Des notes scolaires gonflées

On apprend que, par un mécanisme statistique, le ministère de l’Éducation donne automatiquement la note de passage à un élève qui n’a par exemple que 58 %. On sait que les faiseurs de sondages nous ont habitués à la nécessité pour eux de tenir compte d’une marge d’erreur. Par ailleurs, l’astrophysicien et philosophe Aurélien Barrau fait une critique virulente de la mentalité à courte vue selon laquelle il n’y a de vérité que chiffrée (De la vérité dans les sciences, 2016).

L’extension des lois statistiques au monde de l’éducation est en porte-à-faux. D’abord, elle a comme présupposé que la note de 58 % est le fruit de l’erreur humaine. De plus, l’évaluation des professeurs n’est pas une opération chiffrée, mathématique ou statistique. Elle varie selon l’atteinte d’objectifs d’apprentissage. S’il y a erreur, c’est aussi en ces termes qu’elle doit se corriger et s’afficher.

La note chiffrée ne peut avoir valeur de signe que rattachée explicitement à l’apprentissage. S’il y a erreur, ce n’est donc pas aux fonctionnaires qu’il appartient de la corriger par une baguette statistique magique, mais aux pairs de l’enseignement et, de préférence, par des procédés qui instruisent l’élève. Quant à la pertinence de normaliser, c’est par ses effets stimulants ou au contraire lénifiants qu’il faut en juger. Notre sympathique ministre Proulx aurait avantage à parler de psychopédagogie plutôt qu’à jouer les apprentis sorciers en statistiques.

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