L’ignorance qui tue le patrimoine local

Il y a quelques jours, le muséologue Michel Côté avançait l’idée d’un chantier national couvrant l’ensemble du territoire et des thématiques patrimoniales. L’idée n’est pas qu’excellente. Elle est nécessaire.

Les cas récents et troublants des maisons Boileau et Rodolphe-Audet, du moulin du Petit-Sault à L’Isle-Verte et de tant d’autres illustrent à quel point la politique du gouvernement établie dans les années 1980 a raté sa cible. À l’époque, le Québec a adopté une loi qui déléguait la responsabilité du patrimoine local aux municipalités. Cela tombait sous le sens dans la mesure où les municipalités sont les premières concernées par les trésors historiques situés sur leur territoire. Le hic, majeur à mon avis, c’est qu’il faut connaître ce patrimoine pour y être sensible. Comment voulez-vous qu’une municipalité de 3000 habitants dispose d’un personnel suffisamment au fait de l’histoire et de l’architecture pour veiller au grain, distinguer le vrai du faux, déterminer ce qui doit rester pérenne ?

Pour pallier cette absence criante d’expertise, Claude Dubé, de l’Université Laval, et moi avons proposé au ministère de la Culture de financer un programme permettant aux MRC et aux municipalités d’embaucher des agents culturels. Pendant plusieurs années, Villes et villages d’art et de patrimoine a formé des cohortes de jeunes dont l’expertise a été mise au service des petites localités. Un projet novateur et performant… que le gouvernement a aboli.

Il faut des siècles avant de pouvoir se targuer de détenir une pépite d’histoire et quelques heures seulement pour la voir disparaître à jamais. Cette lapalissade nous ramène à l’obligation d’agir maintenant et rapidement. Il est donc urgent de convoquer des états généraux sur le patrimoine. Urgent de permettre aux experts qui essaiment le Québec et qui ont actuellement l’impression de prêcher dans le désert de travailler de concert. Urgent de procéder à un vaste chantier d’inventaire, de renouveler nos approches et de procéder à un grand ménage des programmes gouvernementaux en matière de réfection. Urgent de s’arrimer aux écoles d’urbanisme, d’aménagement du paysage et d’agriculture pour trouver ensemble les solutions. Imaginez le souffle que redonneraient au Québec nos centaines d’étudiants en architecture, en histoire, en ethnologie et en archéologie, si nous pouvions les lancer sur le terrain !

Pour l’avoir constaté récemment, lors de ma participation au comité Porter sur les églises patrimoniales de Québec, la relève tarde à se manifester. Quelquefois, je relis le magnifique livre vert sur le patrimoine rédigé par Jean-Paul L’Allier. On le dirait écrit en 2018. Il date de 1975 !

3 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 4 décembre 2018 06 h 20

    Les entreprises!

    Pour le gouvernement Legault, culture, connais pas! Tout est axé sur les entreprises, le pognon. Même l'éducation est conçue pour le développement des entreprises. Alors un chantier sur le patrimoine local, on pourra attendre longtemps! Mais rien n'empêche de rêver!

    M.L.

  • Pierre Vagneux - Abonné 4 décembre 2018 07 h 08

    Le patrimoine est une ressource non renouvelable

    Je fais écho à MM Lahoud et Côté . il faut un traitement de choc, des moyens légitimes pour cette mission aussi importante que la protection de notre langue. Il faut valoriser notre rapport au patrimoine et à l'histoire, c'est essentiel c,est cela qui est fondateur de notre Nation.

    J'ajouterais que si parfois il y a méconnaissance des valeurs du patrimoine, mais il y a des cas où il a aussi indifférence des fiduciaires de notre patrimoine qui sont sciemment au courant du fait patrimonial.. Ils n'assument pas leur responsabilité de protection, réhabilitation et mise en valeur du patrimoine collectif dont ils sont les protecteurs de facto. Je vous invite à constater ce que arrive actuellement au site patrimonial déclaré de Sillery ( Arrondissement historique dans l'ancienne nomenclature) trois après des audiences publiques monstres sous les auspices du Conseil du patrimoine du Québec pour produire le premier plan de conservation d'un site patrimonial seolon la nouvelle Loi sur le patrimoine culturel. Le parc des Grands domaines proposé par les citoyens n'a pas vu le jour remplacé par des tours à condos. Le caractère paysager et l'esprit du lieu sont compromis à jamais. Le ministère a autorisé des insertions immobilières et surtout a autorisé la Ville de Québec à enchasser un PPU englobant totalement le site patrimonial de Sillery sans volet patrimonial.

  • Suzanne Girard - Abonnée 4 décembre 2018 09 h 07

    Expertise sous financée et législation en fromage gruyère

    Déjà, pour ma part, je considère comme une petite victoire toutes les interventions et les idées émises ces dernières semaines en matière de sauvegarde de notre patrimoine. Un éveil salutaire. Plusieurs s'y sont investis depuis longtemps mais là c'est au grand public qu'ils s'adressent. Mais, d'où vient donc le fait qu'on assiste à ces tristes constats de laisser-aller en matière de patrimoine bâti, de sauvegarde des archives privées et de la protection du patrimoine immatériel si ce n'est par manque de budget. L'expertise, elle existe au sein du Ministère de la Culture. L'expertise est là aussi à Bibliothèque et Archives nationales du Québec. L'expertise est là également au sein des services d'archives privées agréés ayant pignon sur rue dans toutes les régions du Québec. Ce sont les moyens financiers qui ne suivent pas. La ministre a promis de revoir la législation qui s'est peu à peu remplie de petits trous et qui manque de mordant. C'est à nous tous de veiller à ce que ces améliorations soient réalisées rapidement.