Ne perdons par le sens des stages

Un stage est un lieu où les apprentissages réalisés dans son programme d’étude viennent se frotter à l’expérimentation, viennent se confronter avec le monde concret. Les stages sont essentiels pour les trois parties impliquées : stagiaire, maison d’enseignement, monde du travail. […]

Et en même temps, le stage terminal place le stagiaire dans des conditions périlleuses sur plusieurs plans : une réalité économique précaire car les horaires de stage obligent souvent à délaisser l’emploi à temps partiel qui maintenait l’équilibre ; de grandes pressions pour réussir son stage sur le plan universitaire et quelques autres cours ; de plus c’est l’heure du deuil de son univers scolaire avec la sécurité qu’il présentait. Le stagiaire vit aussi de grandes pressions pour faire sa place dans ce milieu de travail, être accepté, démontrer son adaptabilité, se qualifier pour un emploi.

C’est un cri du coeur de la part des stagiaires, il faut l’entendre. De plus, ils dévoilent une situation d’iniquité entre les domaines de stage. Certains sont payés, d’autres pas. Leur colère s’explique.

Un stage unit trois parties : un stagiaire, une maison d’enseignement, un milieu de travail. Les étudiants ont parlé. Qu’en disent les autres ? Qui viendra les aider pour trouver des solutions financières ? Et des solutions qui valorisent la qualité des stages ?

Ayant supervisé des stages durant de nombreuses années, j’appuie ce cri des stagiaires. Mais la solution ne se trouvera pas avec un discours qui vide le stage de son sens. Un stage n’est pas un travail non rémunéré, ce n’est pas du bénévolat. Si c’est le cas, c’est qu’il y a des établissements d’enseignement qui ne font pas leur travail et que les stagiaires en paient le prix en réalisant des stages de piètre qualité.

Le monde du travail est en crise, les valeurs liées à l’apprentissage sont en baisse dans une société matérialiste… il faut donc travailler plus fort pour que le glissement décrit par les étudiants en colère ne soit pas réalité et que les stages ne deviennent pas du cheap labor ou un simple travail un peu rémunéré. Un stage n’est pas un travail. C’est un moment d’apprentissage dans un lieu de travail.

Il faut entendre les étudiants qui ont besoin de meilleures conditions de réalisation de stage. Ce cri vaut pour leurs conditions économiques, mais ça vaut aussi pour les établissements scolaires et les milieux de travail, qui doivent créer des contextes d’apprentissage et non de production.

Ensemble pour le respect des stagiaires, pour une qualité d’enseignement, pour un monde du travail meilleur.

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1 commentaire
  • Cyril Dionne - Abonné 23 novembre 2018 10 h 22

    Le stage est un lieu d’apprentissage qui communie avec la réalité, ce qu’on ne peut pas entrevoir et réaliser à l’école

    100% d’accord avec Mme Guay. Le stage est un lieu d’apprentissage qui communie avec la réalité, ce qu’on ne peut pas entrevoir et réaliser à l’école. Je suis enseignant et lorsque que j’ai fréquenté l’école des sciences de l’éducation, là où j’ai appris le plus, c’était dans mes stages non rémunérés. C’était là où j’ai découvert la réalité de l’enseignement. J’ai ensuite supervisé plusieurs stagiaires dans la salle de classe.

    Lorsque nous sommes stagiaires, nous ne sommes pas encore qualifiés ou diplômés. Nous sommes en période d’évaluation et d’observation même si nous participons directement à la tâche puisqu’il y a toujours quelqu’un pour superviser. Durant mes stages, je n’avais pas mon brevet d’enseignement.

    Oui, c’est difficile financièrement de rejoindre les deux bouts. Mais c’est un choix que nous faisons en toute connaissance de cause. Et c’est nous qui bénéficieront le plus intellectuellement et financièrement lorsque nos stages seront terminés, pas la société.

    Il faudra comprendre un jour que la société ne nous doit absolument rien et que les droits fondamentaux engendrent aussi des responsabilités particulières. Il faudra comprendre un jour que nous payons moins de 10% de notre éducation et formation et le reste est assumé par la société. En Ontario, je payais presque 30% de mon éducation et je me considérais choyé que l’autre 70% soit assumé par les autres. Il faudra comprendre un jour que nos études sont souvent payés par des gens, pour quelques en soient les raisons, ne sont pas parvenus à faire des études postsecondaires.

    Il faudra comprendre un jour que ce n’est pas ce que la société fait pour nous, mais ce que nous faisons pour la société. Mais c’est un concept qui semble difficile à comprendre pour les générations d’enfants rois hyper-individualistes qui peuplent aujourd’hui la société des adultes et dont les diatribes sont encouragées par des partis populistes d’extrême gauche. Misère.