Sommes-nous prêts ?

La requalification de nos églises pourrait devenir le tournant d’une lutte intergénérationnelle contre les changements climatiques, écrivent les auteurs.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La requalification de nos églises pourrait devenir le tournant d’une lutte intergénérationnelle contre les changements climatiques, écrivent les auteurs.

En mai dernier, des centaines de résidents de Saint-Adolphe-d’Howard ont connu une puissante, mais brève tempête de vent, qui a coupé leur alimentation en électricité pour des semaines. Le 23 juillet, soit seulement quelques semaines après cet événement, est survenue une puissante tornade qui a arraché une partie de la forêt autour des résidences dans le village voisin. De toute évidence, les catastrophes naturelles extrêmes se multiplient.

Depuis des décennies, les municipalités revendiquent de nouvelles sources de revenus récurrents et autonomes. Les résidents demandent d’être mieux protégés face aux bouleversements climatiques. Les instances municipales voient la gamme de services nécessaires à la population et les charges s’accroître, malgré le fait que les revenus servant à faire face aux défis de leur communauté demeurent les mêmes. Et si l’électrification et la sortie des émissions de GES étaient cette « planche de salut financière » tant espérée par les mairies ?

Depuis des décennies, Hydro-Québec utilise sans frais les territoires municipaux pour ses infrastructures de production, de transport et de distribution. Il est maintenant temps que les municipalités en tirent des bénéfices.

 

Au tournant des années 2000, les paroisses catholiques étaient au coeur de la vie communautaire et bénéficiaient d’une tarification électrique préférentielle. Hydro-Québec leur a retiré ce bénéfice alors qu’une fin des surplus de production était envisagée par la société d’État. Les conséquences de ce choix politique sur les communautés furent majeur : les finances des paroisses sombrèrent et l’actif patrimonial et culturel bâti des Québécois s’est considérablement détérioré depuis.

Le gouvernement Legault, en vue du rendez-vous électoral, a annoncé des investissements de 24 millions pour 103 projets de sauvegarde de bâtiments. Un montant nettement insuffisant qui ne pourrait restaurer qu’une seule église en pierre.

La sauvegarde de ce patrimoine abandonné par l’État est devenue le problème des municipalités. Ne serait-il pas temps d’un grand retour de la tarification électrique préférentielle dans nos communautés ? On fournirait ainsi un soutien aux municipalités qui ont permis l’émergence de notre société d’État dans leur contribution au grand virage collectif nécessaire vers l’électrification : une tarification au prorata des réductions de GES en guise de soutien peut-être ?

Tarification préférentielle

 

La réduction des GES par l’électrification justifierait une tarification privilégiée. Hydro-Québec a bâti la charpente d’un vaste système de transport et de distribution électrique. Toutefois, la voie des petites productions décentralisées a été externalisée. Ainsi, on a vu les petits barrages et les projets de parcs éoliens se privatiser.

On anticipe avec crainte un scénario similaire pour les projets de centrales solaires, les technologies de stockage et la microgestion intelligente. Pourtant, sur des assises de profit privé, les énergies électriques renouvelables et les technologies d’efficacité énergétique n’ont toujours pas pu prendre leur envol au Québec.

Une municipalisation des petites infrastructures de production d’électricité renouvelable serait une source de revenus directs pour les villes et villages. Il s’agirait de transférer des centaines d’actifs détenus par le privé vers nos instances municipales et les MRC. Le remplacement de la taxation foncière par une électrification accélérée ne serait qu’une question de temps grâce aux bénéfices engendrés par la tarification préférentielle. Le virage serait rapide.

D’une part, la dépendance totale envers des infrastructures de distribution vulnérables et centralisées est inquiétante et, d’autre part, les chaînes d’approvisionnement mondialisées d’hydrocarbures sont des voies incertaines, comme le découvre douloureusement l’Europe depuis la guerre en Ukraine.

Ainsi, la microproduction de proximité et l’implantation de microréseaux municipalisés aussi autonomes que possible calqués sur le modèle actuel des redistributeurs électriques municipaux s’avèrent être une voie prometteuse. C’est la voie d’approvisionnement sécuritaire à suivre. C’est aussi la voie pour se sortir rapidement de l’utilisation des hydrocarbures.

Le nouveau partenariat Hydro-Québec–Énergir autorisé par la Régie de l’énergie est ici à condamner, puisqu’il perpétue notre dépendance envers l’importation d’hydrocarbures et menace l’avenir des générations futures. C’est la voie à proscrire.

Et si nos multiples églises, soit notre patrimoine religieux, devenaient un point de départ ? On pourrait en faire de véritables lieux de refuge temporaires et sécuritaires pour la population par la consolidation des bâtiments, l’implantation de la géothermie et la mise à niveau des installations sanitaires.

Nos églises sont, de plus, le lieu par excellence pour devenir des stations de recharge, des pôles multimodaux de transport en commun et des services de partage de véhicules individuels électriques par leur emplacement au centre des quartiers et des villages.

 

L’implantation de centres de télétravail et de pôles agroalimentaires exigeant des espaces communautaires constitue une voie accélérée de réduction des émissions de GES liés au transport. La requalification de nos églises pourrait devenir le tournant d’une lutte intergénérationnelle contre les changements climatiques, mobilisant les milieux municipaux et les citoyens de tous âges. Tout est en place pour agir ! Qu’attendons-nous pour faire ces premiers pas ?

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