Nous donner les moyens d’offrir le meilleur

«On observe toujours une précarité et un décrochage importants chez les enseignantes et les professeures au Québec. N’est-ce pas un oxymore de dire que nos enseignantes décrochent autant?», questionne l'autrice.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «On observe toujours une précarité et un décrochage importants chez les enseignantes et les professeures au Québec. N’est-ce pas un oxymore de dire que nos enseignantes décrochent autant?», questionne l'autrice.

La session d’hiver 2021 prend fin tranquillement dans les cégeps. Les étudiants ont remis leurs travaux et réalisé leurs examens finaux. Les professeurs ont corrigé et remis les notes à l’administration des cégeps. Le livre 2020-2021 se ferme, avec tous les défis qu’occasionne la pandémie. Évidemment, il y aurait tant à dire…

Mais, comme nous nous plaisons parfois à le dire, la pandémie nous a donné l’occasion de mettre en perspective et de remettre en question nos pratiques.

En raison de la situation exceptionnelle, des mesures ont été mises en place par quelques cégeps afin d’offrir des cours en présence à l’hiver 2021. J’ai été parmi ceux et celles qui ont eu la chance d’enseigner en classe à de plus petits groupes afin de respecter la distanciation physique, malgré le spectre des incertitudes au-dessus de notre tête. Quel bonheur de me retrouver en classe devant eux !

Puis, j’ai goûté à quelque chose.

D’abord, il y a là une iniquité qui s’est créée : des collègues se retrouvaient avec une charge alourdie puisque l’enseignement à distance est plus exigeant. De mon côté, en ayant des groupes d’étudiants réduits, j’ai eu davantage de temps.

Du temps…

Pour les accompagner et répondre à leurs questions, mais surtout pour corriger. J’ai enfin eu le temps de commenter en profondeur leurs travaux dans le but de consolider leurs apprentissages et de soutenir l’acquisition de connaissances et de compétences. Évaluer non pas pour donner une note dans un bulletin et obtenir une cote R, mais évaluer dans l’optique d’apprendre et de s’améliorer. Être aux études supérieures pour apprendre…

Corriger un examen composé de choix de réponses et de questions à réponses brèves allège énormément la correction. Mais comment peut-on attester de la profondeur des apprentissages des étudiants ? Les évaluations doivent être avant tout pertinentes plutôt que d’avoir comme premier critère d’être facile à corriger.

En ce printemps 2021, chaque étudiant de mes classes a réalisé son examen final lors d’un échange individuel sous forme de discussion. Ce fut une expérience très enrichissante pour ma part et pour eux, d’après leurs témoignages. Ils comprennent leurs erreurs, et l’examen lui-même devient formateur puisqu’on continue à réfléchir ensemble. J’ai bon espoir qu’il en restera quelque chose pour la suite, qu’ils n’auront pas tout effacé de ce qu’ils ont étudié, de ce qu’ils ont compris, de ce qu’ils ont appris.

Mais ça, ça prend du temps.

Du temps pour bien faire les choses… pour les amener à un niveau digne de l’éducation qu’on souhaite leur offrir.

Un chaos qui règne

Quelle priorité accordons-nous à l’éducation dans notre société ?

De nombreux problèmes méritent toute notre attention dans le système d’éducation québécois. Diminuer le nombre d’étudiants que doit superviser chaque enseignant peut sembler banal. Mais cet enjeu se trouve au cœur de toutes les négociations menant au renouvellement des conventions collectives depuis tant d’années. Nous n’avons ni les moyens financiers, ni le personnel enseignant, ni les locaux pour réduire le nombre d’étudiants par groupe.

Parmi le chaos qui règne dans les écoles de tous niveaux en ce moment, on observe toujours une précarité et un décrochage importants chez les enseignantes et les professeures au Québec. N’est-ce pas un oxymore de dire que nos enseignantes décrochent autant ?

Ajoutons l’importante détérioration des bâtiments, alors qu’en « janvier 2019, 54 % des bâtiments de l’ensemble des commissions scolaires étaient considérés comme en mauvais ou en très mauvais état » selon le Vérificateur général du Québec.

Sans parler des nombreuses ruptures de services infligées à nos jeunes du Québec, et ce, de la petite enfance jusqu’aux études supérieures : manque d’enseignantes et de professeures, de psychologues, de travailleurs sociaux, d’infirmières, de personnel de soutien, de professionnels, manque de locaux, d’écoles, de matériel informatique, de dictionnaires, de livres… de temps…

Et pour couronner le tout, soulignons le fait que la fonction publique, dont font partie les éducatrices, les enseignantes et les professeures, n’a toujours pas de convention collective, depuis près de 15 mois.

Il semble que toutes les composantes de notre système d’éducation font défaut… sauf le dévouement de celles et de ceux qui y travaillent.

L’État se désengage de l’éducation, alors qu’au contraire, il faut nous donner les moyens de rêver et les moyens de concrétiser le meilleur de ce qu’on souhaite offrir à notre société, à nos enfants, à notre avenir collectif. Parce que, comme le dit cette célèbre citation : « Si vous pensez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance… »

 

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