La fraude climatique

Macron et Hulot entendaient parler des vraies affaires concernant le climat, convoquant oligarques et ploutocrates de tout crin. Aussi, pour bien se faire comprendre, ont-ils coiffé leur événement d’un titre tout approprié pour la capitale française, le « One Planet Summit ».

Toute cette racaille issue des milieux financiers parle la langue de l’argent des « too big to fail », mais ils feraient mieux de lire le livre d’un Américain de naissance, qui lui a écrit en français un ouvrage qui restera une véritable réponse à leur charabia, Trop tard la fin d’un monde et le début d’un nouveau, de Harvey Mead (Éditions Écosociété). C’est aussi le livre que je vous invite à offrir à tous ceux et celles qui cherchent à comprendre vers où nous mènent ces capitalistes qui ne carburent qu’au « business as usual ».

Car il ne faut pas être dupe de leurs manoeuvres visant à nous dorer la pilule. Le système économique sur lequel ils surfent nécessite une croissance soutenue qu’ils ne mesurent qu’en dividendes sonnants. Mais cette croissance exponentielle réclamerait cinq planètes pour étendre le mode de vie des seuls Canadiens. Or, sur une planète limitée, on ne peut exiger un monde sans limites. D’ici peu, les limites nous rattraperont, comme le prévoyait il y a de ça plus de 45 ans The Limits to Growth. Mais ces banquiers incapables d’envisager un danger dont ils ne voient pas l’imminence ont poursuivi leur danse financière, se moquant des scientifiques.

Il est désormais trop tard pour que leur monde fondé sur « faire de l’argent avec de l’argent » survive, car, comme le disait naguère un chef cri plus sage qu’eux : « Quand vous aurez coupé le dernier arbre, pêché le dernier poisson et empoisonné la dernière rivière, alors seulement vous rendrez-vous compte que l’argent ne se mange pas. »

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12 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 22 décembre 2017 01 h 59

    L'hypocrisie de notre Premier ministre est proverbiale!

    Bravo! Très bien dit, monsieur Pierre-Alain Cotnoir. Contrairement à de nombreux militants étrangers qui perçoivent Justin Trudeau comme un grand champion de la lutte contre les changements climatiques, l'écologiste américain, Bill McKibben, juge très sévèrement le Premier ministre canadien. «Après l'Accord de Paris, Trudeau n'a pas posé de geste pour contenir l'industrie des énergies fossiles au Canada. Il n'a pas le courage de faire face aux pétrolières de l'Alberta» s'attriste l'écologiste.
    Trudeau a dit: « Aucun pays qui possède dans son sol 173 milliards de barils de pétrole ne les laisserait là sans y toucher ». Selon Bill McKibben, le Canada doit laisser le charbon et les sables bitumineux dans le sol. «C'est inacceptable que Justin Trudeau appuie la construction du pipeline Keystone XL aux États-Unis, alors que la majorité des experts du climat nous disent qu'il faut faire exactement le contraire! C'est choquant et c'est triste,» conclut Bill McKibben. Les affairistes n'ont pas compris encore que «l’argent ne se mange pas! »

    • Jean Richard - Abonné 22 décembre 2017 10 h 44

      Ne pas se laisser aveugler par le pétrole

      Notre dépendance aux combustibles fossile est si grande que l'industrie a encore de beaux jours devant elle. Elle peut donc se laisser diaboliser sans craindre pour le futur car cette diabolisation, elle va se retourner en sa faveur. Et comment le nouveau Satan va-t-il faire pour y arriver ?

      La réponse est simple : pour continuer à bien asseoir la forte dépendance aux combustibles fossiles, il suffit d'y ajouter une autre dépendance, celle d'un mode de vie énergivore, dont la plus digne représentante est la voiture individuelle. Ainsi, de grands moyens sont mis en œuvre pour maintenir ou augmenter notre dépendance à la voiture, grande consommatrice d'énergie fossile. Et ici, on ferre bien le poisson en lui faisant croire que la voiture électrique va diminuer notre dépendance aux énergies fossiles et nos émissions de gaz à effet de serre. Ceux qui ont fait tous les calculs en sont arrivés à des résultats contraires : à l'échelle planétaire, la voiture électrique rechargeable ne diminue pas la consommation d'énergie fossile (à court terme, elle l'augmente) et surtout, elle augmente son empreinte écologique.

      L'industrie automobile n'échappe pas au processus de l'obsolescence planifiée. Après celle des lampes à incandescence, il y aura celle des voitures à pétrole. Nos gouvernements crachent des G$ de fonds publiques pour aider l'industrie automobile à organiser le plus grand exercice d'obsolescence de l'histoire, celle non pas de LA voiture mais DES voitures. On n'est pas loin d'un projet de loi à enrobage écolo pour pousser les gens à acheter des millions de nouvelles voitures et ce faisant, créer une forte demande sur la consommation de... pétrole.

      Alors, attention. D'avoir tiré bien des boulets sur McDo n'a pas réduit la consommation de malbouffe en Occident. Le Père Noël boit plus que jamais du Coca Cola. Tirer sur les pétrolières en ignorant le reste pourrait avoir le même effet.

  • Bernard Terreault - Abonné 22 décembre 2017 09 h 17

    Les sonneurs d'alarme

    Le pire, c'est que M. Cotnoir avec les Mead et Piketty pourrait avoir raison. Moi-même scientifique, je sais bien que la science et les techonologies nous ont plusieurs fois fait de belles surprises absolument inattattendues, et sans lesquelles notre Terre ne pourrait pas nourrir plus que les deux cent millions d'habitants environ qu'elle a hébergés pendant environ deux millénaires, avant la révolution industrielle, le charbon, le pétrole et le gaz, les engrais chimiques, l'énergie nucléaire, la machinerie motorisée, la réfrigération, etc. Mais, arrivera-t-elle à temps cette nouvelle révolution technologique qui nous permettra de capter, disons, 100% de l'énergie solaire, d'ensemencer la mer d'algues nutritives comme comme nous ensemençons un champ de patate, d'aller chercher les réserves de métaux qui gisent à 1000 km de profondeur ou sur Mars?

    • Cyril Dionne - Abonné 22 décembre 2017 16 h 54

      Cher monsieur Terreault,

      Par le temps qu'on arrive à cette « nouvelle révolution technologique qui nous permettra de capter, disons, 100% de l'énergie solaire, d'ensemencer la mer d'algues nutritives et d'aller chercher les réserves de métaux qui gisent à 1000 km de profondeur ou sur Mars», nous ne serons plus là. Les changements climatiques ne sont pas qu’une légende urbaine, mais bien la réalité. Ces changements se feront de façon exponentielle. Isaac Newton avait prédit la fin du monde en 2060.

      Ce n’est pas un pessimisme stérile que de faire face à la réalité. Est-ce qu’il y aura un changement de perception pour arriver à un changement en douce? Je l’espère en tout cas. Seul l’avenir nous le dira. Mais il sera très difficile pour l’homme de changer le paradigme de la croissance éternelle puisque celui-ci repose au plus profond de son ADN.

  • Jean Richard - Abonné 22 décembre 2017 10 h 15

    La fraude politique

    « Il est désormais trop tard pour que leur monde fondé sur « faire de l’argent avec de l’argent » survive, »

    On dirait au contraire que cette astuce économique a le vent dans les voiles. Le plus bel exemple : Tesla. Comment vendre de luxueux et polluant bolides à perte tout en faisant de l'argent ? Le réponse, Elon Musk la connaît, lui qui semble réussir à mettre à la fois les élus et les investisseurs dans sa poche, mais pire, lui qui réussit à se faire hisser sur un piédestal par les médias, qui le voient comme un messie du monde moderne alors qu'il est plutôt le messie d'un capitalisme renforcé. C'est un Steve Jobs à la puissance dix.

    L'instinct de survie de notre système économique fondé sur la croissance illimitée, croissance démographique, croissance de la production-consommation et croissance des profits pour la minorité, et fort. La connivence entre les acteurs de l'économie libérale et les politiciens est plus forte que jamais et comme l'information est de plus en plus difficile à gouverner, tout est possible à celui qui est le plus fort, surtout pour celui qui met à la fois les élus et les médias dans sa poche.

    « un danger dont ils ne voient pas l’imminence ont poursuivi leur danse financière, se moquant des scientifiques »

    Se moquant des scientifiques ? Non, au contraire, les financiers libéraux sont à l'affut des déclarations des scientifiques afin d'en récupérer et détourner le message. Ainsi, le marketing vert, cette récupération sans borne du dossier climatique, est plus fort que jamais. Dans le quotidien, ce marketing vert se traduit par une publicité mensongère que des médias plus indépendants pourraient dénoncer, mais de tels médias sont voués à la marginalité, les plus puissants écrasant les plus faibles.

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 22 décembre 2017 11 h 26

      À très court terme, sans doute avez-vous raison sur les capacités du capitalisme à récupérer ses contradicteurs, mais à moyen et long terme vous avez tort. Le "virage vert", le "développement durable" et autres mascarades du même genre n'apporteront pas les correctifs requis à une trajectoire qui nous mène vers l'effondrement du système économique dominant. Le mérite du livre d'Harvey Mead, c'est d'en faire une démonstration limpide. D'ailleurs, insiste-t-il, ce n'est pas en premier lieu les déréglements environnementaux et climatiques qui feront basculer notre civilisation thermo industrielle, mais un taux de rendement énergétique (EROI) qui ne sera plus au rendez-vous afin d'assurer les surplus énergétiques nécessaires à son maintien. Songez que celui-ci est passé de 100/1 à 10/1 et que pour le pétrole non conventionnel, il se situe entre 4/1 et 5/1.

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 22 décembre 2017 12 h 09

      M. Richard, j’ai lu avec grand intérêt vos commentaires à l’opinion de M. Cotnoir. A la fin, je n’ai pu que me demander ce qui s’est passé avec chacun de nous pour se laisser autant enfirouapé, et ce qui est encore plus inquiétant, continuer son chemin dans la même direction tout en sachant qu’il est enfirouapé, comme si de rien n’était. Comment sommes-nous devenus volontairement si inconscients face à notre consommation? Peut-être que cela nous arrange de ne pas vouloir savoir, comme dans l’exemple de la malbouffe à McDo que vous mentionnez. Aussi bien dire qu’au fond nous sommes d’accord avec la ‘’racaille’’ dénoncée par M. Cotnoir. Et les problèmes environnementaux qui ont eu lieu cette année sont bien là pour nous le démontrer. Comme on dit, que celui qui a des oreilles entende. Peut-être un souhait pour la nouvelle année 2018.

    • Cyril Dionne - Abonné 22 décembre 2017 17 h 24

      Pour votre commentaire sur le « marketing vert » M. Richard, je suis malheureusement d’accord avec vous.

      Ceci étant dit, la science et la technologie nous permettent de tricher sur notre destin pour un certain temps. On ne peut pas augmenter la population mondiale à un rythme effréné sans qu’il n’y ait un effet négatif sur notre survie à long terme. Parlez d’aller vers Mars pour la coloniser alors que la seule planète bleue dans notre espace sidéral est la Terre est d’une inconscience inouïe. Notre seule chance de survie réside dans la réduction de la consommation des ressources naturelles et d’arrêter la destruction des écosystèmes biologiques. Cela sera très difficile à faire avec plus de 8 milliards d’humains sur la planète.

      SVP, lâcher le capitalisme puisque cette forme d’activité humaine est ancrée au plus profond de nous-mêmes. Blâmez plutôt toutes les croyances dans les amis imaginaires qui ont conjugué, qui conjuguent et qui conjugueront avec la surpopulation. Si, il y a plus de deux millénaires, nous aurions continué la poussée scientifique de la civilisation grecque au lieu de s’en remettre aux idéologies politico-religieuses aux amis imaginaires, nous aurions peut-être une chance de changer notre destin.

  • François Beaulé - Abonné 22 décembre 2017 10 h 23

    Quelle est l'alternative ?

    La capitalisme a de gros défauts mais quelle est l'alternative ?

    Une centralisation des pouvoirs économiques par les États ? Comme dans la défunte Union soviétique !

    Je crois plutôt qu'il faut que des États de type sociodémocrate interviennent sur le mode de vie par des normes et par la fiscalité. Il s'agit d'intervenir sur l'urbanisme et par l'obligation de la fabrication de biens durables.

    Le véritable enjeu est le mode de vie et non pas la recherche d'un système économique « parfait » qui nous mènerait de lui-même à un équilibre avec la nature. Et ce mode de vie doit être défini par la voie politique.

    Quand un tel mode de vie sera défini et établi, le capitalisme ne sera plus d'aucune utilité et s'effondrera. Pour l'heure, nous avons encore besoin de lui malgré ses graves défauts.

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 22 décembre 2017 12 h 02

      La nature n'attend pas que nous lui proposions un modèle plus adéquat, elle réagit. Par analogie, ça n'aura servi à rien d'énoncer des règles insuffisantes pour se mettre à l'abri de l'éruption d'un volcan quand celle-ci surviendra si l'on s'est laissé vulnérables à ses effets. Par contre, il faut nourrir les traits culturels au sein de notre civilisation qui peuvent devenir les ferments d'un autre ordre économique. J'en ai esquissé les contours dans la revue Découvrir de l'Association francophone du savoir (voir http://acfas.ca/publications/decouvrir/2012/05/mon ). La coopération et l'entraide figure au premier plan de ce changement de paradigme. Rien de nouveau, car comme le décrivent Pablo Servigne et Gauthier Chapelle dans l'excellent livre "L'entraide, l'autre loi de la jungle" (éditions Les liens qui libèrent, 2017), c'est elle qui domine dans la nature et non pas celle de la compétition. "Une étude plus que bienvenue pour construire ensemble un monde meilleur" écrit en préface Mathieu Ricard. Une autre suggestion de lecture pour cette période des Fêtes propice à la réflexion sur le sens de nos actions.

    • François Beaulé - Abonné 24 décembre 2017 07 h 57

      La coopération et l'entraide, c'est bien beau mais elles ne viendront pas à bout du capitalisme, elle ne font que cohabiter avec un système autrement plus déterminant dans l'évolution d'une économie qui détruit la planète.

      Voilà pourquoi il faut une intervention des gouvernements pour définir et orienter le mode de vie. L'habitation, les transports, l'alimentation et la production de biens durables sont en jeu.

      Quoique, évidemment, il faudra une révolution culturelle pour changer les mentalités et les relations humaines qui sont à la base des choix des électeurs. Il faudra plus que la lecture d'un livre pour provoquer une telle révolution culturelle. Des tas de livres ont été publiés au cours des 40 dernières années pour dénoncer les travers du capitalisme et alerter des dangers pour la nature. Les résultats sont jusqu'à maintenant pour le moins désespérants.

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 24 décembre 2017 08 h 17

      M. Dionne, la moitié de l'humanité consomme 80% des ressources de la planète, alors que l'autre moitié doit se contenter du 20% restant. Laquelle des deux moitié selon votre vision devrait céder sa place? Pour ce qui concerne votre affirmation à l'effet que le capitalisme "serait ancré au plus profond de nous-mêmes", je vous invite à lire le livre déjà cité dans l'un de mes commentaires, "L'entraide" voir http://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-L_