Antiracisme et exclusion

Tu es pure laine, sans le moindre soupçon de gris, de vert ou de carreauté. Tu ne te retrouves pas nécessairement dans l’illégalité, mais tu risques fort d’être minoritaire dans ce milieu antiraciste voué, comme on le sait, à la concorde, à la bonne entente sur l’île de Montréal et dans tout le Québec. C’est bien normal que tu y sois minoritaire ; d’une part, ce sont le plus souvent les non-blancs qui souffrent de discrimination, d’autre part — c’est bien connu —, ce ne sont que les Blancs qui sont racistes.

Tu es francophone. Ton statut de minoritaire risque fort d’être accentué dans ce même milieu. Tu as vu récemment les nombreuses pancartes arborant surtout des messages en anglais, certains en bilingue, quelques-uns dans la langue officielle du Québec. Tu auras sans doute compris que, dans ce milieu ouvert à tout le monde, la concorde doit régner et exige parfois des compromis. Et puis, who cares pour la langue de Molière ?

Comble de malheur pour toi, tu partages cette illusion de voir le Québec devenir un pays. Tu es un indépendantiste. Que fais-tu donc parmi ces citoyennes et citoyens d’un Canada postnational cher à Justin, roi de la diversité et de toutes les différences ? Ce n’est quand même pas de leur faute si, au moins pour le moment, ils et elles doivent évoluer dans cette partie du territoire canadien qu’on appelle le Québec.

Enfin, tu as l’audace de prier pour que le Québec devienne officiellement un pays laïque ; tu travailles même à faire advenir une laïcité sans qualificatif. Comment peux-tu penser avoir une place dans des groupes engagés en faveur de toutes les libertés religieuses et fermement antiracistes ? Arrière, méchant laïc ! Tu risques même de devenir l’ennemi à abattre. Symboliquement seulement, parce que le milieu antiraciste est non violent. On n’y fait que travailler à l’avènement d’un avenir meilleur, à l’avènement d’un multiculturalisme respectueux, lui, et lui seul, des expressions culturelles et religieuses de chacune et de chacun, en tout temps et en tous lieux. Et l’interculturalisme, c’est quoi ?

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2 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 23 novembre 2017 04 h 48

    Il faudrait qu'on travaille tous ensemble.

    Cher monsieur Breault. La plupart des immigrants partagent vos valeurs et vos souhaits. Nous aussi voulons la laïcité sans qualificative. C'est juste une poignée de personnes régressives qui veulent étaler leur religion sur la place publique comme étendard identitaire. Il ne faut pas surtout désespérer!

  • Jean-Sébastien Garceau - Inscrit 23 novembre 2017 10 h 30

    Le racisme anti-blanc et autre méandres inversés ...

    Bien souvent, lorsqu'on inverse un phénomène social, il s'agit d'une occasion de minimiser le contexte historique, socioéconomique et culturel de celui-ci.
    Il y a bien de la violence, réelle ou symbolique qui fut inspirée par le mouvement féministe. D'accord. Mais pourquoi vouloir la rendre "égale" à la violence réelle et symbolique faite par les hommes sur les femmes ?
    Ce procédé est une manière d'éviter de parler du réel : soit de la violence initiale, institutionnelle, culturelle, socioéconomique. Notre monde commence par être plus ou moins violent d'emblée selon votre milieu. De cette violence première naît une deuxième violence, réactionnaire contre ceux qui auraient le privilège de ne pas avoir vécu la première violence. Mais ce n'est pas fini, on tappe sur les doigts de cette deuxième violence: c'est la répression. Ce n'est pas correct d'être violent et raciste contre les Blancs.
    C'est une manière sans doute illusoire de présenter les choses : on tient tant à égaliser une expérience de la violence qui est fondamentalement inégale. Dans un cas, elle est surtout non verbale, vécue intimement comme fardeau historico-socioéconomique, avec ses prédispositions peu favorables à une vie épanouie. Dans l'autre, il s'agit surtout d'un rejet verbal et symbolique, avec les accrochages possibles dans certaines circonstances.
    Vous tenez absolument à ce que A=B ?
    On peut prendre d'autres exemples :
    Un écologiste n'en peu plus de se faire ignorer et fait du vendalisme contre une compagnie pétrolière dans le cadre d'une protestation. Il se fait prendre, tabasser et mettre en prison. On le lynche somairement sur la place publique et il se suicide en prison.
    Violence 1 : La compagnie pétrolière détruit l'environnement ignorant toute contestation
    Violence 2 : L'écologiste est déespéré de la violence 1 et commet des actes "violents" à son tour
    Violence 3 : L'ensemble de l'appareil de répression défend le statu quo et élimine la contestation. Retour à la violence 1.