Montréal sera-t-elle encore abordable dans cinq ans?

«Historiquement abordable pour les gens modestes, notre ville le sera-t-elle encore dans cinq ans?» se demande l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Historiquement abordable pour les gens modestes, notre ville le sera-t-elle encore dans cinq ans?» se demande l'auteur.

Montréal abordable ? C’est la question que se propose de creuser un événement se tenant du 19 au 28 mai au Centre de design de l’UQAM. Comme son nom l’indique, il se concentre sur l’abordabilité économique du logement, et spécifiquement à Montréal. Mais la composante la plus préoccupante du titre reste son énorme point d’interrogation : historiquement abordable pour les gens modestes, notre ville le sera-t-elle encore dans cinq ans ? Dans dix ans ?

Plusieurs voyants sont au rouge, et même « au rouge foncé clignotant » : hausse incontrôlée des valeurs immobilières et pression démesurée sur les loyers, inflation des coûts de construction et retard de la construction neuve, détournement de la mission locative vers l’hébergement touristique et sous-financement du logement communautaire, désengagement de l’État et son corollaire : l’impunité du marché spéculatif.

Chaque semaine à Montréal, les médias multiplient les reportages où des locataires de longue date font face à des rénovictions. À ce dangereux cocktail s‘ajoute un phénomène sous-estimé : l’affaissement de la traditionnelle tenure conviviale pour laquelle les petits propriétaires — qui, durant sept décennies, ont été les premiers fournisseurs de logements abordables — peinent désormais à trouver une relève.

Chaque problème en alimente un autre

 

Les premiers perdants sont évidemment les locataires. Ceux à faible revenu ne trouvent plus à se loger à un budget normal ; ceux qui gagnent un peu plus voient s’éloigner leur rêve d’accès à la propriété, et donc persistent à occuper les logements locatifs encore abordables dont les plus jeunes ou les nouveaux venus auraient besoin. À leur tour, ces mal-logés sans cesse plus nombreux font allonger les listes d’attente du logement communautaire (coops ou OBNL d’habitation), qui peinent à maintenir l’entretien de leurs édifices. Et le logement social de tenure publique n’arrive pas à loger les nombreux ménages en difficulté.

Et la préoccupation grandit même chez les propriétaires d’unités locatives. On ne parle pas ici des spéculateurs — ces investisseurs à (très) court terme face auxquels les autorités sont outrageusement passives —, mais de ces dizaines de petits proprios détenant chacun moins de vingt logements… qui forment au total encore la majorité du demi-million de logements locatifs montréalais ! Après trente ans à équilibrer au quotidien les coûts d’opération avec l’abordabilité des loyers, plusieurs d’entre eux sont moins qu’enthousiastes à l’idée, à l’heure de la retraite, de vendre à de vulgaires rénovicteurs. Leur pratique de « proprio à l’ancienne » disparaîtra-t-elle bientôt ?

L’urgence de la concertation

Contre cet actuel dérèglement — autant que pour inverser la triste tendance du renvoi en périphérie des ménages à revenus modestes —, une concertation est urgente entre les acteurs du marché immobilier, l’un des rares secteurs économiques où elle est presque inexistante. Abandonné à la spéculation, ce segment crucial de notre société ne répond plus aux attentes, contrairement aux décennies précédentes, où la rentabilité des investissements privés n’excluait pas l’abordabilité économique.

Face à l’urgence, Montréal abordable ? fait le pari de rassembler sur trois journées des acteurs du logement venant d’horizons distincts : associations de locataires et de propriétaires, coops d’habitation et institutions financières, OBNL d’habitation et facultés universitaires. Pour dégager au moins quelques éléments de solutions : suggestions des propriétaires privés, grands ou petits ensembles coopératifs, conversions réussies de sites industriels, ou même d’audacieux cas de réappropriation urbaine.

La programmation s‘ouvre sur une exposition d’exemples historiques de logements abordables (montréalais et internationaux) et sur la présentation de projets menés en partenariat entre l’École de design et le milieu communautaire. Suivra ensuite une visite guidée des Habitations Jeanne-Mance — ce complexe de 800 logements sociaux en plein centre-ville, historiquement la plus ambitieuse réalisation au Québec. Le tout culminera en une Journée d’étude débutant par des exposés de points de vue différents, mais débouchant sur des échanges avec les participants.

Car dans cette ville majoritairement « de locataires », le grand public n’est-il pas le premier concerné ?

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