Criminel par nécessité

Fabrice Vil avance péremptoirement [« Question de vie ou de mort », Le Devoir du 21 juillet 2017, p. A 9] que, dans les quartiers défavorisés comme Saint-Michel ou Saint-Léonard, « plusieurs vivront d’une criminalité par nécessité ». Dans ces quartiers où « la diplomation est une incertitude » et où la violence entraîne souvent la mort, on peut croire que, si l’environnement offrait de meilleures conditions, les jeunes connaîtraient un meilleur sort, qu’ils auraient un meilleur avenir. Sans doute est-ce juste, et il serait particulièrement abscons de soutenir que tous ont à la naissance, peu importe leur lieu de naissance, la même égalité des chances. Pourtant, personne n’est exclusivement le résultat de son environnement. La prédestination en fonction de l’origine socio-économique est une théorie complètement déresponsabilisante. Qui plus est, cette vue de l’esprit est particulièrement délétère. Car il est aberrant de prétendre que certains sont amenés à vivre des produits de la criminalité parce qu’ils ne sauraient faire autrement — donc par nécessité. Si c’était le cas, comment pourrait-on sensément tenir ces personnes responsables de leurs actes et souhaiter vivre dans un impossible État de droit ? Le propos de Fabrice Vil, au demeurant sans fondement empirique, montre de façon exemplaire que l’éthique des bons sentiments peut parfois véhiculer un raisonnement tordu.

Réponse du chroniqueur

M. Nadeau,

Par respect pour le défunt dont parle ma dernière chronique, je ne m’embarquerai dans aucun débat concernant son cas particulier. Cela étant dit, je n’ai jamais proposé qu’on déresponsabilise qui que ce soit. Je soulignais plutôt l’importance pour notre société de favoriser l’égalité des chances. Nombre d’experts soulignent que la défavorisation constitue un obstacle à la réussite éducative et que les inégalités sociales favorisent la criminalité. J’estime que devant ces constats, notre société devrait faire mieux. Votre texte souligne une vérité : « on peut croire que, si l’environnement offrait de meilleures conditions, les jeunes connaîtraient un meilleur sort, qu’ils auraient un meilleur avenir ». C’est ce que je crois aussi.
Fabrice Vil

14 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 28 juillet 2017 04 h 00

    En-en-en-encore...

    L'histoire bégaie en-en-en-et-encore...
    Faubourg à m'lasse, Saint-Henri, Griffintown, Bas-de-la-ville, Petite-Italie, Saint-Roch, Petit-Champlain, Pied-de-la-Côte, Hochelaga, etc.
    Fallait s'en sortir, fallait en sortir d'abord.
    Pour cela, si parfois un coup de pied au cul bien senti venant que quelqu'un qui nous aimait permettait de prendre un peu de hauteur à celui qui se le recevait, pas toujours mais des fois..., toujours le mot signifiant de valorisation d'un Grand ou d'une Grande poussait mieux à se pousser soi-même.
    Sortir du mépris en-canné d'une société qui généralise, envers un milieux de vie qui aussi généralise de la réussite des autres, restera sans doute toujours une tâche obligée pour les économiquement moins chanceux du tirage à la naissance.
    Criminel par nécessité ?
    Non.
    Mais miséreux et exclus par naissance ?, alors oui.
    Oui, mille fois plutôt qu'une.
    Alors, aux adultes un peu plus chanceux, donc aux gouvernements responsables, r-e-s-p-o-n-s-a-b-l-e-s, le travail, l'oeuvre, l'obligation, la nécessité donnée à toute la société prise en entier d'un seul bloc comme à tous ses citoyens pris un par un, pays qu'ils sont sensés représenter et diriger, libre ou pas : consentir des moyens qui dépassent les moyens usuels pour tendre la main, ouverte bien entendu..., à qui veut faire quelque chose de constructif de sa vie.
    Sans nécessairement que ce soit de devenir riche.
    Sans nécessairement que ce soit de devenir une vedette.
    Sans nécessairement que ce soit de devenir puissant.
    Sans nécessairement rien, mais toujours pour devenir quelqu'un qui peut enrichir son milieu de vie de sa propre vie.
    Dans Saint-Léonard et Saint-Michel dorénavant : criminels par nécessité, non; mais criminels par médiocrité, négligeance et égoïsme politiques et sociaux à Québec et Ottawa ?
    Alors oui.
    Même quand les noms des quartiers marqués par une histoire qui circule, changent pour leurs résidents à force qu'au fil des jours, ils en partent.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 28 juillet 2017 07 h 09

    ... d'ici ou maintenant ?!?

    « La prédestination en fonction de l’origine socio-économique est une théorie complètement déresponsabilisante. » ; « Si c’était le cas, comment pourrait-on sensément tenir ces personnes responsables de leurs actes et souhaiter vivre dans un impossible État de droit ? » (Robert Nadeau, Professeur retraité, Dpt Philosophie, UQÀM)

    Possible, mais lorsque survient un homicide, ou tout autre méfait public ou privé, toute la communauté, horrifiée, demeure comme « responsable », et ce, sans ou avec la notion de « prédestination d’origines » qui, parfois ou toujours ?!?, ne saurait invalider, aussi, la responsabilisation individuelle !

    Si l’être humain est prédestiné ou destiné à vivre dans un « impossible État de droit », ce peut-il que certaines origines l’inviteraient-inspireraient vers ou comme ailleurs-autrement …

    … d’ici ou maintenant ?!? - 28 juillet 2017 -

  • Jean Gadbois - Inscrit 28 juillet 2017 08 h 05

    Attention M. Vil.

    Il y a des groupes de personnes qui, au-delà des opportunités qui leurs sont offertes, n'ont tout simplement pas la culture de la réussite et de l'éthique de l'effort. Ils peuvent s'en emprunter un peu.
    Ce sont des tics sociologiques qu'ils entretiennent par instinct et par paresse.
    Je connais bien le millieu dont vous parlez, j'y suis né.
    Ce laxisme lui colle à la peau pour lui-même et pour ses ressortissants. Ces personnes n'ont que faire d'entreprendre de se sortir de la misère, que leur dites-vous à eux?
    Y a des limites, en 2017, à faire porter le fardeau de la marginalisation à la sosiété toute entière alors que les chances de s'en sortir n'ont jamais été si nombreuses.
    Un moment donné, faut s'aider soi-même, Monsieur... Larmoyer ne suffit plus aujourd'hui, vous comprenez?

  • Gaston Bourdages - Inscrit 28 juillet 2017 08 h 08

    Le seul commentaire que je...

    ...me sens habilité à faire est le suivant : « L'Homme ( l'être humain ) ne se construit pas seul tout comme il ne se déconstruit pas seul. Plus encore, il ne se re...construit non plus...seul »
    Sans prétention et avec mes respects.
    Gaston Bourdages,
    Auteur - Conférencier
    Auteur d'un drame en 1989

  • Marc Therrien - Abonné 28 juillet 2017 08 h 24

    Un déterminant n'est pas un déterminisme


    On conçoit bien que l'apport de nuances conceptuelles est une des fonctions de la philosophie. Parmi les nuances que permet la pensée et qu’on peut faire dans ce cas-ci à l’aide d’un lexique, il y a d’abord celle entre les déterminants de la santé qui sont les circonstances qui influencent la santé des populations et les déterminismes qui impliquent un principe de causalité qui fait qu’un phénomène ne peut pas ne pas se produire compte tenu de ses conditions d’existence qui ont été posées de façon absolue. Et en corollaire, il faut se rappeler que l’observation d’une corrélation positive forte entre deux variables n’implique pas nécessairement un lien direct de cause à effet.

    L’être humain par son idiosyncrasie et sa créativité peut toujours nous surprendre et déjouer les pronostics. Il faut donc être attentif aux inductions mortifères qui auraient pour influence de vouloir le figer dans une fatalité et privilégier une intervention imaginative qui a pour but de garder ouvert le champ des possibles.

    Marc Therrien