que nos droits soient respectés et protégés. Impossible de faire cela lorsqu’on donne un chèque en blanc à un parti fédéraliste, multiculturaliste et anti-laïc anglophone. Impossible.

  • Nadia Alexan - Abonnée 16 octobre 2019 10 h 34

    Nos gouvernements travaillent essentiellement pour les riches et les mieux nantis au détriment de la majorité de citoyens.

    Oui, vous avez raison. Le désenchantement du peuple est palpable. L'alternance entre les conservateurs et les libéraux n'a rien apporté aux citoyens qui peinent à joindre les deux bouts. On a des gouvernements majoritaires qui préfèrent subventionner les pétrolières et les grandes entreprises à titre de milliard de dollars avec l'argent des contribuables, et après ils ont le culot de nous dire «on n’a pas d'argent pour vos services publics criants».
    Pire encore, ces deux formations politiques ont délaissé à leur guise la cupidité des grandes entreprises qui cachent leurs profits dans les paradis fiscaux, sans payer leur juste part d'impôts, avec impunité. Pendant que les États-Unis ont pénalisé les comptables KPMG qui aident les riches à cacher leurs profits dans les paradis fiscaux avec une amende salée d'un demi-milliard de dollars, notre gouvernement canadien n'a rien fait pour les sanctionner.

    • Françoise Labelle - Abonnée 16 octobre 2019 17 h 50

      Qui se souvient des Paradise Papers et des liens entre Bronfman et les paradis fiscaux et l'aide que Bronfamn a joué dans l'ascension de Trudeau en 2013? On peut difficilement s'attendre à des mesures contre les paradis.

      « Il [Bronfman] a joué un rôle crucial dans la victoire du chef libéral, qui a fait campagne en promettant de favoriser la classe moyenne et d’imposer les plus riches.
      Or, une enquête de CBC/Radio-Canada et du Toronto Star révèle que le nom de Stephen Bronfman et celui de sa société d’investissement Claridge, basée à Montréal, apparaissent à de nombreuses reprises dans les Paradise Papers,»
      «Le secret des grands argentiers libéraux» SRC, 5 novembre 2017

  • Germain Dallaire - Abonné 16 octobre 2019 12 h 14

    Et si le néo-libéralisme...

    Et si le néo-libéralisme avait quelque chose à voir là-dedans. Depuis les ères Tatcher et Reagan, on assiste au triomphe de la mondialisation. La chute de l'URSS a accentué le phénomène. Cette ère est caractérisée par la multiplication des accords de lIbre-échange. Même la gauche a embarqué là-dedans, on ne parlait plus d'internationalisme mais d'altermondialisation. Les partis sont devenus de plus en plus semblables, agenouillés qu'ils sont devant la sacro-sainte liberté de commerce. À cela s'est ajoutée la montée en puissance des Gafam et Natu de ce monde. Ces compagnies n'ont rien à faire des règles étatiques.Elles les bafouent, les contournent et les foulent au pied. Elles ne paient pas leurs taxes ni leurs impôts, décridibilisant ainsi l'autorité des états. Les politiciens, de tous les côtés, baissent les bras. Comme s'étonner que la représentation politique soit en crise? Personnellement je crois que ce qu'on appelle les populismes, tout maladroits qu'ils soient, sont essentiellement une réaction à ce qu'il faut bien appeler, une érosion de la démocratie.

  • Françoise Labelle - Abonnée 16 octobre 2019 18 h 13

    La nouveauté qui rompt l'ennui, «fruit de la morne incuriosité» (Baudelaire)

    J'ai l'impression que, dans une société très conformiste malgré les apparences, le dégagisme reflète la pousuite de la nouveauté de masse. Il faut, selon la tendance, avoir le bon tatou au bon endroit et, il y a pas si longtemps le bon piercing au bon endroit, suivre le bon influenceur.
    Les emplois d'analyste en tendances ne manquent pas.
    Les clients se précipitent dans les temples de la religion Apple, champion du placement de produit, pour acheter à des prix défiant tout entendement le tout dernier téléphone qui fera ce qu'il faisait avant.
    Dans un créneau pointu comme les systèmes linux, que je connais bien, il y a présentement une tendance à rejeter la populaire distribution Ubuntu, non parce qu'elle est désuète mais parce qu'elle est populaire depuis dix ans et donc ringarde.
    À propos de «l'élite», les mêmes personnes qui la rejettent prieront pour que leur chirurgien cardiaque en fasse partie.