Que vont devenir nos maternelles?

À l’heure où « les maternelles 4 ans » vont se multiplier et où le nouveau programme pour le cycle des maternelles 4 et 5 ans est en élaboration, je m’interroge sur le processus de création de celui-ci. Qui a droit de regard sur les contenus ? Quels sont les critères de sélection pour désigner les personnes qui siègent aux comités de rédaction ou d’agrément de celui-ci ? Qui est consulté ? Quel poids donne-t-on aux avis des uns ou des autres, et pourquoi ? Qu’est-ce qu’on considère : leur statut, leurs relations, leur expertise en petite enfance ? Quelles précautions prend-on pour s’assurer que des programmes personnels ou de groupe ne biaisent pas les décisions prises ? Est-il normal, prudent ou souhaitable que des concepteurs ou promoteurs de méthodes, de matériel didactique, de formations ou d’outils de dépistages puissent siéger à ces comités ? Ne peut-on craindre que leurs intérêts directs ou indirects n’influencent indûment les objectifs, attentes et formulations du programme et donc les pratiques que le libellé impliquera ? Oui, je m’inquiète de dérives possibles.

Le ministre de l’Éducation a affirmé qu’il ne cédera aux pressions d’aucun lobby, d’aucun groupe. Se laissera-t-il dicter ce qui se passera en éducation préscolaire par celui, bien en vue, de l’enseignement systématique, formel, explicite, précoce, alors que des méta-analyses confirment la supériorité des pratiques pédagogiques axées sur l’apprentissage par découverte assistée pour favoriser la réussite éducative des jeunes enfants de 12 ans et moins ? Cédera-t-il au chant des sirènes alors que d’autres méta-analyses démontrent qu’il n’y a pas d’avantage à apprendre à lire, de façon formelle, plus tôt et que des recherches soulignent que trop d’activités dirigées nuisent, entre autres, au développement des capacités indispensables pour réussir que sont les fonctions exécutives ? Si on veut ce qu’il y a de mieux pour les enfants, on devrait plutôt regarder du côté des écoles préscolaires italiennes de la ville de Reggio Emilia, connues à travers le monde. C’est ce genre d’environnement et de stratégies pédagogiques que méritent nos petits et ce vers quoi nous pourrions tendre.

Parents, grands-parents, éducatrices, enseignantes, experts de l’éducation préscolaire, unissons-nous pour contrer le discours dominant afin que nos enfants en CPE et en maternelle ne soient pas assujettis à des pratiques qui ne respectent pas leurs façons d’être et d’apprendre. Sinon, la maternelle que vous avez connue, aimée sans doute, et où le vrai jeu et l’exploration avaient leur place, n’existera bientôt plus.

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