Paul Hébert, un grand dans le temps

Il était comme tous les grands, humble, effacé, au sourire en coin, semblant jongler avec le passé qui s’envole et l’habitation parfaite d’un présent sans cesse fuyant.

Il était lettré et philosophe sans le dire. Il n’avait pas besoin de le faire : on n’avait qu’à l’écouter. Il était un regard qui scrute le fond de chaque être. Il était une joie qui l’habitait et qui, par la suite, envahissait tout et chacun. Sa voix cheminait dans nos coeurs, comme un ruisseau de printemps dans Charlevoix.

La douceur était sa compagne. Le silence, sa plus belle parole. Son pas était mesuré, il avait une ténacité qui l’amenait au-delà du quotidien.

Le théâtre était sa maison. Une maison sans fioriture, où la simplicité léchait les murs. Avec un regard rivé à la fenêtre du temps qui passe et qui se perdait dans les montagnes campagnardes de La Malbaie.

Les siens étaient les nôtres. Les nôtres se retrouvaient dans les siens et dans chacun des nôtres. Le pays était dans le paysan, et le paysan était dans le pays. Était-ce lui ou Simon Desrosiers, ou l’inverse ? Il était ce qu’il était. Le théâtre le faisait être lui-même et son personnage trouvait place dans l’intime de nos vies d’habitants, arpentant la terre ancestrale des devanciers méconnus.

Il était du Trident comme de l’île d’Orléans ; il était de la Dame blanche comme du Chanteclerc. Il était plus grand que tous les grands tout en se faisant petit parmi les petits, ceux qui n’osent croire qu’ils sont les plus grands parce qu’ils ont l’humilité de ne jamais chercher la gloire.

Le rideau est tombé, mais derrière se profile une ombre majestueuse et flottante et, dans nos coeurs, un sillon s’est creusé, une trace demeure. Comme les labours qui se déneigent au printemps.

Peu importe les facettes du comédien, pour moi, il reste le temps d’une paix.

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