Le bilinguisme au Canada demeure une utopie

La main haute et le verbe bas. Que le PLC, y compris Justin Trudeau lui-même, cautionne une traduction affreuse d’une ritournelle de campagne électorale est un fait d’actualité illustrant un vice de forme et de fond inhérent au bilinguisme au Canada : on se croit bilingue, mais on ne l’est pas. On sème à tout vent et on traduit à qui mieux mieux. Et cela amuse ? La bévue du PLC est inexcusable ; je suis entièrement d’accord avec les propos de l’éditorialiste et du chroniqueur du Devoir, Marie-Andrée Chouinard et Michel David.

Justin Trudeau se croit bilingue. Sa syntaxe française est un calque de l’anglais. Il est navrant que ce fils choyé, en immersion dès sa naissance dans deux langues et cultures, ne comprenne pas qu’il a le devoir suprême de s’exprimer correctement en tout temps. Sa désinvolture est à la fois impardonnable et courante au Canada.

En 1969, le gouvernement de Trudeau père promulgue la Loi sur les langues officielles (LLO). En 1982, la Charte canadienne des droits et libertés confère une valeur constitutionnelle à la LLO qui, en 1988, est modifiée afin d’entériner l’obligation de favoriser l’épanouissement des minorités francophones et anglophones au Canada. En mai 2018, le gouvernement de Trudeau fils s’engage (un verbe dont il abuse) à mettre à jour la LLO. Doivent lui soumettre des recommandations le Comité sénatorial des langues officielles et le Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes. En octobre 2018, le rapport provisoire du Comité sénatorial souligne que les communautés minoritaires exigent une refonte de la LLO. En 2019, le bilinguisme en tant que valeur fondamentale propre au Canada demeure une utopie.

Le bonjour / hi, en guise de salutation, exaspère ou laisse indifférent. Il est affreux de lire et d’entendre si souvent du franglais. Je n’ai pas choisi d’être bilingue de naissance. J’ai dû apprendre deux langues et m’intéresser à deux cultures, un héritage, un droit et un devoir. Il m’a toujours fallu comparer et, en corollaire, ne pas confondre, ce qui caractérisait et distinguait une langue par rapport à l’autre. C’est à un exercice quasi quotidien, exigeant, que je me livre depuis mon enfance, en continuant à commettre des erreurs que je dois déceler et corriger.

Qu’on soit unilingue, bilingue, polyglotte, de souche ou nouvel arrivant, il ne faut jamais prendre à la légère la langue dans laquelle on s’exprime. Le français que parlent nos élus, journalistes, analystes politiques, artistes n’est certes pas toujours un modèle à suivre, encore moins le bilinguisme approximatif que parlent actuellement, en campagne électorale fédérale, la plupart des chefs de parti. Il y a fort à parier que, sur le plan linguistique, les débats des chefs seront cacophonie à nos oreilles.

Cinquante ans après l’entrée en vigueur de la LLO, le bilinguisme s’apparente trop souvent à du franglais, sans plus. Le respect que l’on doit aux locuteurs francophones reste bafoué.

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11 commentaires
  • Jean Lacoursière - Abonné 18 septembre 2019 06 h 55

    Oui, ça fait mal aux oreilles.

    Un jour, pour vérifier que je ne rêve pas au sujet de l'ampleur du phénomène, je vais écouter la radio de R.-C. toute la journée et noter tous les mots en anglais utilisés inutilement. D'autant plus inutilement que l'animateur nous le traduit parfois immédiatement en français.

    Exemple : l'autre fin de semaine, René Homier-Roy nous a dit qu'un artiste avait appris quelque-chose « the hard way ». Mais qu'est-ce qui cloche avec « à la dure » ?

    Toutes ces petites paresses de la part de gens jouissant d'un micros percolent vers la population, au point d'en devenir nous-mêmes habités malgré nous.

    • Cyril Dionne - Abonné 18 septembre 2019 09 h 37

      Le français n'existe pas hors Québec. C'est un mythe. Ils en sont présentement à la louisination du Québec avec leur "Bonjour Hi". Tenez bon M. Legault.

      Cyril Dionne
      Francophone hors Québec et le dernier des Mohicans

    • Bernard Terreault - Abonné 18 septembre 2019 09 h 38

      Utiliser une expression populaire anglaise c'est tellement plus 'cool', ça donne une crédibilité instantanée à ce qu'on énonce. À une autre époque, on se donnait un vernis intello en émaillant son discours d'argot parisien. 'Vachement' a remplacé 'mauditement', 'putain' a remplacé 'calice' !

    • Jean Richard - Abonné 18 septembre 2019 11 h 27

      La perversité de la SRC va beaucoup plus loin que l'emploi abusif de mots en anglais là où existent des mots en français adéquats. La radio publique fédérale se livre à rien de moins qu'un infériorisation du français. Le français vu de la radio fédérale, c'est une langue boiteuse qui a besoin de béquilles, une langue sénile qui ne peut pas créer de nouveaux mots, une langue asservie qu'on doit débarrasser de son utilité pour qu'un jour pas très lointain, on cesse enfin de l'entendre.

      Des béquilles ? La langue français est-elle à ce point incapable d'exprimer la réalité contemporaine qu'il faille à chaque phrase ajouter entre parenthèses l'équivalent en anglais (mais jamais en espagnol, en portugais, en mandarin ou en inuttitut) ? Cette manie (habit en anglais) des petites parenthèses (brackets en anglais) est irritante (annoying en anglais) et même un peu méprisante. Elle participe involontairement ou hypocritement à l'infériorisation du français.

      Une langue stérile ? Les emprunts à une autre langue sont inévitables et parfois pertinents. Mais s'ils deviennent excessifs et se limitent à une seule langue, ils deviennent symptomatiques d'une certaine dégénérescence. Une langue doit être capable de créer de nouveaux mots à partir de racines existantes. Or, j'ai déjà entendu des animateurs de la radio fédérale ridiculiser ceux qui proposaient des mots nouveaux en français (néologismes que les médias auraient pourtant pu faire vivre au lieu de les décapiter).

      Une langue inutile ? Plutôt que de laisser les lecteurs de nouvelles jouer leur rôle, on fait de la nouvelle une sorte de « télé-réalité » en y greffant des bouts de discours. Donald Trump a déclaré telle ou telle chose : on va alors nous faire entendre de longs extraits de son discours, sans rien y ajouter. Mais s'il s'agissait du président du Mexique, on couperait au troisième mot. A-t-on peur que le Canada s'hispanise ? Peut-être. Mais qu'il s'anglicise, on n'y voit aucune objection, bien au contraire.

    • Serge Lamarche - Abonné 18 septembre 2019 14 h 01

      J'habite la Colombie-Britannique depuis 1994 et le français existe bien ici. Il est vivant et grandit. Et il veut grandir encore. Ce sont les anti-français qui mettent des bâtons dans les roues tout le temps qui retardent les choses.

    • Jean Lacoursière - Abonné 18 septembre 2019 14 h 54

      Monsieur Richard,

      Je seconde l'entièreté de votre propos.

      Voici une autre manifestation de la place grandissante de l'anglais chez R.-C.: hier, à l'émission « littéraire » (!) Plus on est de fous, plus on lit, on nous a fait entendre un long extrait d'une télésérie en anglais, sans traduction subséquente. Cette façon de faire y est de plus en plus courante, au mépris des auditeurs qui ne comprennent pas bien l'anglais.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 18 septembre 2019 08 h 18

    Justin Trudeau, Andrew Scherr, Jagmeet Singh et Elisabey May, écoutez parler le Français par le chef du Bloc québécois!

    Le baragouinage dans la langue de Molière des chefs de partis du ROC (Reste du Canada, hormis Québec bien sûr) rassure peu les citoyens du Québec qui voient là un manque de respect, de culture et surtout d'envoyer des messages dont le sens n'est pas souvent clair! Cette stratégie conduit à des interprétations si opposées que des journalistes (en particulier ceux et celles de Radio-Canada dont la construction de leur maison est en hausse constante!) prennent alors le relais pour rajuster souvent les paroles de Justin Trudeau dont le vocabulaire se résume en quelques mots « nous travaillons très fort »! Rien à se mettre sous la dent avec un tel discours d'un PM du Canada! Lui accoler le titre de bilingue a de quoi irriter bien des francophones du Québec qui doivent se plier au joug britannique pour travailler à Montréal par exemple! Les autres chefs de partis ne font pas mieux et, sans aucune préparation à une question subite en français, c'est le cafouillage complet! Certains en rigolent en parlant, d'autres se précipent ailleurs pour éviter d'y répondre.
    Comment peut-on penser que tous ces chefs veulent améliorer la langue et la culture françaises, c'est-à-dire respecter les lois votées au Québec pour les protéger? Heureusement, le Bloc québécois, tel un bataillon devant la grosse charge anglophone, avec Y-F Blanchet en tête, seront là, pour représenter en particulier les franco-Québécois, et ainsi faire évoluer le Québec en quête de nouveaux droits menant à plus d'indépendance!
    VLQF!

  • Bernard LEIFFET - Abonné 18 septembre 2019 10 h 26

    Dans le titre et dans le texte du commentaire précédent..

    Ajouter dans le titre : Justin Trudeau....Elisabeth May, VOUS DEVRIEZ ÉCOUTER parler..
    Remplacer pour les protéger pas POUR NOUS PROTÉGER.
    Merci de votre compréhension d'un vieux combattant pour la langue!

  • Grant Hamilton - Abonné 18 septembre 2019 14 h 14

    Une perversité de la SRC?

    Je dirais plutôt que l'infériorisation du français est un phénomène de la société québécoise toute entière. Anglophone de Québec et de Charlevoix, dont le nom et le prénom sont on ne peut plus anglais, je parle courramment le français et l'utilise partout au Québec, et ce, presque sans accent, mais je ne compte plus le nombre de Québécois qui m'adresse la parole en anglais inutilement et contre ma volonté. Moi, je demande au gouvernement de mener une vaste campagne de valorisation du français auprès du public francophone, qu'on soit enfin fiers de toute la richesse de cette langue et de tout son apport à la société québécoise.

    • Bernard LEIFFET - Abonné 18 septembre 2019 17 h 14

      Bravo M. Hamilton de parler le Français! Il y a effectivement un manque flagrant de la valorisation de celui-ci. Cependant, le parler c'est une chose, l'écrire en est toute une autre. Sans entrer dans les détails en ce qui concerne la SRC, ce n'est pas temps les erreurs de langage de plusieurs animateurs et journalistes que je critique, c'est tout simplement, pour quiconque détient un bac en communication par exemple, le manque flagrant d'objectivité à l'égard de tous les partis politiques, sauf celui de Justin Trudeau. C'est pervers! Mêmes les messages faciaux et du coprs de l'animatrice que l'on voit sans cesse à 18h00 (émission 24/60) peuvent être facilement analysés et c'est le sourire pour les libéraux et leurs amis, la moue ou les yeux au ciel pour les autres! La plupart des auditeurs en font peu de commentaire(s),peut-être par ignorance du phénomène, ou alors, car ils regardent ailleurs...C'est triste de voir ce proséltisme obligé car ils sont des employés du gouvernement fédéral! Dans ce contexte, doit-on tout simplement se la fermer et applaudir cette démocratie de pays de bananes!

  • Pierre Bernier - Abonné 18 septembre 2019 17 h 56

    Pourquoi ?

    Le "bilinguisme" officiel au Ca: le baragouinage du français ?