Il a fondé tout mon avenir

Je suis entré à l’atelier de Paul Hébert à 18 ans, en 1962. Nous allions passer nos lundis et mercredis soirs dans un local de la petite école primaire, sur la rue de la Montagne au sud de Sainte-Catherine. Durant deux ans, j’y ai préparé mon entrée au Conservatoire. Paul nous a transmis sa formation d’acteur acquise à Londres au Old Vic. Une conception du jeu venue de l’école russe. Il a fondé tout mon avenir. La vérité, l’investissement du privé dans les personnages, la recherche sans répit de rendre réelle la fiction, et l’acteur comme fondement du théâtre.

Il était maniaque, intarissable et rêveur impénitent. Son grand rêve, jamais réalisé : un grand Festival de théâtre annuel, fondé sur Molière, dans la cour du Grand Séminaire de Québec. Un Festival de répertoire québécois et international, avec une troupe permanente, renouvelée chaque été, un festival populaire.

Il venait me reconduire à la maison à la fin de l’atelier. Fermait le moteur, me tendait une cigarette. J’avais alors droit à une conversation sur l’art, le théâtre, la politique, le Québec, la France, l’Angleterre, la modernité. Deux heures plus tard, il repartait vers Sainte-Marguerite rejoindre sa famille. Je montais l’escalier vers ma chambre, gonflé, le cerveau en explosion de rêves et de projets. Merci, Monsieur Paul.

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