Hommage à Jeanne Moreau

Jeanne Moreau nous a quittés. Elle m’a tant fait aimer cette nouvelle vague du cinéma français qui, de Duras à Truffaut, commençait à s’imposer dans les années 1960. Jules et Jim a bercé mes 16 ans. Jeanne Moreau y fredonnait Le tourbillon de la vie.

Elle a aussi chanté Norge, l’immense poète belge. Passionné de théâtre, j’ai vécu un de mes plus grands bonheurs de spectateur devant Jeanne Moreau, au Théâtre des Bouffes du Nord, le lieu magique de Peter Brook, à Paris. Je réussis à trouver une place, mais non sans une lutte acharnée à la billetterie. Le spectacle est à guichets fermés. On accepte de me placer en avant. Sur un coussin. Comme si j’assistais à un spectacle pour enfants. Justement, je deviens un enfant. Parce que je vois la grande Jeanne Moreau, à quatre pieds devant moi, dirigée par le percutant Klaus Michael Grüber. Elle interprète magistralement Le récit de la servante Zerline, un extrait des Irresponsables d’Hermann Broch. Depuis, à cause de Jeanne Moreau, j’ai lu à peu près toutes les oeuvres du célèbre auteur autrichien que Kundera place au-dessus de toutes ses influences littéraires. Il y a quelques années, Jeanne Moreau venait nous visiter, à Montréal, avec une interprétation passionnée, sur une musique d’Hélène Martin, du Condamné à mort de Jean Genet, un des écrivains français les plus marquants du XXe siècle. Plus tard, elle offrira avec Sami Frey cette mémorable lecture publique de Quartett de Heiner Müller au Festival d’Avignon 2007 que rediffuse actuellement France Culture en son honneur.

Jeanne Moreau n’était pas seulement une comédienne hors de l’ordinaire. J’aime penser qu’elle se donnait aussi une mission artistique de haut niveau : celle de nous faire connaître autant par le cinéma que la chanson et le théâtre des auteurs atypiques, subversifs et novateurs.

Jeanne Moreau nous a livré les visions singulières de ces créateurs sans compromis, qui, malgré les marchés et les modes, ont marqué leur temps. J’aime profondément cette artiste. J’aime sa carrière, audacieuse et impliquée dans son époque. Une de mes filles s’appelle Jeanne. C’est n’est pas pour rien.

Salut Jeanne !

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