La confiance…

Le ministre délégué à la transformation numérique ne veut pas d’une société d’État pour gérer les données personnelles des citoyens, et il est prêt à les confier au privé. Il est tellement sûr de sa décision qu’il va garder 20 % des données les plus critiques sous le contrôle de l’État québécois. Ce faisant, il démontre le peu de confiance qu’il accorde au privé. Mais il y va quand même. Tout comme lui, je n’ai aucune confiance au privé pour être le gardien de mes données perso… Il paraît que ça va coûter moins cher (l’expérience a maintes fois prouvé que non)… mais à quel prix ?

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9 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 22 août 2019 01 h 38

    Des économies de bouts de chandelle

    Le ministre Caire semble soucieux de protéger les données confidentielles de l’État, mais est totalement inconscient de l’importance de protéger les données _stratégiques_ de l’État.

    Tout ce qui est essentiel le bon fonctionnement d’une entreprise — même les données qui ne sont pas confidentielles — sont stratégiques. Sans elles, l’entreprise est paralysée. Or à peu près toutes les bases de données sont stratégiques.

    Si le gouvernement québécois devait tenir tête à Trump, un simple décret présidentiel lui suffira pour saisir les serveurs qui hébergent les données de l’Etat québécois et de paralyser son fonctionnement.

    De plus, il pourrait vouloir une copie des déclarations de revenus de nos plus grandes entreprises afin de leur trouver des puces qui justifieraient l’imposition de mesures protectionnistes.

    Non seulement les succursales canadiennes de compagnies américaines devront obéir, mais selon la loi invoquée, il se pourrait qu’il leur soit interdit d’en aviser le gouvernement québécois.

    Je suggère à tous ceux qui sont préoccupés par la souveraineté de l’Etat d’écouter les interviews que Montebourg et Pierucci donnaient à la chaîne Thinkerview sur Youtube :
    https://m.youtube.com/results?search_query=Thinkerview

  • Nadia Alexan - Abonnée 22 août 2019 03 h 57

    Le mythe que le privé est plus efficace que le public.

    Vous avez amplement raison, monsieur Sokolski. Le gouvernement a tort de confier nos données personnelles au privée. L'expérience nous a démontré que le privé nous coûte plus cher et il est moins efficace. L'on a constaté les conséquences dévastatrices de la privatisation de l'eau, de la santé, de l'électricité ou de nos services électroniques sur la qualité et le prix. Nous payons, au Québec, les moindres coûts pour notre électricité grâce à René Lévesque qui a eu le bon sens et le courage de la nationaliser.
    La privatisation de nos services publics est basée sur le mythe que le privé est plus efficace et moins cher que le public. C'est juste la cupidité de l'oligarchie de vouloir tout accaparé et d'entretenir ce mythe pour mieux nous escroquer.

    • Jean-François Trottier - Abonné 22 août 2019 08 h 57

      Oui et non, Mme Alexan. Soyons plus précis.

      En général les organisations les moins efficaces sont les plus grosses, gouvernementales ou privées. Pas toutes mais la plupart.

      C,est une question entre autres de "red tape". C,est ce fonctionnaire, ou ce directeur de service, qui répond "pas mon problème", et qui reporte un document au département suivant, où le même scénario va suivre. C'est la manie des meetings parce que personne n'a le titre de décideur définitif, et que personne n'a de vue d'ensemble. Décider d installer des séchoirs à mains aux toilettes dans une grande entreprise peut prendre lus de trois mois, le temps que tous les responsables soient à la même table, que le budget soit défini, que le directeur idoine soit avisé, qu'il réfère aux acheteurs, qu'on revienne en meeting après étude pour choisir quels types de toilette en seront équipés... Vous voyez le modèle.
      Les gouvernements finissent tous par souffrir de ce mal mais certaines compagnies sont bien pires que les gouvernements, dont surtout celles qui sont assez grosses pour faire plier n'importe quel État. Quelles que soient leurs gaffes, elles trouvent toujours un État-pigeon pour payer.

      Mais même une très grosse compagnie sera dans ce cas "plus efficace" que l'État... pour utiliser les méga-données, sans toucher aux données personnelles pour le "bien de l'économie et de la patrie". Ouan...

      La grande qualité économique de l'État est sa lourdeur. La sécurité d'emploi, le soin apporté à agir pour n'avoir rien à se reprocher, le capital immobilisé, sont autant d'assurances pour... ralentir l'économie, et donc la stabiliser. La meilleure garantie contre les crises économiques, c'est le red tape gouvernemental.
      Rien n'est pire qu'une crise, révolution ou autre chamboulement pour les plus démunis, et en fin de compte pour tout le "99%".

      Un manque de vision macro-économique flagrant.

  • Françoise Labelle - Abonnée 22 août 2019 07 h 23

    Recette pour un désastre: centralisation et privatisation

    Données privées, gestion pivée, il y a confusion. Toujours le mantra idéologique de l'efficacité du privé. Le précédent gouvernement néo-libéral abolissait des postes dans la fonction publique pour donner les contrats au «privé» à prix fort. Le privé, c'est Nortel, Enron, Madoff, les institutions financières de 2008, Equifax, Capital One, etc. qui ne sont pas plus à l'abri de la trahison d'un employé ou pire, d'un piratage extérieur. Le privé fonctionnant au profit, la tentation d'exploiter ces données sera forte. En cas de faillite, qui gérera les données?

    Tout aussi préoccupant: «Le gouvernement du Québec a fait part de son intention de réduire de 457 à 2 le nombre de centres de traitement informatique dans lesquels sont entreposées les informations sur les Québécois d'ici 3 ans. » Src. 9 février 2019.
    C'est mettre ses œufs dans le même panier. La centralisation des données va à l'inverse de ce qu'il faudrait faire. Rappelons que l'Internet a été créé dans les années 60 sur le principe de la décentralisation de l'information en cas d'attaque nucléaire. Les fuites de données personnelles sont des attaques nucléaires informatiques.

  • Raynald Goudreau - Abonné 22 août 2019 08 h 52

    Encore le prive ...

    Tout a fait d'accord avec le commentaire .

  • Simon Grenier - Abonné 22 août 2019 09 h 06

    C'est dans ces considérations majeures que les conséquences de l'élection d'un gouvernement de la CAQ commencent à se faire sentir... Le premier ministre a été relativement modéré jusqu'ici mais l'horreur et les hauts-le-coeur bien tangibles que l'implication des grosses pattes sales et improductives de l'État provoque chez les membres (et a fortiori, les élus) de ce parti l'emporte sur tout autre aspect, que celui-ci soit crucial ou pas.

    Répétez après moi: moins d'impôt, moins d'impôt, plus d'argent dans les poches de [certains] contribuables [ciblés avec précision], moins d'impôt, le reste n'est rien, moins d'impôt... Comme l'appréhende M. Sokolski, je crois qu'il n'en sera rien. On se dirige plutôt vers un nouvel Anticosti, avec rétractation éventuelle de l'État, pénalités importantes et diarrhée médiatique. Cela dit, le ministre concerné ayant démontré qu'il ne sait pas distinguer un conflit d'intérêt évident et le fait de se gratter les fesses, une telle aberration n'est pas une surprise. J'aurais souhaité que M. Legault corrige encore une fois le tir manqué de son ministre. Dommage.

    On ne sous-traite pas les services de la Banque du Canada à des entreprises privées qui conserveraient les lingots d'or et les devises dans des coffres-forts et des serveurs disséminés partout dans le monde. On n'a aucune raison de le faire avec les données personnelles non plus.